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Discussion sur les relations des gouvernements français et espagnol.

--Chambre des députés.--Séance du 6 avril 1842.--

Dans la discussion des crédits supplémentaires et extraordinaires

réclamés pour les exercices 1841 et 1842, M. Berville, député de

Seine-et-Oise, attaqua le gouvernement au sujet des secours accordés

aux réfugiés espagnols et de l'appui qu'ils avaient, selon lui, trouvé

en France pour leurs tentatives contre le régent d'Espagne, le général

Espartero. Je lui répondis:

M. GUIZOT, _ministre des affaires étrangères_.--Je remercie

l'honorable préopinant de deux choses: la première d'avoir écarté de

cette question tout autre intérêt que l'intérêt français; la seconde,

de la loyauté et de la modération de son langage.

Il a fait porter ses observations sur deux points: la conduite du

gouvernement français au moment de l'insurrection qui a éclaté en

Espagne au mois d'octobre dernier, et l'envoi de notre ambassadeur à

Madrid.

Sur le premier point, il a trouvé que nous n'avions pas suffisamment

ménagé la susceptibilité du gouvernement espagnol, ni prévu et prévenu

les impressions publiques en Espagne.

L'honorable préopinant a paru croire que les réfugiés qui, à cette

époque, sont rentrés en grand nombre sur le territoire espagnol, y

étaient rentrés par suite d'un complot auquel nous n'avions pas

connivé, mais que nous n'avions pas empêché, autant que cela était en

notre pouvoir.

L'honorable préopinant a oublié que les réfugiés espagnols rentraient,

à cette époque, en Espagne, en vertu de l'amnistie qui venait d'être

prononcée, que c'était là ce qui avait amené l'affluence des réfugiés

espagnols vers la frontière, et qu'il avait fallu une suspension

formelle de l'amnistie, prononcée par le gouvernement espagnol, pour

arrêter ce mouvement.

L'autorité française y était complétement étrangère.

Lorsque le gouvernement espagnol, suspendant les effets de l'amnistie,

s'est adressé à nous pour nous demander de faire interner les réfugiés

dont la présence l'inquiétait, nous avons obtempéré à sa demande; non

pas que nous nous considérions,... comment dirai-je?... comme des

gendarmes obligés d'agir à la première réquisition des autorités

espagnoles. En même temps que nous avons toujours voulu remplir envers

le gouvernement espagnol tous les devoirs du droit des gens, nous nous

sommes toujours réservé la liberté de notre jugement et de notre

conduite, la liberté d'examiner si en effet tels ou tels réfugiés

donnaient au gouvernement espagnol de justes raisons de plainte. C'est

à l'autorité française qu'il appartient d'apprécier la conduite des

réfugiés comme de déterminer le lieu où ils doivent résider. Nous

avons toujours gardé, nous garderons toujours avec soin notre droit;

mais, en même temps, toutes les fois que nous avons acquis la

conviction que la conduite de tels ou tels réfugiés inquiétait

légitimement, menaçait réellement la tranquillité de l'Espagne, nous

les avons fait interner. En ceci donc nous avons fait tout ce qui se

pouvait, en respectant la justice et l'hospitalité, pour ménager la

susceptibilité du gouvernement espagnol.

Nous avons fait plus; nous avons continué à prendre sur notre

frontière, quelque onéreuses, quelque pénibles qu'elles fussent pour

notre population, toutes les précautions propres à empêcher le

renouvellement de la guerre civile en Espagne. Nous avons continué de

surveiller, d'interdire soigneusement l'introduction de munitions et

d'armes dans les provinces basques. Nous avons continué de donner à

cet égard aux autorités espagnoles d'utiles avertissements. Et ce ne

sont point les seules autorités locales qui, d'elles-mêmes et

confidentiellement, ont donné tel ou tel avis; elles n'ont agi que par

les ordres de l'autorité centrale. Ce qu'elles ont fait dans un cas

que j'ai déjà eu l'honneur de citer à la Chambre, elles l'ont fait

souvent; elles le font encore aujourd'hui.

Ce que la Chambre ignore, c'est que naguère des douaniers français ont

soutenu une lutte sanglante pour empêcher des réfugiés espagnols de

rentrer en armes sur le territoire espagnol, et que, dans cette lutte

plusieurs de nos douaniers ont été dangereusement blessés, remplissant

ainsi, au péril de leur vie, des devoirs dont, à la rigueur, ils

auraient pu se dispenser. Nous ne voulons pas qu'ils s'en dispensent;

nous voulons faire tout ce qui se peut pour ménager la susceptibilité

espagnole, et prévenir ces impressions populaires dont a parlé

l'honorable préopinant. Mais il n'est pas aisé de prévenir de telles

impressions dans un pays livré à des mouvements, à des incidents

journaliers qu'il faut bien qualifier de révolutionnaires, dans un

pays où, au milieu d'un banquet public, un capitaine général laisse

porter un toast à la mort du roi! (_Exclamations._) Cela s'est passé à

Valence.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 179 / 219 题