...Mon mérite est si mince! C'est d'avoir fait, mes chers et braves
amis, ce que vous auriez tous fait à ma place, dans l'ardeur de votre
patriotisme, qui n'est pas inférieur au mien, bien au contraire. Si
l'âge, si un état de santé précaire ne vous avaient contraints de rester
à l'arrière, tous vous étiez prêts à marcher de l'avant, comme moi, et
plus vite que moi, et à faire, vous aussi, de vos poitrines généreuses,
un rempart à la mère Patrie.
Mais vous ne l'avez pas pu, et c'est moi le plus privilégié de vous
tous; j'admire comment le grand bonheur que j'ai d'avoir pu faire mon
devoir peut m'attirer, au surplus, des félicitations aussi douces que
les vôtres.
Combattre pour la plus noble des causes: être de la grande foule des
défenseurs du plus beau des pays, être du côté de la justice et de
l'Humanité contre le plus barbare des envahisseurs: figurer,--oh! bien
obscurément,--mais figurer tout de même dans le plus grand drame de
l'histoire; avoir le moyen de centupler la valeur de sa vie misérable,
en l'immolant, s'il le faut, au triomphe de tout ce qu'il y a de plus
précieux en ce monde, quel destin inespéré, mes amis, et combien il nous
dédommage amplement de tous nos sacrifices, nous qui avons pu être les
combattants!