28 Mars 1916.

_A sa Femme._

...Bombardement effroyable. De temps en temps, j'apprends que quelqu'un

ou quelques-uns de mes bien-aimés petits soldats, fils de femmes de

France et mères éplorées, sont tués ou blessés. L'assaut peut venir d'un

moment à l'autre. J'ai choisi mon P.C. dans la tranchée au centre de

l'attaque, puis mon dernier réduit où, entouré des derniers défenseurs,

je lutterai jusqu'à la mort. Ton mari, ma chère femme, sera digne de

nos enfants, des DE MAHY, des DE LA SERVE. S'il tombe, ce sera face à

l'ennemi, ce sera la plus belle des morts. Vous que je laisse, je vous

plains. Quant à moi, mon sort sera digne d'envie. Celui qui meurt

ressuscite. Vive la France! A toi de tout coeur. J'ai la conviction de

retrouver des êtres adorés....

_A ses deux plus jeunes Fils après la mort de son Fils aîné._

...Vous serez dignes de vos devanciers qui ont regardé la mort en face,

leur sang fécond a arrosé la terre de France. Nos bien-aimés sont entrés

dans l'immortalité. Comme eux, vous frapperez fort et vous tomberez s'il

le faut sans peur, sans reproche, face au ciel qui vous attend. La

cause de la France est celle de l'Univers. Gloire à notre France

immortelle....

...Notre force morale vient de ce que nous défendons non seulement

notre sol et nos libertés, mais encore les droits imprescriptibles de

l'Humanité contre la plus odieuse des machinations qui sera renversée.

Mais ce résultat exige un holocauste sanglant.

_Extraits de lettres écrites par le Sergent André IMHAUS DE MAHY, 5e

Régiment d'Infanterie Coloniale, engagé volontaire, disparu le 29

Septembre 1915, à Souain (Champagne)._

...Il m'est impossible de vous exprimer ma grande satisfaction de servir

la Patrie. Je suis heureux de faire mon devoir....

...Mes chers parents, je montrerai que j'ai une Patrie pour laquelle

nous devons nous donner, que j'ai la qualité d'être Français, que j'ai

un nom. Je me montrerai digne de vous, de mes frères, et je n'oublie pas

que je dois en venger un. Je ne commettrai jamais de cruauté....

_Fragment de lettre écrite par le Sergent Emile IMHAUS DE MAHY, engagé

volontaire, disparu le 29 Septembre 1915, à Souain (Champagne)._

«Nous sommes prêts aux prochains sacrifices. Tout le monde fait son

devoir sans broncher et avec honneur».

_Extrait de lettre écrite par François IMHAUS DE MAHY, Caporal au 22e

Régiment d'Infanterie Coloniale, engagé volontaire, blessé mortellement,

le 27 Août 1914, à Stenay._

«Je suis heureux de mourir en ayant fait mon devoir.»

François IMHAUS DE MAHY.

_Fragment de lettre du Capitaine Georges IMHAUS DE MAHY, 33e Régiment

d'Infanterie Coloniale, tombé au champ d'honneur, le 29 Juillet 1918, à

Romigny (Marne), après son père, son frère aîné et la disparition de ses

deux plus jeunes frères._

«...Nous avons tous fait le sacrifice de notre vie....»

Georges IMHAUS DE MAHY.

_Dernière lettre du Capitaine Henri MARQUIZAA, tué devant Loos

(Belgique), le 20 Octobre 1915, à sa mère._

Chère Maman,

Si je meurs à la guerre, sache que mes dernières pensées auront été pour

le bon Dieu, pour la France et pour toi.

Pour le bon Dieu à qui je demande de me mettre en état de grâce.

Pour la France que j'aurais voulu voir victorieuse.

Pour toi enfin que j'adorai et que j'aurais voulu embrasser avant de

partir.

Ton HENRI.

_Lettre écrite par le Caporal Léon-Roger MARX, 4e Zouaves, tombé au

champ d'honneur le 27 Juin 1917._

J'ai découvert la beauté simple de cette volonté de tenir, de résister

à sa sensibilité, de se dominer. Ne crois pas que cela m'ait rendu

plus dur; mais j'ai été très content de voir que j'arrivais à ne plus

craindre la tristesse, à ne plus me laisser noyer par elle, comme j'ai

su, et je t'assure que j'en suis fier, n'avoir jamais peur du danger.

Cet équilibre, je voudrais le garder toute ma vie sans pour cela que ma

sensibilité s'amoindrisse....

Ne te frappe pas pour les bonnes années qu'on a passées si loin;

d'abord, la France est si belle et nous a valu une si admirable

formation morale et esthétique! Enfin, nous apprécierons mieux encore

notre bonheur pour avoir vu et pressenti tant de choses tristes ...

tristes, tu sais.

Cette vie éreintante, je l'ai voulue et elle est celle que je devais

mener.... Je me trouve, ce matin, presque calme et sans tristesse, plein

de force et de clarté en moi. Je pense qu'on est heureux de se sentir

valide, au pied, pour ainsi dire, de son devoir; et vraiment rien ne me

fait peur tant que je me sens fort et comme fier.

_Lettres de Roger MEYER et de Raymond LOUIS, tombés au champ d'honneur,

le 23 Août 1914, dans une petite maison d'Hanzinelle (Belgique) qu'ils

avaient mission de défendre._

_Quand la mère et belle-mère des deux soldats est allée, en 1919, en

Belgique, pour tâcher de parvenir à les reconnaître, la femme qui

habitait la maison, dans laquelle un obus les a tués tous, a remis en

pleurant à Mme LOUIS un petit bout de papier qu'elle a trouvé dans la

poche d'un jupon, en rentrant chez elle après l'armistice, et sur lequel

étaient tracées les lignes ci-dessous:_

Monsieur, Madame, chers Alliés,

Nous sommes 15 petits soldats français barricadés dans votre maison.

Nous y sommes entrés précipitamment et force nous a été de faire

des dégâts; nous en sommes très fâchés pour vous, mais il nous est

impossible de faire autrement. Avant de mourir pour la France, pour la

Belgique, nous vous réitérons nos regrets et vous saluons.

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 116 / 150 题