M. Lecoq se calmait.

--Soit. Étant plus que les autres exposé aux offenses, vous me

pardonnerez d'être plus susceptible. Quittons ce sujet qui m'est pénible

et revenons au comte de Trémorel.

Le juge de paix se demandait s'il allait oser reparler de ses projets,

la délicatesse de M. Lecoq qui le remettait sur la voie, le toucha

singulièrement.

--Je n'ai plus qu'à attendre votre décision, dit-il.

--Je ne vous dissimulerai pas, reprit l'agent de la Sûreté, que vous me

demandez une chose bien difficile, et qui, de plus, est contre mon

devoir. Mon devoir me commande de rechercher M. de Trémorel, de

l'arrêter et de le livrer à la justice; vous me priez, vous, de le

soustraire à l'action de la loi.

--C'est au nom d'une infortunée que vous savez innocente.

--Une seule fois dans ma vie, monsieur, j'ai sacrifié mon devoir. Je

n'ai pas su résister aux larmes d'une pauvre vieille mère qui embrassait

mes genoux en me demandant grâce pour son fils. J'ai sauvé ce fils et il

est devenu un honnête homme. Pour la seconde fois, je vais aujourd'hui

outrepasser mon droit, risquer une tentative que ma conscience me

reprochera peut-être: je me rends à vos instances.

--Oh! monsieur, s'écria le père Plantat transporté, que de

reconnaissance!

Mais l'agent de la Sûreté restait grave, presque triste, il

réfléchissait.

--Ne nous berçons pas d'un espoir qui peut être déçu, reprit-il. Je n'ai

pas deux moyens d'arracher à la Cour d'assises un criminel comme

Trémorel, je n'en ai qu'un seul; réussira-t-il?

--Oui, oui, si vous le voulez.

Le crime d'Orcival · 第 71 / 79 题