«Ma fille, monsieur, en se mettant en route pour l'Allemagne, m'a prié
d'ouvrir les paquets d'un grand volume qui pourraient lui être
adressés, afin de juger s'ils valaient la peine de les lui faire
parvenir par la poste: c'est le motif qui m'instruit, avant elle, de
la mort de madame de Beaumont. Je lui ai envoyé, monsieur, votre
lettre à Francfort, d'où elle sera probablement transmise plus loin,
et peut-être à Weimar ou à Berlin. Ne soyez donc pas surpris,
monsieur, si vous ne recevez pas la réponse de madame de Staël
aussitôt que vous avez droit de l'attendre. Vous êtes bien sûr,
monsieur, de la douleur qu'éprouvera madame de Staël en apprenant la
perte d'une amie dont je lui ai toujours entendu parler avec un
profond sentiment. Je m'associe à sa peine, {p.383} je m'associe à la
vôtre, monsieur, et j'ai une part à moi en particulier lorsque je
songe au malheureux sort de toute la famille de mon ami M. de
Montmorin.
«Je vois, monsieur, que vous êtes sur le point de quitter Rome pour
retourner en France: je souhaite que vous preniez votre route par
Genève, où je vais passer l'hiver. Je serais très empressé à vous
faire les honneurs d'une ville où vous êtes déjà connu de réputation.
Mais où ne l'êtes-vous pas, monsieur? Votre dernier ouvrage,
étincelant de beautés incomparables, est entre les mains de tous ceux
qui aiment à lire.
«J'ai l'honneur de vous présenter, monsieur, les assurances et
l'hommage des sentiments les plus distingués.
«Necker.»
Coppet, le 27 novembre 1803.