CHAPITRE XIX

Dans le Velay.--Notre-Dame du Puy; les orgues d’Espaly; le

château de Polignac; les oracles d’Apollon.--La population du

massif central.--L’homme contemporain des volcans.--Saint-Julien

de Brioude.--Les gorges de l’Allier.--La Chaise-Dieu.--Mœurs du

Velay.--Notre-Dame de la Dentelle.

[Illustration]

Ce ne sont que de hâtives et faibles notes, un regard rapide et

bousculé, sur une région qui m’est restée trop longtemps étrangère, que

j’aurais confondue certainement dans mon «amour du pays»--si je l’avais

connue plus tôt...

Pourquoi faut-il que j’aie tergiversé de la sorte, et, jusqu’à ces

dernières années, exclu de mes pérégrinations le Velay, que je ne

soupçonnais pas être de l’Auvergne autant que cela,--puisque c’était

le Velay, et ses habitants des Vellaves, et non des Arvernes.

Le Velay, comme l’Auvergne, dresse de ses origines ignées des témoins

considérables avec le Meygal, le Mézenc, le cratère de Bar, et ces

cônes, ces obélisques, ces phonolithes, ces blocs volcaniques, ces

dykes étrangement debout dans le bassin du Puy, et ces murailles

basaltiques, et ces empâtements énormes de déjections plutoniennes qui

se sont amassées en assises farouches, en piédestaux grandioses pour

ces châteaux, ces chapelles qui font corps avec, tellement que l’on ne

sépare pas l’œuvre de l’homme de la création de la nature.

[Illustration: LE PUY.--Vue panoramique.]

Magnifiques désordres, toujours nouveaux, comme la tempête, surprenant

encore lorsque l’on revient du Cantal et du Puy-de-Dôme et que, obsédé

de la vision la plus récente de ces cataclysmes du sol, on peut se

croire blasé, se tenir convaincu que nulle part et jamais plus l’on

n’assistera à rien de pareil ni d’égal.

Une fois de plus, l’imagination est brusquée, assaillie, bouleversée,

comme roulée et tordue; pas d’horizons pour les yeux où se poser, se

reprendre, à travers ce pêle-mêle d’aspects brisés, enchevêtrés, qui

s’écroulent, se relèvent, se chevauchent, s’écrasent, s’enfoncent,

s’élancent, bondissent, retombent, dans quel chaos!

Nous tâcherons de nous y débrouiller, comme d’un observatoire, du

sommet du Rocher Corneille, sur le mont où s’étagent les gradins de

la ville, où s’est établie la cathédrale, où s’est érigée à près

de quarante mètres au-dessus de ses flèches, à cent trente mètres

au-dessus de la ville basse, des places, boulevards et bâtiments

modernes, la statue de la Vierge, Notre-Dame de France, provenant de

la fonte de deux cents canons enlevés à Sébastopol.

[Illustration: LE PUY.--Sous le porche de la cathédrale.]

(«Le Rocher Corneille, vu de la route de Lyon, après le pont

Saint-Jean, offre une configuration assez singulière: au-dessous d’un

quartier de roche représentant un lapin au gîte, on remarque, comme

sculpté en bas-relief, sur un fond presque noir, un profil colossal

auquel on donne vulgairement le nom de Henry IV. Certes, l’illusion

y prête beaucoup, mais il est très vrai qu’il existe une certaine

ressemblance: c’est le nez aquilin, la moustache prédominante, le

menton et la barbe allongée. La fraise même qui orne le col se trouve

formée par un buisson de verdure.»)

Je me suis engagé, au hasard, par un dédale inextricable de ruelles en

échelles, de montueuses spirales, encaissées entre de longs et hauts

murs, aux tournants desquelles, dans un silence, une torpeur de ville

espagnole, son délabrement et sa puanteur aussi, dans le rectangle

d’ombre et de fraîcheur d’une impasse, éclatent les caquets d’un

cercle de dentelières, pittoresques par quelques détails de vêtements,

débraillées à la chaleur, manœuvrant, de doigts habiles, le jeu des

écheveaux sur les jolis tambours...

Dans le va-et-vient, les hésitations, les zigzags maladroits des

touristes sans guide, je serais bien incapable de redire mon trajet.

Je n’ai gardé que des impressions par taches sur la mémoire. Mais des

taches vives, indélébiles...

D’ailleurs, je ne tenterais pas d’aboutir là où il me semble que

toutes descriptions, même de Mérimée, n’ont point réussi à «rendre» la

basilique, à dégager sa personnalité, son caractère singulier...

Discerner les modifications, les agrandissements successifs, fixer

des dates, indiquer les influences de style sensibles dans les

corrections et les additions, cataloguer les fragments de sculpture,

et, après inspection des voûtes en coupoles oblongues de la grande nef

contrebutées par les bas-côtés, classer l’édifice en romano-byzantin,

cela, fort utile, nécessaire, ne fait pas apparaître, cependant, à

l’esprit le plus attentif et le plus inventif, ce qui, par le rythme

mystérieux et sûr des lignes, monte, des pierres ajoutées aux pierres,

d’indéfinissable, d’émouvant et de certain par quoi nous sommes arrêtés

et conquis...

Certes, l’effet n’est pas banal de la façade blanche et rouge, avec son

portail aux colonnes de porphyre, au bout du long escalier qui, partant

de la pente dure de la rue des Tables, bifurque sur les côtés, mais

donne toujours l’illusion qu’il s’enfonce dans l’église, comme jadis où

il pénétrait jusqu’au centre: ce qui faisait dire «que l’on entrait à

Notre-Dame par le nombril, et que l’on en sortait par les oreilles».

Disposition hardie,--l’édifice suspendu dans le vide, par dessus

l’escarpement,--qui avait été nécessitée, lorsque le palier de roc où

posait le monument primitif avait manqué pour un établissement plus

vaste. Aussi, suivant Viollet-le-Duc, pour permettre aux pèlerins

d’arriver processionnellement jusqu’à l’image vénérée...

[Illustration: Le rocher d’Espaly.]

Mais cette vue de front ne laisse pas soupçonner le reste, le cloître,

le clocher, le porche latéral, les bâtiments religieux voisins, la

masse de la cathédrale, où l’on arrive par les chemins que j’avais

pris, où l’on ignore, alors, l’alignement principal.

On ne s’oriente guère, tout d’abord... et lorsque l’on s’est expliqué

cette position originale, unique, il reste du doute et du trouble.

Notre-Dame du Puy est bien Notre-Dame de la Montagne, déconcertante,

fuyante et insaisissable, tenant du sommet et de l’abîme; c’est par

cette impression que l’on est envahi, dont l’on conserve la hantise,

plus que l’on ne se souvient des époques successives, des géométries

et des agencements de l’édifice; la tradition locale que ce serait un

cerf qui aurait tracé sur le sol l’enceinte de la future église autour

d’un dolmen sur lequel était apparue la Vierge, s’explique mieux que la

vérité historique, rapportant aux hommes le projet spontané de situer

là une basilique...

[Illustration: Aiguilhe et Polignac vus du rocher Corneille.]

Par ce lundi de l’Assomption, où je montai à Notre-Dame, il pesait

sur tout la lourdeur d’un lendemain de fête; on rencontrait encore

nombre de pèlerins attardés de la veille; et, d’autre part, comme

c’était marché, les campagnards profitaient de leur venue à la ville

pour concilier leurs intérêts et la dévotion; entre deux emplettes,

ou après leurs affaires, ils se rendaient là-haut fléchir le genou

devant la vierge noire rapportée de Palestine par saint Louis, ou sa

copie plutôt; et la grosseur du cierge allumé par les bonnes femmes

en sabots, corsages lacés, chapeaux de feutre noir sur le bonnet, qui

traversaient le sanctuaire, sans doute, se proportionnait à ce que les

porcs, les poulets ou le beurre se vendaient.

Si j’ai pu douter, jadis, de loin, que le Velay fût de l’Auvergne, il

m’aurait suffi de quelques secondes, même aveugle, pour me désabuser

absolument.

Oh! pas d’erreur possible! Cela sentait le buron, l’étable, les gens et

les bêtes comme en champ de foire, à en perdre l’odorat! Il faut que

le Père éternel ait les narines éprouvées pour ne point défaillir, et

tomber du ciel, à cet encens de ses fidèles montagnards...

A tous les recoins des porches, à tous les angles des marches, des

mendiantes se traînaient, ou des dentelières offrant les bandes

de passements ou de guipures, ou bien des marchands se tenaient à

leurs étalages, dévastés par la foule de la veille, de médailles,

de statuettes, d’images, de scapulaires, de croix, de coquilles, de

livres saints, de bénitiers, de crucifix. Des baudets, des chevaux, des

files de paysans chargés autant que leurs bêtes dévalaient, ajoutant

à mes réminiscences d’Espagne, qui s’accrurent encore, après avoir

gravi par les entailles du roc jusqu’à Notre-Dame de France, d’où la

cathédrale, la ville, tout le bassin du Puy, avec ses racines et ses

troncs de volcans, se hérissent sous les regards; par la lumière de ce

jour-là, avec ses maisons pressées, entre lesquelles les ruelles ne

sont plus qu’un trait de vide entre les toitures, rien ne s’ouvrant

que les carrés des courettes intérieures, bordées de cloîtres, des

établissements religieux qui pullulent ici, dans l’atmosphère fauve

de ce mois d’août desséché, où les murs, les toits, tout semblait de

terre cuite, de poterie jaune et rouge, je respirai comme une bouffée

d’Espagne, j’éprouvai la sensation d’une Tolède française, auvergnate...

Enfin, c’est de ce point seulement que l’on comprend l’impossibilité de

séparer, de voir, à part de la ville, la cathédrale qui compose, avec

elle et le rocher, un tout inextricable, indivisible et unifié encore

par les siècles...

Mais, ici, je ne m’inquiéterai point à crayonner des notes sur mon

calepin de route: George Sand n’a point écrit en vain! Il n’est point

de sites de la Haute-Loire où elle n’ait fait évoluer les amants

errants de ses livres, à qui il ne fallait rien moins que la coupe des

cratères pour bannir l’oubli de leurs chagrins: «Quant à la beauté du

Velay, je ne pourrais jamais la décrire. Je n’imaginais pas qu’il y

eût, au cœur de la France, des contrées si étranges et si imposantes.

C’est encore plus beau que l’Auvergne que j’ai traversée pour y

arriver. La ville du Puy est dans une situation unique probablement;

elle est perchée sur des laves qui semblent jaillir de son sein et

faire partie de ses édifices. Ce sont des édifices de géants; mais

ceux que les hommes ont assis aux flancs et parfois au sommet de

ces pyramides de laves ont été vraiment inspirés par la grandeur et

l’étrangeté du site...»

[Illustration: ESPALY.--Les Orgues.]

Dans le même _Marquis de Villemer_, George Sand décrit aussi la quille

gigantesque qui porte l’église Saint-Michel et la falaise des orgues

d’Espaly, et l’énorme table où se dressait Polignac, masses épaisses,

aux tours effilées, dans l’amphithéâtre de montagnes qui cernent le

bassin du Puy, debout comme des colonnes commémoratives des éruptions,

parmi les coulées qui couvrent le pays, ou le jonchent de blocs et

de récifs, de trachytes, de phonolithes, de brèches, de scories, de

cendres: «De la cathédrale, on descend pendant une heure pour gagner le

faubourg d’Aiguilhe, où se dresse un autre monument à la fois naturel

et historique, qui est bien la plus étrange chose du monde. C’est un

pain de sucre volcanique de trois cents pieds de haut, où l’on monte

par un escalier tournant jusqu’à une chapelle byzantine nécessairement

toute petite, mais charmante et bâtie, dit-on, sur l’emplacement et

avec les débris d’un temple de Diane. On raconte là une légende... Une

jeune fille, une vierge chrétienne, poursuivie par un mécréant, s’est

précipitée, pour lui échapper, du haut de la plate-forme: elle s’est

relevée aussitôt; elle n’avait aucun mal. Le miracle fit grand bruit.

On la déclara sainte. L’orgueil lui monta au cœur, elle promit de se

précipiter de nouveau, pour montrer qu’elle disposait de la protection

des anges; mais cette fois, le ciel l’abandonna, et elle fut brisée

comme une vaine idole...» Le fait est qu’il y avait de quoi lasser la

patience la plus angélique. Ce que George Sand omet de répéter, ce

sont les tribulations du propriétaire du jardin où ces atterrissements

s’effectuaient; la foule envahissait son jardin, emportait de la terre

en souvenir, et il dut prévoir le moment où le fond allait lui manquer:

il établit une surveillance et fixa un tarif...

[Illustration: Polignac.]

«Il y a auprès du Puy, et faisant partie de son magnifique paysage, un

village qui couronne aussi une de ces roches isolées, singulières, qui

percent ici la terre à chaque pas. Cela s’appelle Espaly, et le rocher

porte aussi des ruines de château féodal et des grottes celtiques. Une

de ces grottes est habitée par un pauvre vieux ménage dont la misère

est navrante. Les deux époux sont là dans la roche vive, avec un trou

pour cheminée et pour fenêtre. La nuit, on bouche, en hiver, la porte

avec de la paille, en été, avec le jupon de la vieille femme. Un grabat

sans draps et sans matelas, deux escabeaux, une petite lampe de fer, un

rouet, et deux ou trois pots de terre, voilà tout le mobilier...»

C’est sur le point culminant de ces prismes basaltiques figurant des

orgues fantastiques, au-dessus de la Borne, que fut le château où pour

la première fois l’on salua Charles VII roi de France. Les châteaux

du Velay! Quelle énumération, que nous ne tenterons pas dans cette

description cursive: château de Saint-Vidal, château de Bouzols,

château de la Roche-Lambert; que d’autres!

[Illustration: Château de Saint-Vidal.]

Enfin, voici le manoir de Polignac qui «se présente de loin comme une

ville de géants sur une roche d’enfer. C’est la plus forte citadelle

du moyen âge dans le pays; c’était le nid de cette terrible race de

vautours sous les ravages desquels tremblaient le Velay, le Forez et

l’Auvergne. Les anciens seigneurs de Polignac ont laissé, partout, dans

ces provinces, des souvenirs et des traditions dignes des légendes

de l’Ogre et de Barbe-Bleue. Ces tyrans féodaux détroussaient les

passants, pillaient les églises, massacraient les moines, enlevaient

les femmes, mettaient le feu aux villages, et cela, de père en fils,

pendant des siècles... Leur citadelle était inexpugnable. Le rocher est

taillé à pic de tous les côtés. Le village est groupé au-dessous, porté

par la colline qui soutient le bloc de lave...»

[Illustration: BORDS DE LA LOIRE.--Le château de Bouzols.]

[Illustration: La Roche, près de Brioude.]

L’après-midi que j’y passai, le manoir de Polignac différait quelque

peu de celui en ruines, de naguère; nombre d’ouvriers y travaillaient

à restaurer le donjon, à déblayer, çà et là; pour l’instant, les

démolitions et réfections faisaient de notre promenade aux ruines

une visite à un chantier où la pierre grinçait, tout encombré de

matériaux, d’outils, d’appareils...; ces travaux empêcheront les

ruines de s’effondrer, de se niveler; il suffira de ces quelques

lambeaux raffermis pour étonner des siècles encore le voyageur le moins

renseigné à qui quelques pans de pierre, sur ces assises redoutables,

continueront de redire l’orgueil et la puissance de cette forteresse

dont les seigneurs s’appelaient à juste titre rois des montagnes.....

Et quels rois! Qu’étaient-ce que les autres, chétifs, auprès d’eux!

Les Polignac ne descendaient-ils pas de Sidoine Apollinaire--ou

d’Apollon,--leur château élevé sur les ruines d’un temple de ce

dieu; lisez là-dessus une page curieuse, sur les antiquités de la

Haute-Loire: «Vers la frontière de l’Auvergne et du Velay, sur le haut

rocher de Polignac, il a existé un temple d’Apollon, fameux par ses

oracles. L’époque de sa fondation remonte aux premières années de notre

ère puisque déjà, en l’an 47, l’empereur Claude y vint en pompe, comme

pour accréditer la puissance du dieu, et qu’il y laissa des preuves de

sa piété et de sa munificence. Les débris et les issues mystérieuses,

que l’on retrouve encore sur le rocher, dans son sein et ses environs,

révèlent les moyens secrets employés par les prêtres pour faire parler

leur divinité et en imposer aux peuples. Au bas du rocher était une

_Ædicula_: c’est là que les pèlerins ou consultants faisaient leur

première station, qu’ils déposaient leurs offrandes et exprimaient

leurs vœux. Un conduit souterrain communiquait de cette _Ædicula_ au

fond d’une grande excavation percée en forme d’entonnoir, depuis la

base jusqu’à la cime du roc. C’est par cette énorme ouverture que,

prononcés même à voix basse, les vœux, les prières et les questions des

consultants parvenaient à l’instant même en haut du rocher, et que là,

recueillis par les collèges des prêtres, les réponses se préparaient

pendant que les croyants, par une pente sinueuse et longue, arrivaient

lentement au but de leur pèlerinage. Les réponses étant prêtes, les

prêtres chargés de les transmettre se rendaient dans des salles

profondes contiguës à un puits dont l’orifice venait aboutir au sein du

temple.

[Illustration: Le château de Domeyrat.]

«Ce puits, couronné par un autel, était fermé par une petite voûte

hémisphérique, présentant dans sa partie antérieure la figure colossale

d’Apollon, dont la bouche entr’ouverte, au milieu d’une barbe large et

majestueuse, semblait toujours prête à prononcer les suprêmes décrets.

C’est aussi par cette ouverture qu’au moyen d’un long porte-voix, les

prêtres, du fond des antres du mystère et de la superstition, faisaient

sortir ces oracles fameux qui, en portant dans les esprits le trouble,

le respect et la persuasion, retardèrent de quelques siècles le

triomphe complet et le règne du christianisme...»

A remonter le cours des générations et des religions qui eurent ici

leur vie et leurs autels, inévitablement on arrive à l’interrogation

«si l’homme existait?», à l’époque des cataclysmes volcaniques où

s’abîme la contemplation d’aujourd’hui.

[Illustration: A Brioude.]

M. Marcellin Boule, le savant géologue à qui l’on doit déjà de si

importants travaux, va nous répondre avec netteté et précision, pour le

Velay et pour l’Auvergne, et pour tout le massif central: «Dès l’époque

quaternaire, à laquelle remontent les premières traces humaines qu’on

ait positivement constatées en France, le massif central fut habité.

L’homme préhistorique y eut le spectacle de phénomènes grandioses,

puisqu’on a trouvé des restes osseux aux environs du Puy en Velay,

sous des déjections volcaniques. Plus tard, à l’âge du renne, il

s’établit un peu partout dans les vallées. Au début de la période

actuelle, une nouvelle race, différant des premières non seulement

par ses caractères physiques, mais encore par sa manière de vivre,

vint mener sur les hauts plateaux une existence pastorale. Cette

race, munie d’un outillage de pierre perfectionné, haches polies,

pointes de flèches délicatement travaillées, a laissé de nombreux

monuments, dont les plus connus, les dolmens, s’élèvent encore sur

le sol de tout le massif, y compris la région des Causses... Il est

possible que ces hommes aient été les ancêtres directs des Celtes

de l’ancienne Gaule. Mais il est plus probable que les Celtes des

historiens résultent du mélange de ce vieil élément autochtone à

tête courte ou brachycéphale, et d’éléments envahisseurs venus de

l’Orient; ceux-ci apportant avec eux une civilisation plus avancée et

caractérisée par l’emploi des métaux; les populations celtiques furent

ensuite victimes d’invasions multipliées, se faisant par deux voies

différentes. Vers le Sud, les Phéniciens, les Grecs et les Romains

fondèrent successivement de nombreuses colonies; vers le Nord, le pays

qui devait devenir la France ne cessa d’être envahi par les races

blondes à tête allongée, dont les traits principaux forment encore la

caractéristique des populations actuelles. Toutes ces vagues humaines

venaient se heurter au pied du massif central où les races primitives

se conservaient relativement pures, et où Jules César put apprécier

leur valeur guerrière. Les principales peuplades gauloises du centre

de la France étaient les Lémovices, dans le Limousin; les Bituriges,

les Brannovices, les Ségusiaves, dans les plaines de l’Allier, de la

Loire et du Forez; les Arvernes, en Auvergne; les Vellaves, dans le

Velay; les Gabales, dans le Gévaudan; les Rutènes, dans le Rouergue;

les Volques Arécomiques, dans les Cévennes. A partir de cette aurore

de l’histoire de la nation française, le massif central, paisible sous

la domination romaine, fut à l’abri des incursions. C’est dans les

grandes plaines qui l’entourent que le sang des envahisseurs, Francs

et Normands au Nord, Maures au Sud, se mêla librement au sang gaulois,

et que les confusions ethniques s’augmentèrent davantage. Les seuls

croisements qui vinrent modifier les caractères primitifs des hommes

du centre furent ceux qu’entraînent les relations commerciales et les

rapports de voisinage. Les longs siècles qui correspondent à l’histoire

de France n’eurent pour effet que d’établir et remanier les divisions

politiques, et de rendre plus pittoresques les sites du massif central

en les ornant de châteaux forts, de manoirs, d’églises, de chapelles,

de constructions de toutes sortes, dont les ruines produisent un si

bel effet au milieu des montagnes... On peut s’attendre, d’après

cela, à retrouver encore, dans le massif central, une population très

semblable aux Celtes, tels que ces derniers nous sont connus par les

données historiques ou archéologiques. C’est, en effet, ce qui arrive.

Au point de vue anthropologique, les populations du massif central

se divisent en deux groupes d’importance fort inégale. A l’Est,

dans le Limousin, dont les collines et les plateaux étaient d’accès

facile, nous trouvons des hommes à tête allongée, ou dolichocéphales,

tantôt bruns, tantôt blonds. Les bruns sont nombreux dans les parties

septentrionales du massif... On remarquera la localisation des types

dolichocéphales, blonds, apparentés aux races venues du Nord et

de l’Est, dans les parties basses du massif. Dans tout le reste du

territoire, c’est-à-dire dans la partie la plus montagneuse, ce sont

les brachycéphales (à tête ronde), aux cheveux bruns, aux yeux foncés,

qui dominent. La brachycéphalie est extrême sur les plus hautes

montagnes, dans le Cantal, la Haute-Loire, la Lozère, c’est-à-dire dans

les régions les plus difficilement accessibles. Broca a fait remarquer

que le type des Bas Bretons et des Auvergnats actuels pouvait être

considéré comme celui des Celtes au temps de César et de Strabon. Ce

type peut se caractériser par une brachycéphalie prononcée, des cheveux

bruns ou châtain foncé, une capacité crânienne notablement plus forte

que celle des Parisiens, un front large, des crêtes sourcilières

très développées, une face élargie. «Le visage paraît aplati et de

forme rectangulaire; les pommettes sont parfois fortes et écartées,

la mâchoire inférieure, carrée. Le nez, à dos plutôt concave et à

bout plutôt relevé, est peu saillant et comme implanté dans une

dépression au milieu de la face. Dans son ensemble, la tête est grosse

et plantée sur un cou relativement étroit que débordent les angles

de la mâchoire. Ils sont robustes, bien musclés, ils ont des membres

forts et trapus. (Topinard)...» Les races du centre de la France, qui

trouvent dans la Haute-Auvergne leur expression la plus élevée, sont

fortes, vigoureuses, douées de qualités plus solides que brillantes, de

l’amour du travail, d’un grand sens pratique de la vie, la ténacité, la

sobriété, l’économie, l’attachement au sol natal. La criminalité, dans

le massif central, est au-dessous de la moyenne française. L’émigration

verse chaque année des flots humains de la montagne dans la plaine et

dans les grandes villes françaises, pour le grand profit physique et

moral de ces dernières. Une grande partie de la population parisienne

se recrute dans le massif central.»

[Illustration: BRIOUDE.--Église Saint-Julien.]

Mais il faut quitter le Puy, qui s’enorgueillit de bien des choses

encore: de posséder un soulier de la Vierge, nombre de pièces rares

dans son musée Crozatier, les entrailles de Duguesclin, à l’église

Saint-Laurent, une statue de La Fayette, la porte Pannessac, etc., etc.

[Illustration: VALLÉE DE L’ALLIER.

Les montagnes du Velay.]

Du Velay, encore,--avec, non loin, les châteaux de la Roche et de

Lauriat, et de Domeyrat,--Brioude, où je ne pus qu’à grand’peine

aborder, un soir de vent qui balayait affreusement la place de la belle

église Saint-Julien, où les bourreaux de Dioclétien auraient lavé la

tête du centurion Julianus, décollé pour la foi...

[Illustration: LA VOUTE-CHILLAC.--Entre Langeac et Brioude.]

De Brioude vers Langogne, «entre les monts du Velay, nus et calcinés

par cent cinquante volcans éteints, épars ou groupés, et les monts de

la Margeride, drapés de forêts épaisses, l’Allier roule un torrent où

se reflètent d’un côté les granits, de l’autre les massifs de sapins,

de hêtres et de chênes». Le chemin de fer côtoie la rivière, au prix

des travaux d’art les plus hardis, par Saint-Georges-d’Aurac, prés de

Chavaniac où naquit La Fayette, par Langeac, à travers ces gorges de

l’Allier, où, tout le long s’émerveille l’œil, à Chanteuges, à Prades,

à la Tour de Rochegude, à Monistrol! Quel drame d’eau, de rocs, de

ciel, coupé en scènes palpitantes, comme par un baisser de rideau,

à chacun des tunnels--une centaine de tunnels, une cinquantaine de

viaducs, pour un parcours de cent et quelques kilomètres!

Enfin, le Velay ajoute, au reste, de compter sur son territoire les

bois et les monuments de la Chaise-Dieu, qui fut l’un des plus glorieux

monastères de France: hélas! les bois sont coupés, et le monument à

l’abandon...

[Illustration: VALLÉE DE L’ALLIER.--Prades.]

Même aux temps de splendeur, les pentes vêtues de pins, et la

Chaise-Dieu richement entretenue avec l’activité du village, sous le

rude climat, à ces hauteurs, dans cet éloignement, cela devait être

d’une morne tristesse; à présent, par l’étendue rasée, le village

dépéri, l’église nue et verdie, cela est d’une indicible désolation...

plus poignante, peut-être, maintenant que c’est la vie qui s’est

retirée d’ici, après y avoir été intense, que lorsque rien n’avait

guère vécu là, il y a huit cents ans, où Robert, fils du comte

d’Aurillac, s’y exilait, avec deux soldats de son père...

Bientôt, l’oratoire des trois solitaires devenait une abbaye, _Casa

Dei_, la maison de Dieu, tant les miracles attiraient de disciples;

une succursale même dut être ouverte aux femmes, à quelque distance, à

Lavaudieu, où, l’une des premières, s’enferma Judith, fille de Robert

II, comte d’Auvergne, «laquelle, la veille de ses noces, quitte le

manoir paternel, suivie de deux de ses parents, et vient ensevelir à

la Chaise-Dieu sa jeunesse et sa beauté».

Lorsque le fondateur mourut, au jour que lui avait révélé une voix

du ciel, une vingtaine d’années après son arrivée dans ce désert, il

laissait cinquante églises restaurées par ses soins, et une communauté

de trois cents moines!

[Illustration: Les gorges de l’Allier à Monistrol.]

Après même que son corps, «lavé dans du vin et cousu dans une peau de

cerf», eut été inhumé, les miracles continuèrent innombrables, au point

de devenir fastidieux, si bien que «les anciens du monastère, soucieux

de la ferveur des moines, prièrent Robert de ne plus faire de prodiges,

pour que les divins offices ne fussent plus troublés».

Ils devaient l’être plus d’une fois, d’autre sorte.

L’abbaye fut un rendez-vous de gloires ecclésiastiques, jouit des plus

hautes faveurs auprès des papes; elle possède le tombeau de Clément VI.

Mais tant de richesses, qui lui venaient de toutes parts, n’étaient pas

sans exciter les convoitises et les haines. Tantôt, il lui fallait se

défendre contre les déprédations des seigneurs, les Polignac en tête,

contre les incursions de rouliers, contre les assauts des protestants.

Blacons, lieutenant du baron des Adrets, aurait profané les restes du

pape, après avoir bu dans son crâne, l’aurait fait vider à ses soldats

pour qu’ils pussent se vanter d’avoir bu dans la tête d’un pape...

La Chaise-Dieu, après tant d’abbés qui furent l’honneur de la

chrétienté, avait fini par échoir au prince-cardinal de Rohan, exilé

là, à la suite de l’affaire du collier de Marie-Antoinette.

Des magnificences du passé, ce n’est plus que des épaves; ce n’est plus

que la coque chenue du vaisseau, l’armature du bâtiment qu’attaquent

les moisissures, les mousses et la rouille; cela a conservé, par les

proportions, une rudesse de forteresse avec une sévérité monastique,

cela en impose; cependant, la première impression, à l’intérieur, est

de pénétrer dans une vaste grange, où l’on aurait remisé, déménagé

des débris du culte; «on n’y respire que des miasmes putrides, on n’y

marche que sur des immondices, dans les maisons, dans les cours, dans

les rues, sous les porches et dans les cloîtres».

[Illustration: A LA CHAISE-DIEU.--L’église abbatiale.]

Ce n’est que mutilations et décrépitudes, pourriture, vétusté;

les cent cinquante stalles encloses dans le chœur des religieux,

avec leurs sculptures vantées, ne sont plus là que comme dans un

garde-meuble, un hôtel des ventes. A notre passage, les tapisseries

fameuses avaient été détachées, pendant des réparations aux

toitures; elles gisaient dans des sacristies où nous en déroulâmes

quelques-unes--merveilleuses--comme des carpettes sur le sol... D’une

Danse macabre, d’une fresque à cinquante ou soixante personnages,

qui décorait le mur d’un bas-côté, il n’y a plus que quelques

traces informes, qui s’effritent, desséchées, ou se détrempent, en

grumeaux...; on a hâte de s’éloigner de tout cela, qui n’a point la

grandeur tragique, la noblesse, la majesté des ruines ni de la mort,

mais c’est l’horreur de la détresse d’un lieu après une épidémie, cela

a une odeur de fièvre, de choléra, de peste, c’est comme une lèpre qui

mange et dégrade les choses...

[Illustration: LA CHAISE-DIEU.--La tour Clémentine.]

D’ailleurs, cette fétidité n’est pas spéciale à la Chaise-Dieu; elle

est la même par bien des bourgs que l’on traverse pour s’y rendre,

ou pour en revenir, dans tous les sens de la province, par Darsac et

Allègre, par Arlanc et Craponne, etc. La cause en est tantôt à la

rudesse, tantôt à l’apathie des populations, apathie qui peut aller

jusqu’à l’ignorance la plus placide, dont George Sand cite ce trait, de

riverains de l’Allier, de qui elle ne pouvait tirer que cette réponse à

sa demande comment ils dénommaient le fleuve: _C’est de l’eau!_

[Illustration: Une galerie du cloître de la Chaise-Dieu.]

Partout ce qu’a décrit le romancier: «La maison est d’une malpropreté

inouïe. Le plafond, recouvert d’un treillis de lattes, sert de

réceptacle à tous les aliments en même temps qu’à toutes les guenilles

de la maison. On est suffoqué, en y entrant, de l’odeur nauséabonde du

lard rance mêlée à celle de toutes les choses immondes qui pendent là

en guise de lustres: des chandelles avec des chapelets de saucisses,

du linge sale et des vieilles chaussures avec le pain et la viande. La

construction de beaucoup de maisons sent elle-même la forteresse ou le

campement plus que l’habitation normale. Le logis s’élève sur une

haute base et se ramasse sous un toit écrasé où l’on grimpe par des

échelles. Dans une de ces habitations où le hasard m’a fait entrer,

j’ai vu des images de dévotion encadrées à côté d’images obscènes.

C’était, il est vrai, une auberge, un lieu où les femmes honnêtes du

pays n’entrent jamais. J’écoutai des paysans qui buvaient. C’était

un mélange analogue aux images de la muraille, des discours mêlés de

serments empruntés aux choses sacrées et d’ordures les plus grossières.

Nouvelle ressemblance avec le langage du paysan des environs de Rome.

Il semble qu’un excès d’engouement pour les formules extérieures des

cultes entraîne avec lui une soif de blasphème. Je parle là des paysans

de la montagne: ceux qui se rapprochent du centre du bassin et de ses

villes sont plus civilisés. Au reste, chez les uns comme chez les

autres, et comme chez les Romains, à côté des vices que je te signale,

je pressens et je vois de grandes qualités. Ils sont probes et fiers.

Rien de servile dans leur accueil, et un grand air de franchise dans

leur hospitalité. Ils ont certes, dans l’âme, les âpretés et les

beautés de leur terre et de leur ciel...» Plus d’une auberge mal famée

comme celle dont parle Sand figure aux crimes célèbres, auberges où les

hôtes qui dévalisaient et tuaient le voyageur étaient bien à peu près

assurés de l’impunité; pas toujours, pourtant, puisque çà et là, devant

les murs effondrés, des carcasses de masures, à de louches carrefours

de routes, on vous conte des causes sanglantes, relatées en tant de

complaintes!

[Illustration: ÉGLISE DE LA CHAISE-DIEU.--Le chœur et les tapisseries.]

La contrée rappelait les campagnes de Rome à George Sand.

Çà et là, j’ai songé à l’Espagne.

Pour d’autres, le Velay prend l’allure d’une Corse continentale: «Les

montagnards du Mézenc, du Meygal et de leurs contreforts forment un

peuple qui a un caractère tranché et qu’on croirait appartenir à de

plus chauds climats. Ils sont jaloux, susceptibles et vindicatifs à

l’excès. Ces montagnards marchent la plupart toujours armés d’un stylet

et d’une espèce de poignard appelé _coutelière_ et que la moindre

dispute suffit pour leur mettre en main. Dans leurs vengeances, ils

n’épargnent ni leurs parents les plus proches, ni leurs amis les plus

chers. Le caractère dur et farouche de ces montagnards s’est néanmoins

beaucoup adouci. Au dire des autres habitants du département, ils

n’allaient autrefois à l’église ou au prêche qu’armés de leur fusil

et munis de poudre et de balles. C’étaient de véritables Corses au

milieu de la France... Ils sont francs et sincères, dans leurs amitiés

comme dans leurs haines. Ils aiment à s’obliger mutuellement. Les

proscrits ont trouvé chez eux un asile assuré, à l’époque de toutes les

persécutions politiques et religieuses. Pendant la Révolution, c’était

souvent chez les protestants que les prêtres catholiques se réfugiaient

et trouvaient secours et protection.»

[Illustration: Sur la lisière de la forêt.]

Avec la conscription, les chemins de fer, l’émigration, l’école pour

tous, la violence des caractères et des mœurs s’est bien atténuée.

Mais quand même, le Velay, dans ses replis profonds, est l’une

des provinces françaises qui ont gardé le plus d’autrefois, qui

sont restées les plus étrangères en France, assez pour forcer les

comparaisons avec l’Italie, l’Espagne, la Corse... «Les femmes, juge

George Sand, ont toutes l’air hardi et cordial. Je les crois bonnes et

violentes. Elles ne manquent pas tant de beauté que de charme. Leurs

têtes coiffées d’un petit chapeau de feutre noir orné de jais et de

plumes ont, dans la jeunesse, un certain éclat, et, dans la vieillesse,

une austérité assez digne; mais tout cela est trop mâle, les épaules

larges et carrées sont en désaccord avec le corps grêle, et leur

manque absolu de propreté rend leur toilette désagréable à regarder.

Dans la montagne, c’est une exhibition de guenilles incolores sur de

longues jambes nues et fangeuses, sans préjudice des bijoux d’or,

et même de diamants au cou et aux oreilles, contraste de luxe et de

misère qui m’a rappelé les mendiants du Tivoli. Pourtant, les femmes

d’ici sont laborieuses. L’art de la dentelle est enseigné par la mère

à sa fille. Aussitôt que l’enfant commence à babiller, on lui met une

grosse pelote de corne sur les genoux et les paquets de bobines entre

les doigts. A l’âge de quinze ou seize ans, elle sait faire les plus

merveilleux ouvrages, ou elle est réputée idiote et indigne du pain

qu’elle mange; mais dans l’exercice de cet art délicat et charmant, si

bien approprié à l’adresse patiente de la femme, une autre tyrannie

que celle du clergé pèse sur la Velaisienne: c’est celle du commerçant

qui l’exploite. Comme toutes les paysannes du Velay et d’une grande

partie de l’Auvergne savent faire ces ouvrages, elles subissent toutes

également la loi du bon marché, et l’on est effrayé de l’exiguïté

sordide du salaire...»

En effet, quelques sous, à peine, rémunèrent les meilleures

dentellières, les milliers de dentellières que, par _assemblées_, aux

jours d’été, l’on rencontre faisant marcher leurs langues et leurs

métiers, à l’abri d’un mur, dans les recoins d’ombre des ruelles des

villes et des villages. Cent mille dentellières, au Puy et dans le

Velay, travaillant le lin, la soie, la laine, le poil de chèvre et

celui du lapin angora, et le fil d’argent et le fil d’or...

Partout des dentellières, et de la dentelle, des flots de dentelle,

un océan de dentelle dont les plus sombres villages sont baignés; de

la dentelle, des flots de dentelle, un océan de dentelle qui vient

déferler de toute sa blancheur aux pieds de la noire Notre-Dame du Puy,

Notre-Dame de la Dentelle...

[Illustration: Les dentellières du Velay.]

[Illustration: Le Calvaire de Saignes, près Bort.]

L'Auvergne · 第 33 / 53 题