_Lettre écrite par le Sergent Georges NICOLET, pasteur de l'église
réformée évangélique de Mont-rouge, 66e Régiment d'Infanterie, tombé au
champ d'honneur le 20 Février 1915._
1er Février 1915.
Mes chers Parents,
Je viens de prendre une grande décision. On manque de sous-officiers
dans les régiments d'infanterie et le ministre en a demandé chez nous.
Personne ne voulait s'offrir. Il m'a semblé que c'était plus à moi qu'à
tout autre à donner l'exemple et je me suis fait inscrire. Entraînés
par mon exemple, un caporal et trois hommes de mon groupe se sont fait
inscrire à leur tour et maintenant le branle est donné. J'espère que ma
décision ne vous peinera pas trop et que vous comprendrez qu'il y a des
circonstances où un homme courageux ne peut pas s'empêcher de payer de
sa personne. D'ailleurs, je ne suis pas beaucoup plus en danger dans un
régiment qu'aux brancardiers de corps, car on nous laisse de plus en
plus à bonne portée des canons allemands.
...Mais la question est plus haute. Il faut en finir avec les Allemands
et on n'en finira que si, au printemps, chacun donne à sa place et selon
ses aptitudes son coup d'épaule, et pour en finir la France a besoin
de réunir dans un faisceau tout ce qui lui reste d'hommes courageux et
capables de conduire ses soldats.
Je vous écrirai le plus souvent possible, ne vous inquiétez pas. Je me
suis déjà tiré sain et sauf de tant de situations périlleuses que
je suis convaincu qu'il en sera ainsi jusqu'au bout et que je vous
reviendrai en bonne santé à la fin de la guerre, c'est-à-dire bientôt,
car je ne crois pas que cette guerre dure encore de longs mois, comme le
disent les journaux.
Je vous envoie mes plus affectueux baisers.
Georges NICOLET.
P.-S.--J'ai bien reçu le quatrième mandat de 50 francs. Le paquet de
sardines ne m'est pas arrivé.
_Lettre écrite par le Sergent Maurice NINORET, 123e Régiment
d'Infanterie, tombé au champ d'honneur le 7 mai 1916._