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Renouvellement du débat sur les affaires d'Orient et sur les

politiques comparées des cabinets du 1er mars et du 29 octobre 1840.

--Chambre des députés.--Séance du 13 avril 1841.--

Dans la discussion du projet de loi sur les crédits supplémentaires et

extraordinaires pour l'exercice 1841, la question d'Orient fut

relevée, et les politiques des deux cabinets du 1er mars et du 29

octobre 1840 rentrèrent en lutte. Après avoir refusé d'engager dans

cette lutte la négociation alors pendante, je l'acceptai pleinement

sur les faits passés, et je répondis à M. Billault:

M. GUIZOT.--Messieurs, la Chambre n'attend pas, après ce que j'ai eu

l'honneur de lui dire hier, que je me laisse entraîner dans un débat

que je ne crois pas opportun.

Lorsque je l'ai refusé hier, c'est par des raisons sérieuses et

puisées dans l'intérêt du pays. Si je ne croyais pas la négociation

utile au pays, je ne m'y serais pas engagé; si je ne croyais pas le

but que je me propose d'atteindre utile au pays, je ne le

poursuivrais pas. C'est pour réussir dans cette négociation, c'est

pour atteindre à ce but, c'est pour assurer au pays les avantages qui

en résulteront, que je me refuse en ce moment à la discussion sur

laquelle on insiste. Je l'ai refusée hier directement; je ne m'y

engagerai pas aujourd'hui indirectement.

Le moment viendra, la Chambre peut en être assurée, où toutes les

questions que l'honorable préopinant vient de soulever à cette tribune

seront traitées et résolues: le moment viendra où la Chambre verra si

nous nous sommes écartés de la politique qu'elle nous avait conseillée

dans son adresse, où la Chambre verra si l'attitude d'isolement et de

paix armée qu'elle avait recommandée n'a pas été maintenue aussi

longtemps, aussi dignement que le prescrivait l'intérêt du pays, et si

le jour était venu d'en sortir.

Je refuse donc de nouveau, aujourd'hui, d'entrer dans ces questions,

parce que je ne pourrais le faire sans nuire au pays, ni le faire avec

la vérité, l'étendue qu'elles exigent pour que la Chambre connaisse

tout, et décide en pleine connaissance de cause. (_Assentiment au

centre._)

Mais il y a des choses qui regardent le passé, et que l'honorable

préopinant vient de traiter. J'aborderai celles-là.

M. Billault a représenté le budget, et en particulier la loi que vous

discutez, la loi des crédits supplémentaires, comme conçus dans un

esprit partial, comme ayant dissimulé la vérité de la situation, et

ayant voulu uniquement faire servir les faits à une politique

particulière.

Messieurs, quand l'adresse a été débattue dans cette Chambre, nous

avons exposé notre politique pleinement, sans la moindre réticence,

comme la politique opposée s'est produite également à cette tribune.

On parle du silence du ministère; mais, ce me semble, dans aucune

session, les questions politiques n'ont été aussi profondément, aussi

longuement débattues; jamais elles ne se sont tant de fois

renouvelées. L'adresse, les fortifications de Paris, les fonds

secrets! Est-ce que toute la politique n'a pas été traitée dans ces

divers débats? Est-ce que l'on peut se plaindre du silence du

ministère?

Il est vrai que, dans la question des fonds secrets, nous n'avons pas

voulu nous engager dans le défilé où vous nous poussiez; nous n'avons

pas voulu accepter le piége que vous nous tendiez; nous ne le ferons

jamais. Mais cela même, messieurs, c'est de la discussion, c'est de la

publicité; ce que nous avons fait là, nous ne l'avons pas fait en

cachette. Nous sommes venus dire à cette tribune que nous le faisions,

et pourquoi nous le faisions. Notre opinion a été discutée; notre

conduite, nous vous l'avons livrée; nos raisons, nous vous les avons

exposées. Si jamais le régime représentatif a été en vigueur, si

jamais les débats se sont hardiment déployés, c'est dans cette

session, je ne crains pas de l'affirmer; à aucune époque, la politique

d'aucun cabinet ne s'est produite, je ne dirai pas aussi franchement,

aussi complétement, mais plus franchement, plus complétement. Il n'y a

aucun cabinet qui ait, à cet égard, le droit de faire au cabinet

actuel le moindre reproche, la moindre leçon.

Je viens à la question.

Messieurs, en vérité, je crois que, si jamais le budget a été proposé

avec quelque sincérité, je dirai quelque courage, c'est le budget que

vous discutez. Nous avons fait de l'héritage qui nous était laissé

deux parts: nous avons répudié l'une complétement, hautement, en

donnant nos raisons; nous avons accepté l'autre avec la même franchise

et aussi complétement. Et croyez-vous que ce fût une chose bien facile

pour nous? Croyez-vous qu'il ne nous eût pas été plus commode de

répudier une plus grande partie de l'héritage qu'on nous laissait?

Croyez-vous qu'il ne nous eût pas été plus commode de ne pas soutenir

dans les deux enceintes législatives, à propos des fortifications de

Paris, ce grand débat qui a partagé nos amis, et a mis le gouvernement

dans une des situations les plus délicates où il se soit jamais

trouvé? Certes, il nous eût été aisé de l'écarter. Pourquoi ne

l'avons-nous pas fait? Parce que nous avons cru que notre devoir nous

ordonnait d'accepter ces difficultés, de prendre notre part de ce

fardeau. Nous l'avons fait sans hésiter, loyalement, complétement; et

pendant que ce débat avait lieu dans cette enceinte, l'honorable

président du cabinet du 1er mars lui-même ne manquait pas de rendre

justice à la loyauté, à la fermeté avec laquelle nous avions accepté

cette part de son héritage... (_Interruption._)

J'en appelle aux souvenirs de toute la Chambre.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 139 / 219 题