_M. le ministre._--Messieurs, je me résume. Je ne crois pas pour mon
compte que la France ait, à la coopération en Espagne, un de ces
intérêts puissants, supérieurs, qui font taire tous les autres et
auxquels tout doit être sacrifié.
Je parlerai des carlistes...
_À gauche._--Ah! voyons!
_M. le ministre._--Je ne crains pas plus cette question que les
autres, messieurs. Personne ne désire plus vivement que nous le succès
et la consolidation du gouvernement de la reine Isabelle II. Notre
conduite depuis trois ans ne peut laisser aucun doute à ce sujet. Nous
espérons fermement ce succès. On a bien souvent annoncé le triomphe de
don Carlos. Il n'a pas eu lieu, et toutes les fois qu'on l'annonçait
le plus, à ce moment même un grand échec venait démentir les
prédictions. Il y a, dans la cause de don Carlos, de bien autres
faiblesses, de bien autres causes d'impuissance et de désordre que
dans celle de la reine. Le triomphe régulier, l'établissement
définitif, heureux du gouvernement de la reine, est difficile; mais le
triomphe de don Carlos est extrêmement difficile aussi, j'espère
impossible. Et parce que je ne voudrais pas engager les destinées de
mon pays dans celles de l'Espagne, parce que je ne voudrais pas lier
indissolublement la cause de mon pays et du gouvernement de Juillet à
la cause de la reine Isabelle II, nous n'en faisons pas moins,
non-seulement des voeux, mais des efforts pour l'intérêt de la reine
Isabelle, dans les limites des intérêts de la France.
On demande ce que nous ferions, si par malheur la cause qui n'est pas
la nôtre triomphait. Personne ne peut le dire, personne ne doit le
dire, le gouvernement moins que personne. Nous avons vu un autre
gouvernement en Espagne, messieurs; nous avons vu Ferdinand VII roi à
Madrid. C'était dans les premiers temps de la révolution de Juillet;
c'était au moment de ses plus grands dangers, lorsqu'elle pouvait se
croire sérieusement et réellement menacée par l'Europe continentale.
Il n'en est rien arrivé. Malgré cet isolement dont on parlait tout à
l'heure, la France a surmonté ces obstacles; elle a traversé 1831 et
1832 avec l'Europe continentale en grande alarme et un roi absolu à
Madrid. Ce que la France a fait en 1831 et 1832, elle le ferait
également en 1838 et 1839. La France est sûre d'elle-même. Elle a
suffi depuis six ans à toutes les nécessités de sa situation; elle a
suffi, au dedans et au dehors, à des périls, à des craintes bien plus
graves qu'il ne peut en reparaître aujourd'hui, aujourd'hui que son
gouvernement se consolide, que ses citoyens se rallient, qu'elle fait
preuve à la fois, aux yeux de l'Europe, de sagesse et de force.
Messieurs, ce serait de la part du gouvernement un acte de grande
imprudence que de s'engager sur l'avenir, quel qu'il soit. Mais nous
ne nous engagerons pas plus à nous abstenir qu'à agir; nous
veillerons, envers et contre tous, aux intérêts de la France. Et quant
à l'Espagne, notre conduite dans le passé, nos sincères et constants
efforts pour faite triompher, dans la limite des intérêts de la
France, le gouvernement de la reine, c'est là le gage le meilleur, le
plus sûr que nous ayons à offrir à notre pays. (_Marques nombreuses
d'assentiment._)