FÊTE NATIONALE A IN SALAH

_(Voir notre gravure de double page.)_

Les émotions n'ont point manqué, au cours des derniers mois, au «camp

Bugeaud», qui est la redoute et le quartier des méharistes d'In Salah,

au Tidikelt. D'aucunes agréables et distrayantes: passage de la mission

chargée de préparer l'installation de la télégraphie sans fil; visite de

l'intrépide général Bailloud, en promenade à travers le

Sahara;--d'autres plus pénibles, mais que ces rudes hommes n'acceptaient

pas d'un coeur moins vaillant: escorte, jusqu'à Agadès, de

l'intéressante mission conduite par le capitaine Nieger pour étudier le

tracé du chemin de fer transsaharien; combats de-ci de-là, dans l'Adrar

du Niger, où l'on culbutait vigoureusement un groupe de Berbères venus,

fidèles à de vieilles habitudes, pour razzier cette région; poursuite

des pillards dans l'Erg Chache, sur 800 kilomètres de distance, et

enfin, plus récemment, affaire d'Esseyen, où une bande de 300

assaillants, bien sûrs d'anéantir la quarantaine de méharistes qu'ils

avaient surpris dans un camp sommaire, étaient par eux mis en déroute.

Toute cette activité a eu sa répercussion sur la fête du 14 juillet, qui

a été célébrée à In Salah comme jamais encore elle ne l'avait été.

Chose digne de remarque, la population indigène, si indolente, pourtant,

s'était, pour la circonstance, émue. Tous ces gens, ont, parmi ceux qui

combattent pour nous, des parents, des amis; ils étaient donc au courant

de la bonne besogne accomplie. Leur semblait-il qu'un peu de gloire en

rejaillissait sur eux? Ils accoururent allègrement, au matin de la fête

nationale, à l'appel des clairons et des trompettes sonnant le réveil en

fanfare, vers le camp Bugeaud, chacun paré de ses gandouras les plus

brillantes, foule chatoyante parmi laquelle des Touareg mettaient des

notes sombres. Et tout ce monde bien sagement s'aligna, les uns debout,

les autres accroupis, sur l'esplanade où allait avoir lieu la revue.

C'était à l'aube, à 5 heures du matin. Et le soleil déjà resplendissait

d'un vif éclat, inondant de sa lumière ces beaux groupes décoratifs, et

la file des soldats rangés en avant du mur crénelé du camp, comme

fichés, ainsi que des soldats de plomb, sur la bande d'ombre que traçait

sur le sable leur rangée impeccable,--mâles figures de bronze de blanc

vêtues, poitrines bardées de cartouchières, et de très farouche et très

noble allure, fiers de la tâche accomplie, souriant aux _youyous_

sonores dont les saluaient les femmes. Un cerf-volant planait, emportant

haut dans l'azur le pavillon tricolore.

Le commandant d'armes, avec son état-major, officiers et caïds, passa

devant le front, au milieu d'un silence profond. A quelques-uns de ces

hommes, il remit les médailles chèrement gagnées, et la revue s'acheva

par un défilé très imposant de cette poignée de braves à toute épreuve.

Les traditionnelles réjouissances commençaient. Dans ce pays perdu, nos

jeux, ou des jeux pareils!--une course de méharis, un carrousel, un

concours de tir... Mais le soleil, montant vers le zénith, mit fin, vers

9 heures, à ces amusements martiaux.

Ils devaient reprendre le soir, après la chaleur passée, et il ne manqua

pas même, à cette évocation si lointaine de la fête de France, le

classique feu d'artifice, à la nuit close,--pas même la «représentation

gratuite». Ce qui mena jusqu'à minuit.

[Illustration: Le colonel Cody.]

L'Illustration, No. 3677, 16 Août 1913 · 第 22 / 26 题