BOURRÉES D’AUVERGNE

Bourrées d’Auvergne notées spécialement

pour cet ouvrage par M. Marcelin MORANGE.

1.--_PER BIEN LA DANSA._

2.--_PASSEN SUR LA PLANCHETTO._

3.--_LO BOUOLE, LO MARIANNO._

4.--_SE SABIAS, FILLETTOS._

5.--_PARA LOU LOUP._

6.--_YEOU N’AI CIN SOS._

[Musique: PER BIEN LA DANSA

Mouvement de Valse

Partition Nº 1.]

[Musique: PASSEN SUR LA PLANCHETTO

Mouvement de Valse

Partition Nº 2.]

[Musique: LO BOUOLE, LO MARIANNO

Mouvement de Valse

Partition Nº 3.]

[Musique: SE SABIAS, FILLETTOS

Mouvement de Valse

Partition Nº 4.]

[Musique: PARA LOU LOUP

Mouvement de Valse

Partition Nº 5.]

[Musique: YEOU N’AI CIN SOS

Mouvement de Valse

Partition Nº 6.]

«--Pierre d’Ytrac, qui n’avait pas du sang de citrouille,--quand il

entendit cela mit la crête rouge;--il secoua sa chevelure, jeta son

chapeau:--Tiens, dit-il, tu as mépris de moi parce que tu es grand:--Eh

bien, tout grand que tu es, je me moque de ta taille.--Nous nous y

mesurerons tous deux, à la faux!--Je suis d’Ytrac, et tu sauras que

d’Ytrac, mille noms!--ceux-là qui en sont ne passent pas pour des

pleutres.--Je te parie un beau rôti, une poitrine de veau,--que nous

nous ferons servir farcie et toute chaude,--et trois litres de vin pour

chacun.

[Illustration: Le Capucin et le Sancy vus du plateau de Bozat.]

«Cela me plaît!--fit l’autre, un rôti surtout: j’aime mieux ça.--Je

n’ai trouvé nulle part, en fait de victuailles,--rien comme un bon

rôti, avec du vieux fromage.--Chez Frédéric, on nous en servira de

bon,--et même du «limousin», de celui qu’on garde dans le fût bouché

d’une cheville.--Maintenant, du moment que tu fais le _crâneur_,--je

te dirai Pierrounel, que pour tenir ce pari,--je me réserve quelque

chose: je me réserve le droit--de choisir le moment, de choisir le

lieu.--Il ne me suffit pas d’un petit pré. Pour faire à ma manière,--je

veux une prairie, et même je la veux tout entière.--Toi, tu choisirais

Foulan; mais moi, qui n’ai pas peur,--je veux quelque chose de mieux:

je choisis Espinassol!--D’un côté c’est uni, que cela fait plaisir

à voir:--c’est là qu’il faudra suer de l’huile de coude!--L’étui à

aiguiser sur la cuisse, et la faux au poing,--c’est là, Piorrounel,

que je t’attends demain.--Nous descendrons d’un bout à l’autre de la

prairie,--(Elle est longue, par ma foi! nous en avons pour un bon

moment.)--Nous partirons tous deux ensemble, de front,--Et nous ferons

à celui qui le premier achèvera sa jonchée.--Je connais Espinassol, je

sais que le fermier--se montrera content et fier de cette affaire.--Que

diable! nous lui ferons du bon travail pour rien;--je crois même qu’à

deux, nous lui en _tomberons_ bien pour trois.--A ce point qu’il

devrait nous payer notre peine.--Moi, je ne voudrais pas d’argent;

mais je prendrais bien une étrenne;--je prendrais bien que sa fille

(elle est jolie pour de bon),--pour payer mon travail, me fît un

baiser.--Il faut le lui proposer; si la petite se pique,--me regarde

de travers et fait trop la revêche,--tant pis! moi, je n’en aurai que

meilleur appétit,--pour _descendre_ plus tard la poitrine de veau et le

rôti!--Eh bien! donc, à demain matin; c’est compris, Pierre?

[Illustration: La Bourboule.]

«--C’est compris, Bertrand; demain, passe me chercher,--nous arriverons

ensemble à la prairie, et nous verrons--qui est celui qui a les bras

_francs_ et de bons reins.

«--Le lendemain matin, comme pointait le jour,--l’Angélus au clocher

d’Ytrac sonnait.--En ce temps-là, Ytrac avait encore un clocher:--il

n’est pas aussi riche aujourd’hui, il n’a qu’un pigeonnier,--avec

une mauvaise toiture en forme de calotte.--Pourtant, ce buron,

cette baraquette,--c’est le pied de l’ancien clocher: c’en est un

débris,--et cela rappelle un grand champignon à grosse jambe.--Je dis

donc que Branleau, le sacristain d’alors,--sonnait l’Angélus (même il

le sonnerait encore,--si la mort ne l’avait _sonné_ lui-même à son

tour),--comme Pierre et Bertrand, levés avant le jour,--passaient tous

deux au pont de Lacarrière.

[Illustration: Les gorges d’Avèze, près de la Bourboule.]

«--Les martins-pêcheurs suivaient le long de la rivière.--Dans les

arbres, les oiseaux étaient encore perchés;--l’on entendait jacasser

les merles et les geais; de temps à autre un coq chantait; une oie

vieille,--une poule, un canard élevaient leur voix rauque; c’était

l’heure de faire téter les jeunes veaux--et d’emplir de lait chaud

cuivrines et gerles.--Pierre et Bertrand, sans prêter attention à ces

choses,--sans écouter les geais, les merles, les alouettes, arrivent

sur le pré, et le sang leur bout, tant ils sont impatients de commencer

la fête.--Ils prennent juste le temps de quitter la veste,--et les

voilà _quillés_: un, deux, trois, ça y est!--et la faux se met à tondre

le gazon.

[Illustration: LA DORDOGNE.--Dans les gorges d’Avèze.]

«--Bertrand sue abondamment et Piorrounel halète.--Mais, bah! cela n’y

fait rien; Bertrand et Piorrounel--n’en filent que plus rapidement

et toujours sur une même ligne,--si bien de front que vous pourriez,

diable emporte!--les joindre tous deux avec le même joug.--Ils se

hâtent sans affûter, sans donner un coup de pierre à aiguiser.--A la

fin, pourtant, les faux ébréchées--ne font plus, comme au départ,

tomber l’herbe par brassées,--et il faut s’arrêter de force.

«Le premier,--Piorrou, tire la pierre à aiguiser toute mouillée de son

étui.--Tranquille, le faux manche appuyé sur la cuisse,--il affile

son instrument et l’affile sans se hâter.--Rien qu’à le voir, on sent

qu’il n’est pas rendu--et qu’affiler, pour lui, n’est pas perdre du

temps.--L’autre veut profiter de ce moment, il fait effort, et gagne

sur Piorrou la longueur d’une toise.--Mais brusquement Piorrou

quitte les sabots--et, tout pieds nus, file sans peur des tronçons de

tiges.--Ham! se fait-il, comme un bœuf qui arrache un mugissement,--et

tel dans le ciel luit un éclair, sa faux illumine l’air et prend tout

devant elle,--et le brave Piorrou laisse Bertrand derrière.

«--Ah! pauvre homme de Lacapelle, tu ne connaissais pas encore--Pierre,

le bouvier petit, tu ne savais pas ce qu’il était.--Eh bien, il va te

donner sa mesure sur le pré,--la mesure que peut prendre un enfant

d’Ytrac.--Et toi, qui, pour faucher, te croyais un grand maître,--tu

sauras que Piorrounel est de taille à te conduire par le licol.

[Illustration: AU STEPPE AUVERGNAT.--Les pâturages du Luguet.]

«--C’est fini. Bertrand s’arrête: par ma foi,--je n’y fais plus,

dit-il, nous avons coupé assez de foin.--Fauche, si tu veux faucher,

Pierre, moi je me couche.--Je ne te croyais pas aussi fort ni aussi

crâne, _biotase_!--Jamais je n’ai trouvé un homme comme toi.--Tu m’as

vaincu, Piorrounel, je payerai le déjeuner.

«Alors, sans se faire prier, Piorrou s’arrête--et, tout heureux, se

prend à chanter le bailère...»

D’autres fois, il se souvient des histoires de la veillée, des

peurs, des revenants, des loups-garous, du sabbat; de quelle manière

vigoureuse il fixe tout cela dont s’épouvantait notre enfance, tous

ces contes qui nous faisaient, à la fois, dire «assez, assez...» et,

insatiablement, «encore, encore...»

Prenons le _Sabbat_:

«--Mon grand-père, un hiver, embaucha, comme maître bouvier--le fameux

Jeantou de Siran.--Il me semble encore que je le vois:--il avait

sur le nez une verrue comme un pois,--et les cheveux qu’il portait

longs,--par touffes, lui sortaient, poivre et sel,--toujours ébouriffés

comme un pied de chiendent,--d’un grand bonnet de laine bleue.--Des

guêtres de bure, couleur de miel,--cachaient ses sabots en forme de

bateau.--Loquace comme une pie,--il n’avait pas de plus grand plaisir,

notre Jeantou,--que de conter des contes au coin de l’âtre,--et quoi

qu’il n’eût jamais été à l’école,--il parlait bien, le _foutriquet_!

[Illustration: SUR LE PLATEAU DU LUGUET.--Tourbières près de Marcenat.]

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

«--Un soir d’hiver, la neige tombait, et tous, maîtres et gens,--nous

étions assis autour des landiers.--Il faisait froid, et le feu

flambait,--le _lun_ de cuivre était allumé.--Les servantes avaient

garni leurs quenouilles;--et Toinou, pâtre des ouailles,--s’amusait

à tirer la queue de notre chat.--Personne ne parlait guère, et mon

aïeul, qui, je pense,--s’ennuyait de ce silence,--fit tout à coup: Eh!

Jean, vous ne dites rien?--Contez-nous donc quelque chose, ce que vous

voudrez.--L’autre, qui aurait bavardé toute une veillée,--se frotta le

nez, tira sa tabatière,--et sans trop se presser (il ne se pressait

jamais),--ainsi il nous parla, en patois:

«--L’année quarante-six, quand je revins d’Afrique,--après dix-huit

mois passés dans le désert,--à la chasse d’Abd-el-Kader,--j’avais la

peau dure comme du cuir,--et rouge comme de la brique,--et même, en ce

temps-là, enfants, si vous m’aviez vu,--je crois que vous ne m’auriez

pas marché sur le pied,--car j’étais malin comme un diable.

[Illustration: VALLÉE DE LA JORDANNE.--Le pont de Saint-Simon.]

«--Je travaillais à Saint-Paul comme garçon d’écurie:--et c’est

là qu’un jour--je fus piqué par l’Amour.--Une fillette, une

jouvencelle,--qui s’appelait Lisette,--me joua cette vilaine farce.--Le

dimanche, à la grand’messe,--je remarquais ses yeux vifs, sa peau fine

et nette,--et son bavolet relevé.

«--Un matin elle me regarda: ce fut fini!--A partir de ce jour, quelque

temps qu’il fît,--je n’avais pas souvent de paresse,--pour aller la

voir au Bac, où elle avait sa maison.--J’y passais la veillée, et je

retournais après coup à Saint-Paul,--et chaque soir c’était ainsi.

«--J’avais, depuis longtemps, pris cette habitude,--et aucun malheur

ne m’était arrivé,--quand, _l’ase fouto_..., un soir, comme je partais

du Bac--(il bruinait quelque peu), une brume se lève,--telle que

vous auriez dit un monceau de plumes;--avec un couteau vous l’auriez

coupée.--Le fermier Guy, patron de mon aimée,--ne voulait pas me

laisser partir,--et voulait me garder chez lui jusqu’au matin;--mais,

moi, qui n’avais pas peur de la chauve-souris,--un bâton d’alisier,

bien ferré, à la main,--le chapeau sur l’oreille, et la pipe

allumée,--je filai, sans vouloir attendre au lendemain.

«--A travers le brouillard gris, la lune se levait,--et cela

ressemblait à un œil rouge qui me regardait...--Tout alla bien jusqu’à

Picou;--mais là, va te faire fiche! au milieu de la lande,--je vois

une flamme bleue et claire,--qui vient de mon côté: Qu’est-ce que

c’est, Jeantou?--pensai-je; quel est ce diable de feu qui flambe?--Tout

en pensant ainsi, je serre bien mon bâton,--et je me mets à chanter

la «Grande»;--mais le feu, ce gueusard!--quand j’eus fait quelques

pas,--se met à me danser, saute, monte et descend,--et, tout à coup,

vient sur moi, comme une balle.

[Illustration: A Saint-Bonnet-de-Salers.]

«--Moi, qui veux l’éviter, je recule, je trouve une mare,--et je m’y

enfonce jusqu’au milieu de l’estomac.--C’était au cœur de l’hiver, il

gelait,--et le pauvre Jeantou pensait:--Quel rhume tu vas attraper,

quel rhume!--Je passai là une minute lourde et longue,--à barboter

dans l’eau et dans la boue.--J’y faillis perdre un sabot,--et vous ne

m’auriez pas touché avec une fourche à fumier,--quand je sortis de la

mare,--tellement elle me remplit de vase, la carogne!--vous auriez dit

que je venais de curer un puisard.

«--Près de là je trouve une croix,--et comme je ne savais plus

où j’étais,--au pied de cette croix, de fort mauvaise humeur, je

m’assis.--Mais, tout à coup, un bruit me fait dresser la tête;--je

me retourne, et que vois-je! Un colosse de chat,--avec des yeux comme

deux chandelles allumées.--Ah! mon ami, je me lève et je lance des cris

de détresse,--qu’on dut entendre à Saint-Paul, et même au delà:--je

n’avais plus ni force ni courage;--le cœur me faisait tic tac,--et je

crus avoir une attaque.

[Illustration: ENTRE MAURIAC ET SALERS.--A Drugeac.]

«--Et ça ne se termina pas ainsi:--sur l’échine de ce chat énorme

et monstrueux,--une vieille s’était juchée,--jambe de-ci, jambe

de-là,--asla et les jarretières pendantes,--et aussi velue qu’un

blaireau,--un pied chaussé d’une savate,--et l’autre d’un sabot sans

bride.--Et il en arrive ainsi des bandes,--qui volaient comme des

oiseaux,--à cheval sur des boucs, des chats et des oies.--Je vis

là des loups-garous,--des fées et des lutins,--des _dracs_ et des

tarasques;--et, pour tout dire, le sabbat!

«--Ah! comme je regrettais d’être parti du Bac!--Ces vieilles me

regardaient,--et les _bougres_ de chats miaulaient.--C’est égal, au

bout d’un moment:--Allons! tu ne peux pas coucher ici,--pensai-je;

Jeantou, du courage!--Je m’élance, et, comme un fou,--je me jette,

les yeux fermés,--à travers bois, landes et prés.--Mais des diables

volants, qui me suivaient sans peine,--un des plus malins m’attrape

les cheveux,--et pendant que je _mouillais_ mes braies de peur,--il

m’allonge une _plumée_,--telle que, la moitié de la tête, il me la

laissa pelée:--il n’y demeura pas plus de poil que sur un œuf!--Moi,

qui me débattais, je glisse, je tombe dans l’herbe,--et je roule au

fond d’un réservoir;--je me relève cependant,--et moi là-bas! et moi

là-bas!--Je n’ai jamais autant galopé.--De temps en temps je trouvais

un arbre, et je le heurtais;--d’autres fois une ronce, un débris de

souche,--me faisait rouler, cul par-dessus tête; et chaque fois, je

m’assommais.--J’avais perdu le bâton, le chapeau,--et je saignais comme

un veau.--Je m’étais fait au front des bosses,--comme des pommes de

terre bien grosses.

[Illustration: La grande place de Salers.]

«--Finalement, quand le jour levé--eut fait fuir le sabbat,--le pauvre

Jean, savez-vous où il était?--Il était à deux lieues de Saint-Paul,--à

la cime du roc Bruneau!...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

«C’est pourquoi il ne sort plus la nuit, depuis lors.»

Pour terminer, choisissons _les Rochers_.

I

«J’aime les rochers: ce sont les os de la terre,--os durs et pointus

qui lui percent la peau.--La pluie, le soleil, la neige, leur font la

guerre;--parfois, seulement, quelque maigre arbuste--leur couvre le

chef et leur sert de chapeau.

«Quand ils ne sont pas tout nus, ils n’ont qu’une limousine de

mousse,--et plus d’un semble un vieux mendiant haillonneux.--Le rocher

du Lait, rugueux et tout hérissé,--a l’air d’un grand lion à la

crinière rousse,--d’un lion aux aguets et dans l’herbe couché.

[Illustration: VALLÉE DE L’ALLIER.--Saint-Ilpize.]

«C’est celui que j’ai chanté en vers, à ma façon.--C’est ce fameux

rocher (il vous en souvient peut-être),--qui se dresse superbe, en face

de Vercueyre,--et qui, diriez-vous, va partir des quatre pieds,--et, du

haut du puy, sauter dans la rivière.

«Mais les plus vieux, ce sont les rochers de Saint-Simon:--les uns sont

forés de trous comme de la dentelle.--Quand l’ombre de la nuit tombe

d’en haut,--et, comme de velours noir, les drape,--dans chaque trou

s’encadre une petite étoile.

«Le duc, roi des chats-huants, oiseau qui ressemble à un chat,--y rôde

et bien souvent s’enfonce dans leurs creux; ses yeux ronds, quand il

est perché sur sa proie,--y brillent comme deux lampes, deux flammes

jaunes,--et, s’il criait, vous en seriez épouvantés.

[Illustration: Dans les gorges de l’Allier.]

«C’est un oiseau qui a pour le moins six pieds d’envergure,--et

qui, dans son bec, porte un chevreau, un levraut,--aussi bien qu’un

étourneau y porte une cigale.--Les rochers tremblent du bruit qu’il

fait en s’enfuyant d’un trou:--il est grand comme un bélier et beugle

comme un taureau.

«C’est par là que Gerbert fut un pâtre de brebis,--avant d’être

le grand pâtre du Monde,--et l’un de ces rochers le rappelle,

Gerbert:--les vieilles du pays, en filant leurs quenouilles,--doivent

en parler aux veillées d’hiver.

«Gerbert, la mitre en tête, est sur une chaise,--diriez-vous, et

toute la colline lui sert de piédestal,--et de cette façon nous avons

deux fois sa forme entière:--déjà la nature l’avait sculpté dans la

roche,--quand l’homme le voulut dans le bronze immortel.

«Un jour si vous en avez le loisir, montez jusqu’à Lestrade:--vous

verrez, de ce lieu, plus d’un roc singulier,--un surtout, allongé et

pointu comme un noyau--de pêche (d’une pêche qui aurait vingt pieds de

haut!)--Là le diable, un soir (ce n’est pas une plaisanterie),--avec

des noyaux de pêches volées, salement s’obstrua,--et si bien qu’il

en criait, et par la côte,--les braies à la main, il descendait en

diligence,--quand tout à coup: Prou! prou!... Satan s’accroupit,--et de

son ventre sortit un noyau fort rugueux.--Non, je ne vous souhaite pas,

si vous avez quelque colique,--de vous trouver fermé par un aussi gros

bouchon,--car lorsque Satan, qui n’a pourtant rien de petit,--pondit

cet œuf, gros comme une barrique,--il ne faisait pas du tout le

crâne, Rapatou,--et vous pouvez bien compter qu’il en avait son plein

derrière!...

[Illustration: Vallée de l’Allier. La Voûte-Chillac.]

«Ici, tout honteux, une main sur la face, il me faut dire: Avec votre

pardon,--et m’excuser, dans mon amour pour le vrai,--d’user de trop de

liberté.

«Près de ce rocher j’en sais un qui est haut de six toises,--et que

vous diriez bâti par la main d’un maçon;--moi qui vous parle, un jour,

je l’ai pris pour un clocher:--même il n’y manque, ma foi, que la

cloche,--la cloche et le sonneur.

L'Auvergne · 第 24 / 53 题