M. THIERS.--Je dis, moi, que c'est déloyal.

M. GUIZOT.--Il n'est pas loyal d'apporter à cette tribune de telles

paroles. (_Oui! oui! très-bien!_) Il n'est pas loyal de prétendre

expliquer par des motifs personnels, honteux ou coupables, ce qui

s'explique naturellement, simplement, par des opinions sincères, par

le droit de tout membre de cette Chambre.

Nous n'avons eu aucune autre raison de rédiger l'adresse que vous

discutez, sinon celle-ci: nous trouvons la politique du cabinet

mauvaise au dedans et au dehors; nous avons cru de notre devoir, comme

de notre droit, de le dire à la Chambre et au pays, de le dire à la

couronne à laquelle nous nous adressons, et de nous efforcer de porter

cette conviction dans la Chambre, dans le pays et dans l'esprit de la

couronne. Voilà nos motifs, les seuls qui puissent être, je ne dirai

pas avoués, mais les seuls qui puissent jamais être allégués à cette

tribune; tout autre est une injure et une calomnie; (_Très-bien!_)

tout autre est une étrange dérogation aux usages et à la liberté des

débats de cette Chambre. Croyez-vous qu'il y aurait liberté dans les

débats de cette Chambre, si on ne pouvait venir ici exprimer son

opinion, louer ou blâmer, sans être accusé d'ambition personnelle, de

motifs honteux; sans être accusé de vouloir troubler son pays et

l'Europe pour ressaisir le pouvoir? Cela serait fatal à la liberté de

vos discussions et de vos délibérations; cela serait un outrage envers

nous et un danger pour vous. (_Vifs applaudissements._)

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 77 / 219 题