Ma chère Maman,
Je t'envoie cette petite chose que j'ai faite ce soir en pensant
beaucoup à toi. Je ne t'ai jamais donné de vers; ce sont les premiers;
garde-les bien. Je les aime encore qu'ils soient médiocres, mais je les
pense et cela me suffit.
Ma mère, il fait un soir triste et pénible et noir.
La solitude est âpre et grave et monotone....
Je rêve doucement, et puis, soudain, m'étonne
De l'image qui naît et qui rit dans le soir....
Je regarde et lui ris à mon tour.... C'est toi-même,
C'est toi dans le petit chez nous.... Sous l'humble toit
Je te revois, gaîment réelle.... C'est bien toi,
Ma mère, une bien vieille amie à moi que j'aime.
Je t'évoque là-bas sous la lampe.... Il est tard....
J'évoque ton image, et joyeux m'en pénètre.
Tu travailles ... tu lis ... tu couds.... Ton cher regard
S'absorbe en tout ... médite et s'attache.... Peut-être
Cherches-tu dans ton coeur encore une bonté?
Déjà, vois-tu, je ne me sens plus attristé:
Je pense à toi qui n'as pas de vérité feinte,
Je pense à toi qui dois m'attendre impatiente,
Je pense à toi plus chère encore dans l'attente,
Oh! ma Maman, je crois en toi, ma bonne sainte.
André BREVAL.
_Testament fait le 4 Mai 1915 par le Soldat Maurice BRIOT, tombé au
champ d'honneur le 9 Juin 1915._