19 Janvier 1916.

Ma chère Maman,

Je t'envoie cette petite chose que j'ai faite ce soir en pensant

beaucoup à toi. Je ne t'ai jamais donné de vers; ce sont les premiers;

garde-les bien. Je les aime encore qu'ils soient médiocres, mais je les

pense et cela me suffit.

Ma mère, il fait un soir triste et pénible et noir.

La solitude est âpre et grave et monotone....

Je rêve doucement, et puis, soudain, m'étonne

De l'image qui naît et qui rit dans le soir....

Je regarde et lui ris à mon tour.... C'est toi-même,

C'est toi dans le petit chez nous.... Sous l'humble toit

Je te revois, gaîment réelle.... C'est bien toi,

Ma mère, une bien vieille amie à moi que j'aime.

Je t'évoque là-bas sous la lampe.... Il est tard....

J'évoque ton image, et joyeux m'en pénètre.

Tu travailles ... tu lis ... tu couds.... Ton cher regard

S'absorbe en tout ... médite et s'attache.... Peut-être

Cherches-tu dans ton coeur encore une bonté?

Déjà, vois-tu, je ne me sens plus attristé:

Je pense à toi qui n'as pas de vérité feinte,

Je pense à toi qui dois m'attendre impatiente,

Je pense à toi plus chère encore dans l'attente,

Oh! ma Maman, je crois en toi, ma bonne sainte.

André BREVAL.

_Testament fait le 4 Mai 1915 par le Soldat Maurice BRIOT, tombé au

champ d'honneur le 9 Juin 1915._

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 31 / 150 题