M. GUIZOT.--Il n'est pas loyal d'apporter à cette tribune de telles
paroles. (_Oui! oui! très-bien!_) Il n'est pas loyal de prétendre
expliquer par des motifs personnels, honteux ou coupables, ce qui
s'explique naturellement, simplement, par des opinions sincères, par
le droit de tout membre de cette Chambre.
Nous n'avons eu aucune autre raison de rédiger l'adresse que vous
discutez, sinon celle-ci: nous trouvons la politique du cabinet
mauvaise au dedans et au dehors; nous avons cru de notre devoir, comme
de notre droit, de le dire à la Chambre et au pays, de le dire à la
couronne à laquelle nous nous adressons, et de nous efforcer de porter
cette conviction dans la Chambre, dans le pays et dans l'esprit de la
couronne. Voilà nos motifs, les seuls qui puissent être, je ne dirai
pas avoués, mais les seuls qui puissent jamais être allégués à cette
tribune; tout autre est une injure et une calomnie; (_Très-bien!_)
tout autre est une étrange dérogation aux usages et à la liberté des
débats de cette Chambre. Croyez-vous qu'il y aurait liberté dans les
débats de cette Chambre, si on ne pouvait venir ici exprimer son
opinion, louer ou blâmer, sans être accusé d'ambition personnelle, de
motifs honteux; sans être accusé de vouloir troubler son pays et
l'Europe pour ressaisir le pouvoir? Cela serait fatal à la liberté de
vos discussions et de vos délibérations; cela serait un outrage envers
nous et un danger pour vous. (_Vifs applaudissements._)