13 Avril 1916.

Ne jamais exécuter un ordre sans avoir reçu le contre-ordre, principe

très militaire, une fois de plus vérifié! Le Bataillon, subitement

arrêté dans sa marche vers le repos, a été envoyé de l'autre côté de

la Meuse et maintenant nous attendons les événements dans une ancienne

grande ville. Quand vous recevrez cette lettre, il est probable que nous

serons cette fois au repos pour de bon, car notre séjour ici doit être

court.

Je viens d'assister et de prendre part à une cérémonie touchante. Nous

pouvons monter en ligne d'un moment à l'autre, peut-être cette nuit,

peut-être demain, peut-être dans plusieurs jours. L'aumônier a dit ce

soir, à 7 heures 30, une messe «des vivants et des morts», comme il a

dit en commençant. Un sermon court comme il sait en faire et sachant

remuer le coeur de tous, officiers et hommes, effrayant peut-être un peu

sous l'habit bleu, mais amenant quand même un regard de fierté et une

petite larme à l'oeil de ces braves chasseurs. «Nous sommes à Pâques,

dit-il ... ceci est une messe de Pâques.... Pâques dont vous vous

souviendrez.... Pâques de guerre.... Pâques de lutte!! Jour d'union, je

dirai plus, jour de communion. Pour communier, il faut être à jeûn, il

faut se confesser.... Vous sortez de table et vous n'avez pas le temps

de vous confesser ... à l'impossible nul n'est tenu ... que ceux qui

veulent recevoir l'absolution s'agenouillent.» Et, dans un mouvement

sublime, l'église (ou plutôt la grange, car de la cathédrale il ne reste

qu'une cloche intacte au milieu des décombres) l'église entière s'est

agenouillée, et d'une voix qu'il affermissait à grand' peine, l'aumônier

a donné l'absolution à tous ces hommes, puis la communion.... «Votre

musique, c'est le canon», avait-il dit à un moment de son prône, et,

en effet, en ce moment, l'artillerie faisait rage! Puis la messe s'est

terminée au milieu des cantiques.

De nouveau, l'aumônier prit la parole: «Mes enfants, j'ai oublié quelque

chose, j'ai oublié votre pénitence, la voici: allez! et battez-vous

bien!» Et la grange s'est vidée dans un silence de mort, et en sortant

j'ai entendu cette réflexion venue je ne sais d'où: «Heureux ceux qui

croient». Oh! comme il a dit vrai! dans un pareil moment, tout est

beau....

J'avais vu des messes impressionnantes, j'avais vu des choses bien

dures, jamais je n'ai été ému comme je viens de l'être ... et tout le

bataillon était là.

Que vous dirai-je maintenant? La confiance illimitée dans laquelle je

suis en ce moment. Il me semble que je vais à une simple promenade et

j'y vais le sourire aux lèvres!!!...

Embrasse.

A quand la prochaine lettre?

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 40 / 150 题