Deux attentats rappelant ceux par lesquels se signala la propagande
anarchiste, il y a une dizaine d'années, viennent d'être commis à Paris;
les récents événements de Russie ont été le prétexte de ces actes
criminels, dont les auteurs sont jusqu'à présent restés inconnus.
Lundi dernier, divers groupes socialistes et révolutionnaires avaient
organisé, au Tivoli-Vaux-Hall, un meeting de protestation contre le
«tsarisme». La sortie de la réunion fort nombreuse achevait de
s'effectuer sans désordre, grâce aux rigoureuses mesures dont M. Lépine,
préfet de police, surveillait lui-même l'exécution, lorsque, vers
minuit, une bombe éclata sur l'avenue de la République, à l'angle du
quai de Valmy, devant la maison portant le numéro 13; les deux gardes
républicains Bonnet et Montagne furent sérieusement blessés, l'un à la
jambe, l'autre à la main; un troisième eut son fusil détérioré, mais,
comme une demi-douzaine d'autres personnes, il ne fut que légèrement
atteint. Quant aux dégâts matériels, ils se bornent au bris d'un vitrage
à la devanture du magasin occupé par la chemiserie Clément.
[Illustration: La chemiserie Clément, avenue de la République, après
l'explosion.]
[Illustration: Le prince Troubetzkoy. _Phot. Pirou, boulevard
Saint-Germain._]
La nuit précédente, le colonel prince Jean Troubetzkoy, attaché à
l'ambassade de Russie, avait, en rentrant du cercle, failli heurter du
pied un dangereux engin explosif, déposé au seuil de son hôtel, rue
d'Argenson. Le prince Troubetzkoy, résidant depuis longtemps en France,
est, on le sait, une des personnalités les plus notoires et les plus
sympathiques de la colonie russe à Paris. Qui n'a eu l'occasion de le
rencontrer conduisant son phaéton attelé d'une belle paire de chevaux?
[Illustration: L'hôtel du prince Troubetzkoy, rue d'Argenson (La croix
blanche indique l'endroit où la bombe fut trouvée,)]
[Illustration: La ville vue de la terrasse du consulat français.]