_Lettre écrite par Paul LEVEQUE, engagé volontaire à 17 ans, le 7
Septembre 1915, disparu près de Verdun, au 54e Régiment d'Infanterie, le
21 Juin 1916._
Belrupt, 19 Juin 1916.
Maman chérie,
Nous montons ce soir à Verdun. La bataille diminue sur ce front-ci. Il
ne faut rien craindre pour moi; nous sommes prêts tous; vraiment, il
est magnifique de voir de près l'enthousiasme de certains soldats qui
paraissaient si fermés.
J'ai eu la grande joie de communier ce matin ... te dire ce que j'ai été
heureux de le pouvoir faire. Le bon Dieu décidera de mon sort, et au
fond du coeur il faut dire: que votre volonté soit faite et non la
nôtre.
Il faut te dire aussi que nous serons au moins dix jours sans écrire et
sans avoir rien comme ravitaillement; ton colis m'arrive comme si Dieu
l'avait permis.
Oh! ma maman, qu'il m'est doux de faire mon grand devoir d'homme, de
soulager ainsi notre plus grande France; prie bien et reste ferme avec
moi pour nous retrouver tous à la victoire glorieuse. Ton Paulo restera
bon et deviendra meilleur encore; prions plus que jamais, que ton coeur
soit haut et gai pour nous tous, que je le savoure encore comme le bon
Dieu le voudra bien.
J'aurais voulu avoir quelques lignes de toi ce soir! mais tu n'auras pas
non plus de mes lettres, il ne faut pas que tu t'ennuies!
Dis bonjour à Madame X... de ma part, je n'écris qu'à toi et n'ai le
temps de rien.
Bons baisers à toi, à papa et de toi à tous.
Ton petit,