GAUDARD.

_Lettre écrite par le Maréchal des Logis Henri GAVARD, 21e Chasseurs à

cheval, tombé au champ d'honneur._

Ma bien chère petite Maman,

Sois courageuse et ne te laisse pas abattre par la triste nouvelle de ma

mort que je tiens à t'apprendre moi-même.

Oui, ma pauvre maman, comme tant d'autres, j'ai payé de mon sang mon

tribut à notre belle Patrie. Il est toujours terrible de perdre ses

enfants, mais songe combien tu peux être fière en pensant que tes deux

fils sont morts en défendant l'honneur et la grandeur de notre France.

Nous avons été à la peine: par toi qui dois nous survivre et qui vivras

nous serons à la Victoire. Ce sera, sois-en sûre, bien chère petite

maman, notre plus belle consolation.

Je demande à mon officier, Monsieur Carf, 21e Chasseurs à cheval, 128e

Division, S.P. 48, par ma lettre rédigée en même temps que celle-ci, de

te faire parvenir toutes mes affaires et de me faire enterrer, si c'est

possible, dans un cimetière. Tu pourras correspondre avec lui à ce

sujet.

Inutile d'annoncer ma mort à grand renfort de publicité, simplement,

tout simplement aux amis.

Sois forte, ne te laisse pas décourager par ma disparition et vis pour

le souvenir de tes deux fils.

Par l'au delà, si la vie se poursuit, nous nous retrouverons un jour. En

attendant, je te donne, pour la dernière fois ici-bas, mes plus tendres,

mes plus affectueux, mes plus reconnaissants baisers.

Au revoir à tous.

Ton HENRI.

_Lettre écrite par le Lieutenant observateur MARTIN DE GIBERGUES, tombé

au champ d'honneur, dans un combat aérien, le 5 Mai 1917._

...Si, les ailes brisées un jour dans le ciel bleu, je retombe sur la

terre en retournant à Dieu, que ces lignes apportent à ma mère et à mon

père les pensées dernières, les désirs, les rêves suprêmes de leur fils

tant aimé!

Dès que l'avion mortellement blessé refusera tout travail, dès que

l'accomplissement de ma mission sera impossible et ma tâche sur terre

terminée, dès que la chute se précipitera, à quelques mètres à peine

au-dessus du vacarme de la bataille, une paix infinie depuis longtemps

attendue m'envahira et je la chanterai de toute mon âme: _Gloria in

excelsis Deo!..._ Oh! ces quelques secondes devant la souffrance et la

mort, dont le monde a une telle horreur qu'il essaiera de les cacher

comme abominables, vous les bénissez avec moi: elles sont une faveur du

juge souverain.

A mesure que mon corps frissonnant s'approchera du sol, mon âme

remontera plus légère à des hauteurs inconnues, la séparation se fera

victorieuse.

Ce sera le _Magnificat_ complet: la prière d'adoration au seul Dieu

grand et miséricordieux, la prière d'action de grâce pour ce qui m'a été

donné avec tant de largesse de tous côtés, la prière d'expiation plus

pour ce que j'ai omis que pour ce que j'ai fait; et puis l'appel

suppliant qui ne peut pas ne pas être exaucé, demandant la vie

éternelle, la force et la consolation pour ceux que je laisserai, la

miséricorde et la gloire pour la France bien-aimée, l'arrivée du règne

de Dieu, _Adveniat regnum tuum_.

Cette prière sera toute mêlée de vous, mes parents bien-aimés, car je

l'ai apprise de vous par vingt-huit années de parole et d'exemple.

Elle sera calme et douce malgré les apparences, elle respirera la

confiance et la paix.

_Lettre écrite par le Soldat GLATIGNY, 301e d'Infanterie, tombé au champ

d'honneur._

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 74 / 150 题