Mes chers Parents,
De la tranchée où me «revoici» pour la dixième fois, ces quelques mots
que je veux avant tout très tendres.
Pardonnez-moi si mes lettres ne le sont pas toujours autant que vous le
désirez et autant que je le voudrais moi-même; cela tient à ma grande
lassitude d'esprit et à mon coeur que cette horrible guerre a endurci.
Je vous aime de tout mon coeur et vous remercie de toutes vos bontés.
Merci à ma bonne tante Alice de ses paquets qui me sont parvenus hier.
Je vous écris sur le parapet de la tranchée.
Il est 8 heures 1/2 du soir, je ne vois plus. Je vous embrasse de toutes
mes forces.
Votre ANDRE.
_Lettre écrite par le soldat Henri HlLLAIRE, 11e Cuirassiers, tombé au
champ d'honneur._
Les tranchées, à 21 heures,
le 25 Septembre 1918.
Bien cher Papa,
Bien chère Maman,
Si ces quelques mots vous parviennent, ce sera que votre Riri ne sera
plus.
Je suis en ligne, ma lettre de ce matin a dû vous le dire. Nous allons
attaquer; nous sortons des tranchées à 2 heures 30 demain matin. Encore
quelques heures et nous bondirons sur l'ennemi. Ma dernière pensée aura
été pour vous, mes chéris. Je sais que si cette lettre vous parvient
c'est fini pour vous: la joie, la gaîté disparaîtront pour toujours de
cette maisonnette où nous étions si bien. Mais courage, de là-haut votre
Riri veillera et attendra que la suprême réunion se fasse pour vous dire
tout....
Sachez qu'il vous a aimés et adorés, ma lettre quotidienne a dû vous le
prouver.
Adieu donc, mon Papanou, adieu donc ma Mamanette, adieu à tous ceux que
j'ai aimés.
Votre Riri qui vous aime.
_Lettre écrite par le Sous-Lieutenant Marc HUBERT, 8e Génie, blessé
mortellement le 23 Septembre 1917._