Enfin, je reçois ce matin deux lettres de toi, une de Maurice dont je le
remercie, son style est meilleur, et recommandée, ce qui est inutile,
elles n'arrivent pas plus vite; écris-moi sous enveloppe fermée, mais
non cachetée; tu peux me donner quelques nouvelles en gros; joins-moi
une ou deux enveloppes et une feuille de papier pour te répondre, ou
une feuille de journal, _La Liberté_, si tu veux, elle me parviendra
probablement, en tout cas, on pourra l'enlever sans arrêter la lettre.
Si tu m'écris sur une carte, prends une carte avec feuille pour la
réponse, mais sur une carte ne me parle pas du contenu des paquets afin
de ne pas faire de jaloux; _argent inutile_: où les Allemands sont
passés, tout est saccagé et les habitants sont nourris par nous.
Tes lettres _m'ont bien rassuré_, je craignais que tu ne fus malade.
Merci des images. Je vais bien, à part de fortes coliques; envoie-moi
des nouvelles de tous, et du fils Tallon, de Levallois, si possible.
Envoie-moi, si possible, les médicaments demandés pour ma pharmacie de
poche. Mes amitiés à tous, oncle, etc., Hervaut, Henri, Deschamp, René,
Mme Masson, Tallon, etc. Bonne santé à toi et à Maurice, et tous ayez
confiance et courage et ne crois pas aux racontars, et ne te fais pas
de mauvais sang, je vais pour le mieux et le courage ne manque pas. Les
dernières paroles de papa, le 7 Octobre, ont été: «Mon fils, sois bon
soldat et fais ton devoir». Mon devoir, je l'ai toujours fait et le
ferai jusqu'au bout, quelque dur et pénible qu'il soit parfois. Si papa
me voit, il sera heureux et fier de son fils, qui est prêt à donner,
s'il le faut, son sang et sa vie pour la France. Si je reviens, tant
mieux, mais si je tombe, ce sera en faisant mon devoir et tu pourras
être fière de moi. Mais je suis plein d'espoir et espère toujours te
souhaiter la bonne année de vive voix.
Mes baisers les plus tendres, et vive la France! Bons baisers à Maurice,
écrivez-moi souvent.