19 Décembre 1914.

Mes chères tantes,

Si vous recevez cette lettre, mes chères tantes, c'est que, suivant

mon pressentiment, l'attaque qui se prépare m'a été fatale. Si je vous

confie la triste mission d'en avertir mes chers papa et maman, c'est

que je sais que, dans la religion, vous saurez trouver les paroles de

consolation qui leur seront si nécessaires en ces tristes moments et

que votre grande affection vous dictera les précautions à prendre pour

atténuer la douleur que leur causera certainement cette nouvelle.

Pour moi, j'ai la certitude d'avoir fait mon devoir de Français jusqu'au

bout et c'est sans amertume que je fais à notre belle France le

sacrifice de ma vie.

Notre cause est belle et elle triomphera certainement. Heureux ceux

qui verront le triomphe, mais il ne faut point pleurer ceux qui y sont

restés pour y contribuer, afin de ne pas diminuer la joie du triomphe.

Pourquoi ai-je pris tant de précautions ces jours-ci? Probablement que

le bon Dieu a voulu qu'à vous tous j'aie le temps de lancer un dernier

adieu.

Adieu, mes chères tantes, je mets dans mes caresses toute ma tendresse,

et encore une fois je vous recommande ma chère famille. Dites-leur bien

que ma dernière pensée a été pour eux et que, si je les ai précédés

là-haut, c'est pour préparer la place où bientôt nous nous réunirons

tous.

A vous de tout coeur.

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 92 / 150 题