10 Mars 1915.

...Mon mérite est si mince! C'est d'avoir fait, mes chers et braves

amis, ce que vous auriez tous fait à ma place, dans l'ardeur de votre

patriotisme, qui n'est pas inférieur au mien, bien au contraire. Si

l'âge, si un état de santé précaire ne vous avaient contraints de rester

à l'arrière, tous vous étiez prêts à marcher de l'avant, comme moi, et

plus vite que moi, et à faire, vous aussi, de vos poitrines généreuses,

un rempart à la mère Patrie.

Mais vous ne l'avez pas pu, et c'est moi le plus privilégié de vous

tous; j'admire comment le grand bonheur que j'ai d'avoir pu faire mon

devoir peut m'attirer, au surplus, des félicitations aussi douces que

les vôtres.

Combattre pour la plus noble des causes: être de la grande foule des

défenseurs du plus beau des pays, être du côté de la justice et de

l'Humanité contre le plus barbare des envahisseurs: figurer,--oh! bien

obscurément,--mais figurer tout de même dans le plus grand drame de

l'histoire; avoir le moyen de centupler la valeur de sa vie misérable,

en l'immolant, s'il le faut, au triomphe de tout ce qu'il y a de plus

précieux en ce monde, quel destin inespéré, mes amis, et combien il nous

dédommage amplement de tous nos sacrifices, nous qui avons pu être les

combattants!

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 44 / 150 题