M. MAUGUIN.--Je demande la parole.

_M. le ministre des affaires étrangères._--Il n'y a que les

gouvernements qui ne se respectent pas qui puissent ne pas tenir

compte de telles paroles et de telles propositions.

Si je venais vous dire que j'ai été lié à ce point que je n'ai pas été

libre de ne pas signer, si je venais vous dire que j'ai été lié à ce

point que je n'ai pas été libre de ne pas ratifier, vous auriez

pleinement raison. Mais j'affirme ma liberté, j'accepte ma

responsabilité, et dès lors, véritablement, il est étrange que vous

veniez contester la valeur de l'engagement moral contracté auparavant.

(_Approbation au centre._)

Comment! à un homme qui n'élude rien, qui ne méconnaît aucune

difficulté, qui ne refuse aucune des parties de sa responsabilité, on

vient dire qu'une proposition officiellement faite et non désavouée

par un, deux, trois ministères, on vient dire que cela n'est rien!

_Une voix à gauche._--Ce sont des paroles.

_M. le ministre._--Que ces paroles n'ont aucune valeur! messieurs, il

n'y a pas de négociations, il n'y a pas de diplomatie, il n'y a pas de

rapports internationaux, si votre doctrine était admise.

_Voix nombreuses au centre._--Très-bien! C'est vrai! c'est

incontestable! (_Agitation aux bancs de l'opposition, et interruption

de quelques minutes._)

_M. le ministre des affaires étrangères._--Messieurs, en soutenant la

doctrine que je soutiens, je crois soutenir l'honneur de mon pays

(_Nouvelle interruption à gauche.--Au centre_: Oui! oui!), l'autorité

de ses démarches et l'autorité des paroles de ceux qui parlent ou

agissent en son nom.

Je suis de ceux qui pensent qu'aucune démarche faite au nom de la

France, aucune parole dite au nom de la France, n'est insignifiante ni

légère, et que plus vous attacherez d'importance et de gravité aux

paroles et aux actes qui ont lieu au nom du pays, plus vous grandirez

le pays en Europe, plus vous lui rendrez les rapports internationaux

faciles et sûrs.

Croyez-le bien, ce n'est pas en montrant que les paroles ne sont rien,

que les démarches ne comptent pour rien, que les propositions sont

sans valeur, qu'il est indifférent d'avoir proposé ou de n'avoir pas

proposé, d'avoir désavoué ou de n'avoir pas désavoué, ce n'est pas en

agissant ainsi que vous faciliterez les négociations de la France; ce

n'est pas ainsi que vous ferez respecter les engagements pris envers

la France. Persuadez-vous bien ceci: c'est que vous ne ferez jamais

trop d'attention à vos paroles, jamais trop d'attention aux paroles

et aux démarches de ceux qui vous représentent. Persuadez-vous bien

que, plus on vous verra scrupuleux et exacts dans ce que vous aurez

dit ou fait, plus on vous respectera, et meilleurs deviendront vos

rapports. (_Marques d'approbation._)

Je comprends parfaitement ce que disait tout à l'heure à cette tribune

l'honorable M. de Salvandy. Sans doute on a eu des motifs très-graves,

M. le comte Sébastiani d'accepter et de proposer, et M. le comte Molé

de ne pas désavouer; la situation de l'Europe, l'affaire de Belgique

pendante, je comprends que ces motifs aient déterminé le cabinet

d'alors à ne pas désavouer ce qu'avait proposé l'ambassadeur. Mais on

ne prend pas de telles résolutions gratuitement et sans en supporter

les conséquences.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 204 / 219 题