LOUIS.

_Lettre écrite par Médard-Paul DEVLAEMINCK, 41e Régiment d'Infanterie

coloniale, tombé au champ d'honneur, à Souchez, le 1er Octobre 1915._

Ma chère Mère,

Merci pour ton petit trèfle à quatre feuilles; je conserve précieusement

cette petite herbe que mes copains envient beaucoup. Hier soir, nous

avons démoli 30 Boches, pas notre compagnie, mais le 1er bataillon.

Figure-toi que, dans le secteur du 1er bataillon, les tranchées se

touchent avec les Boches. Alors, un officier bavarois et 30 hommes ont

sauté dans la tranchée, la nuit; l'officier boche est rentré dans une

cabane occupée par les marsouins et a tué d'un coup de revolver un de

ceux-ci; alors, le caporal l'a enfilé comme une crêpe. Ensuite les

marsouins ont entièrement massacré les 30 Boches, aucun prisonnier.

Furieux, les Boches ont voulu attaquer et ont encore reçu une pile; pour

se venger, ils ont bombardé un village voisin toute la nuit; nous, on

roupillait comme des Suisses; on est habitué à cette comédie, tu dois

t'en douter.

...Ce soir, nous remontons aux tranchées, nous avons ordre de crier à

notre tour: vive l'Italie! et de chanter la _Marseillaise_; ça, c'est

pas la paix, mais enfin, ça fait un peu de changement. Ne te fais pas de

mousse avec cela, dors tranquille....

...Notre secteur n'est pas mal placé, les Boches sont à environ 200

mètres de nous et seulement à 40 mètres des autres secteurs; nous sommes

cette fois en forêt, nous habitons à cinq par villa; c'est pas cher

comme loyer, nous avons un bail renouvelable tous les douze jours,

car nous restons quatre jours dans les tranchées; si tu voyais notre

cambuse, tu aurais le sourire: à la porte, il y a sculptures dans la

pierre blanche, car les tranchées sont creusées dans la pierre; il y a

la tête de la République et je t'assure que l'artiste du 43e Colonial

qui l'a faite n'est pas un apprenti; en dessous est écrit: «Vive la

République démocratique et sociale»; en plus, de l'autre côté, également

dans la pierre, est inscrit: «Villa des cocus». Donc, ton fils habite

«Villa des cocus». Ça sent la guerre, hein, à plein nez et je vois

Valentine sourire. Nous ne sommes pas mal logés, pour le prix, on ne

peut pas crier, on ne peut pas se plaindre....

Ce matin, pour venir, qu'est-ce que nous avons pris comme bain de pieds:

il était tombé de l'eau toute la nuit, et nous en avions jusqu'aux

genoux, nous étions dans la joie, car plus nous sommes dans la

mouise plus nous avons le sourire. Tu vois, voilà les Poilus de la

République...

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 58 / 150 题