MES DERNIERES VOLONTES....

J'espère que ce carnet tombera entre les mains d'un frère et qu'il le

fera parvenir à ma femme à qui je le dédie.

Je laisse à ma femme tous mes biens, propriétés bâties et non bâties.

Je lui reconnais comme sa propriété personnelle tous les meubles, le

linge et les effets qui ont été achetés avec son argent personnel et en

communauté.

Je lègue à ma filleule Renée Bernard la somme de 1.000 francs (mille

francs) due par mon oncle à moi.

J'ai l'espoir que l'argent que je dois à mon père ne sera pas réclamé à

ma femme. Je laisse le soin de payer mes dettes par ma femme sur ce que

je lui laisse.

Ma dernière pensée sera pour tous ceux qui me sont chers, pour ma femme

d'abord, puis mon père et tous les miens que ma mort pourrait attrister.

Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal et je remercie ceux qui

m'ont fait du bien.

Je demande pardon à tous les miens pour toutes les peines que j'ai pu

leur faire.

Je veux que ma mort n'achève pas la vie de ma femme. Je veux qu'elle se

remarie avec quelqu'un qui l'aime comme je l'ai aimée, et qu'elle soit

heureuse, à moins que, trop attristée de ma mort, elle consacre sa vie

auprès de mon père qui mérite beaucoup d'affection.

Je tiendrais à ce que mon corps ou les débris de mon corps soient

transportés dans le petit cimetière de Jardres, près de ceux qui me

furent chers, et que l'on dépose sur ma tombe les fleurs que je préfère.

Mais je tomberai peut-être entre les lignes, où les rats et les corbeaux

se disputeront mes dépouilles, alors je serai enfoui dans la fosse

commune.

Je veux que l'on pense quelquefois à moi comme l'on pense à un ami

qui voulait vivre et qui maudit cette guerre qui m'a fauché avant de

connaître la vie, en pleine santé et en pleine force.

_Lettre écrite par Robert CAMUS, Sergent, 408e d'Infanterie, blessé

mortellement le 3 Octobre 1918._

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 32 / 150 题