RENÉ.

_Lettre écrite par Jean DELACHE, tombé aux champ d'honneur le 26 Août

1917._

Ma chère Maman,

D'après les lettres que tu m'as envoyées, je vois que tu n'as pas encore

reçu une des miennes d'il y a quelques jours; j'espère qu'elle ne sera

pas égarée. Les tiennes me sont toutes parvenues et les colis dont tu

me parles avec elles. Je t'en remercie beaucoup. Les pommes ne sont pas

abîmées du tout et la saucisse a l'air très bonne. Tu ne vas plus être

aussi tranquille à mon sujet car demain on remonte en ligne et, comme je

te l'ai dit, il y aura peut-être du nouveau. Je ne peux pas t'en dire

plus long. On parlera des événements après leur échéance. Ne te fais

pas trop de mauvais sang, ce n'est pas la peine, tu le sais bien. J'ai

moi-même bien du mal à me faire une raison.

Tu me pardonneras si je ne réponds pas à tout ce que tu me dis dans ta

lettre, car je ne peux plus mettre la main dessus et je ne me rappelle

plus très bien de son contenu. Tu me demandes si tu peux m'envoyer

l'Anabase de Xénophon, je le veux bien, il me sera toujours utile. Je

continue, en effet, ma grammaire grecque dont j'ai vu une quarantaine

de pages et sans ce malencontreux retard ça pourrait encore aller plus

vite, mais l'on ne fait pas toujours comme l'on veut dans ce sacré

métier.

Mais il paraît qu'après cela on va descendre au grand repos, pendant

quelque temps. Cette façon de procéder est peut-être meilleure. Je

ne vois rien à te dire de plus, l'existence est si peu variée,

heureusement!

Je ne peux, en terminant, que te dire de t'armer de courage et

t'embrasser tendrement.

Ton fils qui t'aime,

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 55 / 150 题