--Croyez, monsieur... balbutia-t-il.
--Je crois, interrompit le père Plantat, que vous seriez peut-être bien
aise de connaître la source de mes renseignements. Vous avez trop de
mémoire pour ne pas vous rappeler que, hier soir, en commençant, je vous
ai prévenu que cette relation était pour vous seul et que je n'avais en
vous la communiquant, qu'un seul but: faciliter nos recherches. Que
voulez-vous que fasse le juge d'instruction de notes absolument
personnelles, n'ayant aucun caractère d'authenticité?
Il réfléchit quelques secondes, comme s'il eût cherché à ajouter une
phrase à sa pensée, et ajouta:
--J'ai en vous trop de confiance, M. Lecoq, je vous estime trop pour ne
pas être certain d'avance que vous ne parlerez aucunement de documents
absolument confidentiels. Ce que vous direz vaudra tout ce que j'ai pu
écrire, maintenant qu'à l'appui de vos assertions vous avez le cadavre
de Robelot et la somme considérable trouvée en sa possession. Si M.
Domini hésitait encore à vous croire, vous savez que le docteur se fait
fort de retrouver le poison qui a tué Sauvresy...
Le père Plantat s'arrêta, il hésitait.
--Enfin, reprit-il, je crois que vous saurez taire ce que vous avez su
pénétrer.
La preuve que M. Lecoq est vraiment un homme fort, c'est que trouver un
partenaire de sa force ne lui déplaît pas. Certes, il était, en tant que
policier, bien supérieur au père Plantat, mais il lui fallait bien
reconnaître qu'il ne manquait à ce vieux juge de paix de campagne qu'un
peu de pratique et moins de passion. Plusieurs fois déjà depuis la
veille, il s'était incliné devant sa perspicacité supérieure. Cette fois
il lui prit la main et la serrant d'une façon significative:
--Comptez sur moi, monsieur, dit-il.
En ce moment, le docteur Gendron parut sur le seuil.
--Courtois, cria-t-il, va mieux, il pleure comme un enfant, il s'en
tirera.
--Le ciel soit loué! répondit le vieux juge de paix, mais puisque vous
voici, partons, hâtons-nous. M. Domini, qui nous attendait ce matin,
doit être fou d'impatience.