VI

_1° A Monsieur Guizot, député, à Paris_.

Alger, le 27 mai 1836.

Monsieur,

Les colons d'Alger se souviennent avec reconnaissance que dans les

dangers qui, l'année dernière, menacèrent si vivement leur existence,

votre crédit et la puissance de votre parole décidèrent du succès de

leur cause que vous aviez identifiée à celle de la France elle-même.

Alors ils se livrèrent à leurs travaux, animés par l'espérance, cet

aliment de tous les établissements naissants, et le seul qui puisse

amener l'entier développement de la colonisation. Lorsqu'ensuite,

dans l'intervalle des deux sessions, les adversaires de la colonie

annoncèrent de nouvelles hostilités, notre confiance dans l'intérêt que

vous nous aviez témoigné nous empêcha d'abord de concevoir de sérieuses

alarmes; comment d'ailleurs nous persuader qu'après la solennelle

reconnaissance de nos possessions d'Afrique, on viendrait, dès l'année

suivante, renouveler des attaques auxquelles résisterait à peine une

colonie mieux affermie que la nôtre? Malgré toutes nos espérances, nous

sommes encore aujourd'hui forcés de combattre, et nous avons recours

à nos anciens défenseurs. La _Société coloniale_, dont la sollicitude

s'étend à tout ce qui importe aux intérêts de la colonie, sait trop

combien votre parole a d'influence pour ne pas vous prier de faire

entendre à la tribune les arguments de raison et d'expérience qui, dans

votre bouche, ont déjà obtenu de si grands succès en notre faveur. Notre

reconnaissance et nos remerciements seront un bien faible pris pour tout

ce que nous vous devons; mais la gloire de faire triompher une cause si

chère à la patrie et à l'humanité est une noble et belle récompense qui

suffit aux grandes âmes, et que les hommes à haute pensée ont toujours

ambitionné d'obtenir.

Nous avons l'honneur de vous adresser les renseignements que nous avons

pu recueillir sur les progrès de la colonie, persuadés que votre talent

saura les faire valoir et que le vote de la Chambre, en dissipant

nos inquiétudes, consolidera notre avenir et vous donnera un nouveau

triomphe.

Daignez agréer,

Monsieur,

l'assurance de notre très-haute considération.

CH. SOLVET, ROZEY, FILHON,

Vice-Président. Vice-Président. Président.

2° _Les mêmes au même_.

Alger, le 29 juin 1836.

Monsieur,

Dans la discussion de la Chambre des députés qui vient de fixer, il

faut du moins l'espérer, le sort de la colonie d'Alger et l'attacher

irrévocablement à la mère patrie, vos paroles aussi sages que

bienveillantes nous ont convaincus que nous avions eu raison de fonder

notre espoir sur votre patriotisme et sur votre éloquence. Avec un appui

tel que le vôtre, nous sommes désormais confiants dans l'avenir. La

Société coloniale, vivement émue à la nouvelle du succès de la cause

d'Alger, n'oublie point à qui elle doit son triomphe; elle s'empresse

de vous offrir ici le témoignage de sa reconnaissance, et elle

s'enorgueillit de vous compter parmi les plus fermes soutiens d'un

pays dont vous avez si bien reconnu l'importance pour la France et

l'humanité.

Veuillez agréer,

Monsieur,

l'assurance de notre haute considération.

_Le président de la Société coloniale_,

FILHON.

ROZKY, CH. SOLVET.

_Premier vice-président. Vice-président._

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 4) · 第 24 / 76 题