M. THIERS.--Mais non!

_M. le ministre des affaires étrangères._--Vous venez de dire à

l'instant que le jour où vous avez vu qu'il y avait un cabinet qui

voulait la guerre et un autre qui voulait la paix, où vous avez vu

qu'on faisait un mérite à l'un et un tort à l'autre de son opinion, ce

jour-là vous avez vu que tout était perdu! Je le demande à la Chambre,

n'est-ce pas là ce que vous venez de dire? (_Oui! oui! Non! non!_)

En vérité, messieurs, on dirait que la question de la guerre et de la

paix n'a jamais été posée dans une grande assemblée! On dirait que

cette question n'a jamais divisé les hommes d'État! Que venez-vous

dire? C'est précisément le spectacle que les pays libres de l'Europe

ont offert depuis cinquante ans. Certes, il n'y a rien de plus

légitime que de conseiller la guerre à son pays quand on croit la

guerre utile ou honorable; il n'y a rien de plus légitime que de

conseiller la paix quand on croit la paix utile et honorable. C'est là

une question naturelle, nécessaire dans certaines situations; il peut

arriver que le pays puise sa force dans la paix tout aussi bien que

dans la guerre: c'est précisément le point à débattre, à juger. Mais

dire que, par cela seul qu'on a parlé de la paix, le pays a perdu sa

force, en vérité, c'est méconnaître et les situations les plus

vulgaires de l'histoire, et les notions du plus simple bon sens.

(_Très-bien! très-bien!_)

Je reviens à la discussion.

Messieurs, pas plus l'honorable M. Thiers que l'honorable M. Billault

ne me fera sortir de la réserve que je me suis imposée. (_Très-bien!

très-bien! Rires à gauche._)

Quand j'ai dit à cette tribune que je ne croyais pas que le moment fût

venu de débattre la négociation pendante, je l'ai dit après y avoir

bien pensé, parce que j'ai cru que le débat ne valait rien, ni dans

l'intérêt du pays, ni dans l'intérêt de la vérité, les deux seuls

intérêts qui me préoccupent et me possèdent à cette tribune.

Je persiste dans cette opinion; je n'accepte point le débat dans

lequel M. Thiers vient d'entrer. Malgré le désavantage où il croit me

placer par là, je saurai remplir mon devoir. Il a parlé tout à l'heure

des conditions du gouvernement; la première des conditions imposées

aux hommes qui ont l'honneur d'être appelés au gouvernement de leur

pays, c'est de savoir persévérer dans la conduite qu'ils ont adoptée,

c'est de ne pas se laisser ébranler ni entraîner par les difficultés

momentanées de la situation. J'accepte les difficultés que vous voulez

me faire; j'accepte les embarras que vous voulez me créer; j'accepte

les avantages que vous vous donnez, et je persiste dans mon devoir,

qui m'impose d'attendre le moment où la discussion sera nécessaire et

possible pour tout le monde; vous savez bien que je ne vous la

refuserai pas ce jour-là.

J'ai pourtant quelque chose à dire aujourd'hui.

(_Très-bien!--Écoutez!_)

_À gauche._--Il n'y a pas de quoi applaudir.

_M. le ministre du commerce._--Mais certainement si! Que voulez-vous

de plus?

_M. le ministre des affaires étrangères._.--J'ai deux choses à dire:

la première, c'est que, dans les assertions que M. Thiers vient de

porter à cette tribune, il y a beaucoup et de graves inexactitudes.

Quoi qu'il en ait dit, il est mal informé et il affirme légèrement

bien des choses. (_Très-bien!_)

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 148 / 219 题