17 Août 1914.

J'ai reçu hier, au petit jour, le baptême du feu! Ce fut gentil tout

plein. A la première décharge, un schrapnell, fusant sur mon escouade

accroupie, traversa d'une balle le sac de mon camarade de gauche,

déchira ma bretelle de fusil, rasa la figure du Caporal et d'un dernier

plomb, le plus tragique, traversa le bras de mon vieux Faivre.

Pas une minute d'émotion!

...Nous sommes restés jusqu'à 3 heures de l'après-midi sous le feu

de ces cochons-là. Qu'ils tirent mal et quelle inutile gabegie d'une

marchandise qui coûte si cher!

...Ma compagnie, qui est des plus éprouvées, vient de se retirer en

arrière et en réserve de façon à prendre un repos bien gagné.

...Tu ne saurais croire, mon petit ange, combien la proximité du danger

agit salutairement sur l'âme de ton gosse. Je vis en une communion

continuelle avec Dieu, dans lequel ma confiance augmente sans cesse.

Ainsi, je lui dois mon calme, qui n'est pas une des moindres assurances

contre le danger. Je lui ai promis, ainsi qu'à la Vierge d'Etang, que,

si nous nous retrouvons bientôt heureux, chaque année, nos enfants et

nous, feraient le pèlerinage de Velars....

J'ai enterré ce matin les deux morts de ma compagnie, pour lesquels j'ai

dressé une croix et récité une prière. C'est à toi, mon amie, que je

dois ce petit courage.

...Adieu, mon petit gosse, je te quitte. Continue d'être l'ange des deux

foyers que j'ai quittés pour un temps. Il suffit que j'emporte ton coeur

pour que ni la joie, ni l'espoir ne puissent s'envoler de dessous ma

capote.

Je viens de revoir avec joie mon ancien Commandant du 10e. Il m'a causé

affectueusement. Il m'a annoncé que la victoire se dessine sur tous les

fronts.

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 57 / 150 题