vous êtes encore jeune, vous devriez en profiter pour apprendre deux
choses: la première c'est de vous abstenir d'exprimer des sentiments
trop naturels pour n'être pas sous-entendus; la seconde c'est de ne
pas partir en guerre pour répondre aux choses qu'on vous dit avant
d'avoir pénétré leur signification. Si vous aviez pris cette
précaution, il y a un instant, vous vous seriez évité d'avoir l'air de
parler à tort et à travers comme un sourd et d'ajouter par là un
second ridicule à celui d'avoir des ancres brodées sur votre costume
de bain. Je vous ai prêté un livre de Bergotte dont j'ai besoin.
Faites-le moi rapporter dans une heure par ce maître d'hôtel au prénom
risible et mal porté, qui je suppose n'est pas couché à cette
heure-ci. Vous me faites apercevoir que je vous ai parlé trop tôt hier
soir des séductions de la jeunesse, je vous aurais rendu meilleur
service en vous signalant son étourderie, ses inconséquences et son
incompréhension. J'espère, monsieur, que cette petite douche ne vous
sera pas moins salutaire que votre bain. Mais ne restez pas ainsi
immobile, vous pourriez prendre froid. Bonsoir, monsieur.
Sans doute eut-il regret de ces paroles, car quelque temps après je
reçus--dans une reliure de maroquin sur le plat de laquelle avait
été encastrée une plaque de cuir incisé qui représentait en
demi-relief une branche de myosotis--le livre qu'il m'avait prêté et
que je lui avais fait remettre, non par Aimé qui se trouvait «de
sortie», mais par le liftier.