--Au fait, non, dit-il, autant ne rien voir avant l'arrivée de notre
agent. Mais j'aurais bien besoin de renseignements sur le comte et la
comtesse de Trémorel.
Le digne maire triompha de nouveau.
--Oh! je puis vous en donner, répondit-il vivement, et mieux que
personne. Depuis leur arrivée dans ma commune, j'étais, je puis le dire,
un des meilleurs amis de monsieur le comte et madame la comtesse. Ah!
monsieur, quels gens charmants! et excellents, et affables, et
dévoués!...
Et, au souvenir de toutes les qualités de ses amis, M. Courtois éprouva
une certaine gêne dans la gorge.
--Le comte de Trémorel, reprit-il, était un homme de trente-quarante
ans, beau garçon, spirituel jusqu'au bout des ongles. Il avait bien,
parfois, des accès de mélancolie pendant lesquels il ne voulait voir
personne, mais il était d'ordinaire si aimable, si poli, si obligeant,
il savait si bien être noble sans morgue, que tout le monde dans ma
commune l'estimait et l'adorait.
--Et la comtesse? demanda le juge d'instruction.
--Un ange! monsieur, un ange sur la terre! Pauvre femme! Vous allez voir
ses restes mortels tout à l'heure, et certes vous ne devinerez pas
qu'elle a été la reine du pays, par la beauté.
--Le comte et la comtesse étaient-ils riches?
--Certes! Ils devaient réunir à eux deux plus de cent mille francs de
rentes; oh! oui, beaucoup plus; car, depuis cinq ou six mois, le comte,
qui n'avait pas pour la culture les aptitudes de ce pauvre Sauvresy,
vendait les terres pour acheter de la rente.
--Étaient-ils mariés depuis longtemps?