--Ah! vous vous rappelez. Ma mère s'opposait de toute sa force à mon

mariage avec le prince Boris.»

Cette allusion tranquille au drame passé enhardit Flavienne, qui

observa:

--«Vous avez reconnu qu'elle avait raison?

--Je n'ai rien reconnu de ce genre. Elle avait grand tort. Car, si

elle ne s'était pas acharnée ainsi contre Omiroff, je ne me serais

pas tant monté la tête pour lui.»

Flavienne sourit:

--«C'est un point de vue.

--Je crois bien! J'allais le rencontrer à cheval, en cachette, hors

du parc. Oh! je l'ai avoué à Freddy... Tout de même, quelque chose me

disait: «Il faut avoir peur de cet homme-là.» Cette voix intérieure,

aussi, me faisait m'entêter. Une Carington doit braver la peur.

--Cependant vous êtes partie pour le Japon.

--Grâce à qui?» demanda Maud.

--«Je ne sais pas.

--Grâce au docteur Delchaume.

--A mon mari!...

--Naturellement. S'il n'avait pas provoqué Boris, le soir de la fête

au Pré-Catelan, je m'enfuyais à Londres la nuit même, avec le prince,

mon fiancé, et j'étais mariée le lendemain.»

Un peu abasourdie, Flavienne se contenta de la regarder.

--«Vous comprenez,» poursuivit la jeune comtesse de Hawksbury avec

une grâce soudaine, «que nous soyons vos amis. Je suis venue vous le

dire. Seulement, je suis venue vous le dire toute seule. Quand je

jugerai que Frederick est tout à fait guéri de vous, alors je vous le

ramènerai. Pour l'instant, nous ne faisons que traverser Paris.»

La conversation se trouva coupée par une voix d'enfant qui appelait:

--«Maman!... maman!...»

La porte s'ouvrit, mais elle aurait été refermée aussitôt, si Mme

Delchaume ne s'était écriée:

--«Ça ne fait rien, mon chéri. Entre... Viens baiser la main de la

dame.»

Le petit Serge apparut--adorable bambin--et il remplit son gentil

devoir de politesse avec tant d'élégante aisance et de sérieux

comique, que la visiteuse s'exclama:

--«_What a darling!... But he is a love!..._[3]

[3] «Quel bijou! Mais c'est un amour!»

--Notre fils,» dit Flavienne en l'attirant contre elle, «notre petit

Serge-François Delchaume. Vous direz à lord Hawksbury...»

L'Anglaise ne la laissa pas achever.

--«Dieux!...» s'écria-t-elle, «est-ce l'enfant?...

--C'est lui, mon fils, que votre mari...

--Freddy m'a révélé... Mais alors, vous l'avez retrouvé... Il n'était

donc pas?...»

Elle n'osait prononcer le mot «mort», devant ce beau petit être et

cette mère radieuse.

--«Je l'ai retrouvé... Je l'ai retrouvé, sain et sauf,» répétait

Flavienne, le serrant presque convulsivement, dans le réveil de

l'ancienne angoisse.

--«Oh!» dit l'Anglaise, «quel bonheur!...»

Son clair visage, ses traits menus, peu expressifs, s'imprégnaient

d'une émotion inaccoutumée. Elle se leva.

--«J'ai hâte d'apprendre cela à Frederick. Il en sera si heureux!»

Les deux jeunes femmes furent de nouveau debout, en face l'une de

l'autre.

--«Comme j'ai bien fait de venir!» dit lady Hawksbury.

--«Comme je vous sais gré d'être venue,» dit Flavienne Delchaume.

--«Mais,» ajouta la première, avec une moue puérile, «je vais être

obligée de raconter à Frederick que vous êtes plus belle que jamais,

et qu'il y a trop de danger pour lui à m'accompagner ici. Quel

dommage!

--Quand on est comme vous, on ne craint aucune comparaison,» affirma

sincèrement Flavienne. Puis, avec une souriante malice:--«Une

Carington doit braver la peur.»

Mais les yeux de l'Anglaise s'attachèrent au petit Serge. Elle prit

l'enfant, le souleva dans ses bras.

--«Voilà...» déclara-t-elle. «Je sais quand j'accorderai la

permission à Frederick... Quand il m'aura donné un trésor comme

celui-ci.

--Je vous le souhaite,» s'écria Flavienne, s'emparant

orgueilleusement de son fils. «Être mère... C'est la royauté qui nous

met au-dessus de tout.»

FIN DE:

CHACUNE SON RÊVE

DEUXIÈME ET DERNIÈRE PARTIE DE:

DU SANG DANS LES TÉNÈBRES

TABLE

I.--Manuscrit de Francine 1

II.--Vers la Mort 30

III.--Au Fond du Labyrinthe 59

IV.--Dans les Coulisses 82

V.--En Cour d'assises 115

VI.--La Mère 148

VII.--Le Vieux-Moutier 172

VIII.--Prise au Piège 197

IX.--L'Allée des Tombeaux 224

X.--La Rencontre du Passé 249

XI.--Le Prix de la Vie 278

XII.--Plus rapide que le Rapide 304

XIII.--Les petits Pieds qui ne danseront plus 335

XIV.--Deux Épouses 354

PARIS. TYP. PLON-NOURRIT ET Cie, 8, RUE GARANCIÈRE.--14466.

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Chacune son Rêve · 第 20 / 20 段