[419] C'étoit le ballet de Cassandre dont les paroles sont de

Bensserade. (_Voyez_ les _OEuvres de Bensserade_, édition à la

sphère, 1698, t. 2, p. 3.) Il fut dansé au Palais Cardinal le 26

février 1651. La Reine n'y assista point; elle venoit d'être

obligée d'ordonner au cardinal Mazarin de quitter la France. Les

petits détails échappent à la grave histoire, bien qu'ils ne

soient pas toujours indignes d'être recueillis; c'est ce qui nous

détermine à donner ici le récit burlesque de Loret:

Le soir un désir me vint prendre

D'aller visiter la Cassandre

Qu'on dansoit au Palais-Royal,

O√π plusieurs dames, comme au bal,

Avoient mis leurs plus riches jupes

Pour donner dans les yeux des dupes.

MADEMOISELLE s'y rendit,

Qu'assez long-temps on attendit,

Avec les deux jeunes _Loupines_

Très-charmantes et très-poupines;

On y voyoit de tous côtés

Luire tout plein d'autres beautés,

Et la Guerchy plus que pas une

Brilloit en haut sur la tribune

Très-fort œilladée, et par qui?

Par Nemours, Joyeuse et Créqui,

Qui, bien souvent lorgnant la belle,

Etoient aussi lorgnés par elle.

Pour la REINE, en ce lien d'appas,

Sa Majesté ne parut pas,

Car elle étoit triste et malade.

Pour le ballet et mascarade,

Il étoit assez jovial;

Toutefois, pour ballet royal,

En dessein, dépense et musique,

Il n'étoit pas trop magnifique.

Quoi que c'en soit, cette action

Causa de l'exaltation.

Le ROY, qui fait bien quoi qu'il fasse,

Y dansa de fort bonne gr√¢ce;

Trois ou quatre admirablement,

Et les autres passablement.

(_Muse historique_, lettre du 5 mars 1651.)

[420] Les bourgeois de Paris gardoient nuit et jour le

Palais-Royal; cela dura jusqu'au mois d'avril, comme on le voit

encore dans Loret:

Les Parisiens remerciez,

Et tout-à-fait licenciez,

N'auront plus le soin ni la peine

De garder le Roy ni la Reine,

Et ne feront plus les Argus,

Sinon de peur d'être c.....

Outre qu'ils étoient inutiles,

C'étoient guerriers très-mal habiles,

Et des gens qui savoient si peu

Gouverner des armes à feu,

Que trente en ont perdu la vie

Qui n'en avoient aucune envie.

(_Muse historique_, lettre du 3 avril 1651.)

Madame de Longueville reviendra dans quinze jours; on dit qu'elle t√¢che

de moyenner une trève générale ou particulière[421]. On dit qu'on fera

la garde jusqu'à ce qu'on ait établi un conseil à la Reine, et qu'on

ait éloigné des affaires toutes les créatures de M. le cardinal.

[421] Nous citerons encore ici l'autorité de Loret:

La duchesse de Longueville,

Belle, spirituelle, habile,

A dans son cœur déterminé

De ne point sortir de Stené (_Stenay_)

Que la paix ne soit commencée

Et même un peu bien avancée.

Elle emploie, à ce que l'on dit,

Son éloquence et son crédit

Et tous les charmes nécessaires

Pour disposer nos adversaires

A ce grand accommodement,

Désiré généralement,

Et qui couronnera la belle

D'honneur et de gloire immortelle.

(_Muse historique_, lettre du 26 février 1651.)

La duchesse de Longueville revint à Paris vers le 15 du mois de

mars, comme on le voit au même ouvrage dans la lettre du 19 mars

1651.

Le Roi semble haïr tous ceux qui veulent abaisser son autorité, et,

selon toutes les apparences, il se souviendra long-temps de tout ce

qu'on lui fait aujourd'hui. Au reste, M. Bonneau[422] est tellement en

faveur, que je commence, pour l'amour de lui, à me réconcilier avec la

Fortune, quoiqu'en mon particulier elle me traite rigoureusement. Tout

de bon, je suis bien aise qu'un aussi honnête homme que lui ait du

crédit.

[422] Ce M. Bonneau étoit vraisemblablement l'oncle de madame de

Miramion; sa fille épousa M. de Chauvelin.(_Voyez_ une Vie

manuscrite et inédite de madame de Miramion, par madame de

Nesmond, sa fille.) (_Cabinet de l'éditeur._)

Après cela, je ne vous dirai plus rien, car il faut que j'aille au

sermon. Plût à Dieu qu'au lieu de vous écrire, je vous pusse entendre!

Tous vos amis disent qu'il est à propos que vous veniez bientôt ici; je

le souhaite, et pour l'amour de vous, et pour avoir l'honneur de vous

assurer que je suis avec toute sorte de respect et d'affection, etc.

FIN.

TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES DANS LE SIXIÈME VOLUME.

Pages.

Le Parquet. 5

Fourberies. 7

Mondory, ou l'Histoire des principaux comédiens françois. 10

Contes de prédicateurs et de ministres. 24

Madame de Vieillevigne. 28

Pronostics. 31

Pierre philosophale. 37

Moncontour. 39

Contes, naïvetés, bons mots, etc. 42

Les Amours de l'auteur. 70

Muets. 96

Contes sur le mariage. 98

Madame de Launay. 100

Tours, malices.--Tours de Bohêmes. 116

La marquise de Brosse et Maucroix. 126

Contes de bêtes. 136

Contes de mourants. 140

Charpy, sieur de Sainte-Croix. 143

Naïvetés, bons mots, reparties, contes divers. 145

Madame de Langey. 189

Marigny Malenoe. 206

Petit-Puis. 208

Mademoiselle Des Jardins, l'abbé d'Aubignac et

Pierre Corneille. 210

Observations préliminaires sur la Vie de M. Costar. 225

Vie de M. Costar. 233

Vie de Louis Pauquet, chanoine et archidiacre du Mans. 339

Sur mademoiselle de Scudéry. 359

Lettres de mademoiselle de Scudéry. 371

FIN DE LA TABLE.

Les historiettes de Tallemant des Réaux, tome sixième Mémoires pour servir à l'histoire du XVIIe siècle · 第 27 / 27 段