CHAPITRE VIII.

_Les Artisans gagnent, les uns plus les autres moins, selon les cas &

les circonstances différentes._

Si deux Tailleurs font tous les habits d'un Village, l'un pourra avoir

plus de Chalands que l'autre, soit par sa maniere d'attirer les

Pratiques, soit parce-qu'il travaille plus proprement ou plus

durablement que l'autre, soit qu'il suive mieux les modes dans la coupe

des habits.

Si l'un meurt, l'autre se trouvant plus pressé d'ouvrage, pourra hausser

le prix de son travail, en expédiant les uns préférablement aux autres,

jusqu'au point que les Villageois trouveront mieux leur compte de porter

leurs habits à faire dans quelqu'autre Village, Bourg ou Ville, en

perdant le tems d'y aller & revenir, ou jusqu'à ce qu'il revienne un

autre Tailleur pour demeurer dans leur Village, & pour y partager le

travail.

Les Métiers qui demandent le plus de tems pour s'y perfectionner, ou

plus d'habileté & d'industrie, doivent naturellement être les mieux

païés. Un habile Faiseur de Cabinets doit recevoir un meilleur prix de

son travail qu'un Menuisier ordinaire, & un bon Horloger plus qu'un

Maréchal.

Les Arts & Métiers qui sont accompagnés de risques & dangers, comme

Fondeurs, Mariniers, Mineurs d'argent, &c. doivent être païés à

proportion des risques. Lorsqu'outre les dangers, il faut de l'habileté,

ils doivent encore être païés davantage; tels sont les Pilotes,

Plongeurs, Ingénieurs, &c. Lors-qu'il faut de la capacité & de la

confiance, on paie encore le travail plus cher, comme aux Jouailliers,

Teneurs de compte, Caissiers, & autres.

Par ces inductions, & cent autres qu'on pourroit tirer de l'expérience

ordinaire, on peut voir facilement que la différence de prix qu'on paie

pour le travail journalier, est fondée sur des raisons naturelles &

sensibles.

Essai sur le commerce · 第 20 / 67 题