_M. le ministre des affaires étrangères._--Parce que le but du traité,
et ce sont les termes mêmes du memorandum par lequel il a été répondu,
parce que le but ne pouvait être atteint que par des moyens
insuffisants ou dangereux. (_Réclamations de M. Thiers._)
Il n'y a rien de si aisé que de mettre les paroles mêmes du memorandum
du 24 juillet sous les yeux de la Chambre; elles les a entendues
plusieurs fois; c'est l'acte qui contient la première et vraie pensée
du cabinet sur le traité du 15 juillet; je suis prêt à le relire à la
Chambre si elle le désire (_Non! non!_), mais je suis sûr que je le
cite exactement.
Reste le second point. Je ne puis que me rappeler à peu près les
paroles qui viennent d'être prononcées: «Ces armements seront
maintenus et recevront tous les développements que pourront exiger la
défense des droits que nous avons reconnus et la protection de nos
intérêts en Orient.»
Mais, messieurs, c'est là engager absolument la France à la cause de
Méhémet-Ali (_Réclamations_); ce sont les forces de la France vouées à
la défense de ce qu'on appelle les droits de Méhémet-Ali.
Messieurs, permettez-moi, en finissant, au dernier terme de ce débat,
d'entrer dans le vrai de la situation.
Toute notre politique, depuis que la question d'Orient est élevée, a
eu pour base la supposition que le pacha opposerait une résistance
énergique, efficace et prolongée. Quiconque lira tout ce qui a été dit
et écrit dans cette grande question, quiconque en examinera tous les
actes verra que c'est là l'idée qui a été la base de notre politique.
Dans tous nos raisonnements, dans toutes nos pièces diplomatiques,
qu'avons-nous dit? «Ce que vous entreprenez est très-difficile et
très-périlleux; vous l'entreprenez avec des moyens insuffisants ou
dangereux. Le pacha vous résistera de telle façon que vous mettrez en
péril la paix de l'Orient et l'équilibre de l'Europe.»
Voilà la base de tous nos raisonnements; plus que la base de nos
raisonnements, la base de nos actions, de notre politique.
Que faisait le cabinet du 1er mars quand il arrivait, quand il voulait
développer les armements, dans la vue qu'au printemps il serait prêt à
faire la guerre? Il agissait dans l'hypothèse que le pacha résisterait
longtemps, énergiquement, efficacement, sans quoi la politique dans
laquelle il entrait n'aurait pas été praticable.
Regardez à tout ce qui a été dit, regardez à tout ce qui a été fait,
vous trouverez au fond la conviction de la résistance énergique et
prolongée du pacha.
Eh bien, cette base de notre politique a manqué; c'est un fait qu'il
est impossible de méconnaître. Voulez-vous continuer à parler et à
agir comme si elle n'avait pas manqué, comme si le pacha avait résisté
énergiquement, efficacement, longtemps? Voilà pourtant ce qu'on vous
demande. (_Dénégations._)
On vous demande de vous attacher à une cause qui n'a pas été soutenue
par son propre maître. On vous demande de vouer les forces de la
France à la défense d'autres forces étrangères qui se sont trouvées
insuffisantes pour se protéger quelques semaines elles-mêmes.
Voilà la vraie situation. Voilà la vraie question. Il est impossible
qu'on engage ainsi la France, quand la base de la politique a été une
erreur évidente. Il est impossible qu'on ne tienne aucun compte des
faits, et que l'on compromette les intérêts, la dignité, le sang de la
France dans une cause qui a failli tout à coup. (_Mouvements divers.
Vive agitation._)