Mes chères tantes,
Si vous recevez cette lettre, mes chères tantes, c'est que, suivant
mon pressentiment, l'attaque qui se prépare m'a été fatale. Si je vous
confie la triste mission d'en avertir mes chers papa et maman, c'est
que je sais que, dans la religion, vous saurez trouver les paroles de
consolation qui leur seront si nécessaires en ces tristes moments et
que votre grande affection vous dictera les précautions à prendre pour
atténuer la douleur que leur causera certainement cette nouvelle.
Pour moi, j'ai la certitude d'avoir fait mon devoir de Français jusqu'au
bout et c'est sans amertume que je fais à notre belle France le
sacrifice de ma vie.
Notre cause est belle et elle triomphera certainement. Heureux ceux
qui verront le triomphe, mais il ne faut point pleurer ceux qui y sont
restés pour y contribuer, afin de ne pas diminuer la joie du triomphe.
Pourquoi ai-je pris tant de précautions ces jours-ci? Probablement que
le bon Dieu a voulu qu'à vous tous j'aie le temps de lancer un dernier
adieu.
Adieu, mes chères tantes, je mets dans mes caresses toute ma tendresse,
et encore une fois je vous recommande ma chère famille. Dites-leur bien
que ma dernière pensée a été pour eux et que, si je les ai précédés
là-haut, c'est pour préparer la place où bientôt nous nous réunirons
tous.
A vous de tout coeur.