M. GLAIS-BIZOIN.--Elle a commencé à partir de 1814. (_Mouvement._)

_M. le ministre._--Messieurs, je me résume. Je ne crois pas pour mon

compte que la France ait, à la coopération en Espagne, un de ces

intérêts puissants, supérieurs, qui font taire tous les autres et

auxquels tout doit être sacrifié.

Je parlerai des carlistes...

_À gauche._--Ah! voyons!

_M. le ministre._--Je ne crains pas plus cette question que les

autres, messieurs. Personne ne désire plus vivement que nous le succès

et la consolidation du gouvernement de la reine Isabelle II. Notre

conduite depuis trois ans ne peut laisser aucun doute à ce sujet. Nous

espérons fermement ce succès. On a bien souvent annoncé le triomphe de

don Carlos. Il n'a pas eu lieu, et toutes les fois qu'on l'annonçait

le plus, à ce moment même un grand échec venait démentir les

prédictions. Il y a, dans la cause de don Carlos, de bien autres

faiblesses, de bien autres causes d'impuissance et de désordre que

dans celle de la reine. Le triomphe régulier, l'établissement

définitif, heureux du gouvernement de la reine, est difficile; mais le

triomphe de don Carlos est extrêmement difficile aussi, j'espère

impossible. Et parce que je ne voudrais pas engager les destinées de

mon pays dans celles de l'Espagne, parce que je ne voudrais pas lier

indissolublement la cause de mon pays et du gouvernement de Juillet à

la cause de la reine Isabelle II, nous n'en faisons pas moins,

non-seulement des voeux, mais des efforts pour l'intérêt de la reine

Isabelle, dans les limites des intérêts de la France.

On demande ce que nous ferions, si par malheur la cause qui n'est pas

la nôtre triomphait. Personne ne peut le dire, personne ne doit le

dire, le gouvernement moins que personne. Nous avons vu un autre

gouvernement en Espagne, messieurs; nous avons vu Ferdinand VII roi à

Madrid. C'était dans les premiers temps de la révolution de Juillet;

c'était au moment de ses plus grands dangers, lorsqu'elle pouvait se

croire sérieusement et réellement menacée par l'Europe continentale.

Il n'en est rien arrivé. Malgré cet isolement dont on parlait tout à

l'heure, la France a surmonté ces obstacles; elle a traversé 1831 et

1832 avec l'Europe continentale en grande alarme et un roi absolu à

Madrid. Ce que la France a fait en 1831 et 1832, elle le ferait

également en 1838 et 1839. La France est sûre d'elle-même. Elle a

suffi depuis six ans à toutes les nécessités de sa situation; elle a

suffi, au dedans et au dehors, à des périls, à des craintes bien plus

graves qu'il ne peut en reparaître aujourd'hui, aujourd'hui que son

gouvernement se consolide, que ses citoyens se rallient, qu'elle fait

preuve à la fois, aux yeux de l'Europe, de sagesse et de force.

Messieurs, ce serait de la part du gouvernement un acte de grande

imprudence que de s'engager sur l'avenir, quel qu'il soit. Mais nous

ne nous engagerons pas plus à nous abstenir qu'à agir; nous

veillerons, envers et contre tous, aux intérêts de la France. Et quant

à l'Espagne, notre conduite dans le passé, nos sincères et constants

efforts pour faite triompher, dans la limite des intérêts de la

France, le gouvernement de la reine, c'est là le gage le meilleur, le

plus sûr que nous ayons à offrir à notre pays. (_Marques nombreuses

d'assentiment._)

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 14 / 219 题