LXXIX

Discussion du paragraphe de l'adresse relatif aux affaires d'Espagne.

--Chambre des pairs.--Séance du 10 janvier 1837.--

La session de 1837 fut ouverte le 27 décembre 1836. À la Chambre des

pairs, dans la discussion du paragraphe du projet d'adresse relatif

aux affaires d'Espagne, on contesta que la politique du cabinet du 6

septembre 1836, présidé par le comte Molé, fût, à cet égard, en

harmonie avec celle du cabinet du 11 octobre 1832, présidé par le

maréchal Soult. Je pris la parole pour combattre cette assertion, et

établir l'identité de la politique de la France à ces deux époques.

M. GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Messieurs, au point

où en est arrivée la discussion, je n'ai nul dessein de la prolonger;

mais je tiens à établir, sur le même terrain sur lequel s'est placé

hier M. le président du conseil, quelle est la politique du cabinet

actuel, et la parfaite identité de cette politique avec celle du

cabinet du 11 octobre. J'y suis personnellement intéressé: j'ai eu

l'honneur de siéger dans le cabinet du 11 octobre 1832; j'ai pris part

à toutes ses résolutions, à tous ses actes; ce qu'il a fait, je l'ai

fait; j'y adhère encore aujourd'hui complétement. J'ai besoin de

prouver que ce que nous faisons aujourd'hui, il l'eût fait également,

et que notre politique est une conséquence naturelle, nécessaire, de

la politique qu'il avait adoptée.

Je ne rappellerai pas à la Chambre des actes et des faits qui lui sont

parfaitement connus; je la prie seulement de remarquer que le cabinet

du 11 octobre a été constamment dirigé par deux idées: la première,

donner au gouvernement de la reine Isabelle un appui à la fois

indirect et sincère et efficace; la seconde, ne jamais engager la

France dans les affaires intérieures de l'Espagne, conserver toujours

à la France sa liberté d'action, la liberté de s'arrêter dans l'appui

indirect donné au gouvernement de la reine Christine, de s'arrêter au

point où elle trouverait ses propres intérêts compromis.

Ces deux idées ont été la boussole constante de la politique du

cabinet du 11 octobre.

On se répand aujourd'hui en distinctions, en nuances, en variantes. On

distingue la coopération de l'intervention; on dit que ce que je viens

d'appeler l'appui indirect donné à la reine d'Espagne par le cabinet

du 11 octobre est une coopération réelle. Hier, on repoussait

l'intervention, on la repoussait absolument; on disait que personne

n'y avait jamais songé; aujourd'hui on se montre beaucoup plus disposé

à l'accueillir: si le gouvernement y était disposé lui-même, on n'y

ferait, dit-on, aucune objection. Il y a donc des partisans réels de

l'intervention active, immédiate; c'est donc bien l'intervention qu'au

fond de sa pensée on désire et on accepterait... Je me contente de

mettre ce fait en évidence, et j'arrive à la coopération. C'est sur la

coopération qu'on insiste.

Avant d'examiner ce qu'elle est réellement, je demande à la Chambre la

permission de lui lire un fragment d'une dépêche officielle adressée

par le président du dernier conseil, l'honorable M. Thiers, à notre

ambassadeur d'Espagne. Cette dépêche, du 30 avril 1836, est

postérieure par conséquent à la proposition d'intervention ou de

coopération qui a été adressée par l'Angleterre à la France en mars

dernier, et à laquelle le ministère d'alors s'est refusé.

«L'intervention armée, de quelque nom qu'on la couvre, dans quelques

limites qu'on propose de la restreindre, dût-elle même se borner à

l'occupation du Bastan, est encore repoussée en ce moment par les

mêmes considérations qui, jusqu'à présent, ne nous ont pas permis d'y

consentir. Sans rien préjuger sur les changements que des

circonstances différentes pourraient apporter plus tard dans nos

déterminations, nous devons déclarer que, tant que les choses

resteront dans l'état où elles sont aujourd'hui, les démarches qu'on

ferait pour obtenir de nous une coopération armée seraient sans

résultat. Ces démarches, qui, comme celles qui ont déjà eu lieu, ne

tarderaient pas à devenir publiques, seraient une imprudence tout à

fait gratuite, puisqu'en mettant dans un nouveau jour la détresse du

gouvernement de la reine, et en l'exposant à un refus pénible, elles

ne pourraient avoir d'autre effet que de diminuer encore ce qui lui

reste de force morale. Ses amis ne peuvent donc trop lui conseiller de

s'en abstenir.»

La Chambre le voit clairement: dans l'esprit du dernier président du

conseil lui-même, l'intervention ou la coopération armée était la même

chose. Il se sert indifféremment des deux mots pour repousser l'une et

l'autre. M. le dernier président du conseil n'adopte donc pas les

idées au nom desquelles on vient de défendre tout à l'heure la

politique du cabinet du 22 février.

J'écarte les mots et je viens au fond des choses.

Oui, le cabinet du 11 octobre a donné au gouvernement de la reine

Christine un appui indirect qui a varié selon les temps.

En même temps qu'il se refusait à l'intervention, à la coopération

armée, il appuyait la reine d'Espagne, tantôt par le blocus sur la

frontière, tantôt en autorisant le gouvernement espagnol à recruter en

France et à lever lui-même, en son propre nom, par sa seule action, à

lever, dis-je, dans la population ou parmi les militaires en congé,

des corps de volontaires, comme l'a été la légion Schwartz; tantôt,

enfin, en autorisant la légion étrangère licenciée à passer au service

de l'Espagne, à devenir un corps espagnol; car il était bien

formellement stipulé, dans la convention, que ce corps n'était plus au

service de la France, qu'il devenait un corps espagnol, sous les

ordres du général en chef espagnol. Oui, messieurs, tous ces appuis

indirects ont été successivement accordés, par le ministère du 11

octobre, à la cause de la reine; et aujourd'hui, pour mon compte, je

n'en répudie aucun.

Qu'a voulu, après la dépêche que je viens de lire tout à l'heure, qu'a

voulu y ajouter le cabinet du 22 février?

D'une part, il a voulu rendre beaucoup plus considérable la force du

corps ou des corps qui servaient en Espagne comme volontaires ou sous

le nom de légion étrangère. De plus, il s'est chargé lui-même du

recrutement en France: c'est M. le ministre de la guerre qui, par des

circulaires et des instructions émanées de lui, par des officiers

envoyés par ses ordres, a provoqué et dirigé ce recrutement; ce n'est

plus l'ambassadeur d'Espagne seul, ce n'est plus le gouvernement

espagnol seul qui a recruté et enrôlé des volontaires en France, ainsi

qu'on l'y avait autorisé lors de la formation de la légion Schwartz:

c'est le ministre de la guerre de France qui a écrit, qui a ordonné,

qui a fait voyager les officiers, qui a recruté et formé les corps

d'armée sur le territoire français.

Est-ce là une seule et même chose, messieurs? est-ce là le même appui

indirect que le cabinet du 11 octobre avait accordé?

Je continue: voici une autre circonstance qui n'est pas moins grave.

Ce n'est pas seulement dans la population, parmi les militaires en

congé illimité, c'est dans les régiments français mêmes, et

non-seulement dans les régiments stationnés sur la frontière, mais

même dans des divisions éloignées de la frontière que ce recrutement a

eu lieu. Le ministre de la guerre français, par des instructions

officielles, par des officiers envoyés par lui, recrutait dans les

régiments français, dans nos régiments organisés, les soldats qui

devaient aller en Espagne, sous la cocarde espagnole, sous le drapeau

espagnol, il est vrai, mais en quelque sorte par l'action directe et

personnelle du gouvernement français, pour servir dans l'armée de la

reine. N'y a-t-il là, messieurs, entre l'appui indirect accordé par le

cabinet du 11 octobre et cette nouvelle forme d'action, aucune

différence essentielle? Bien que le drapeau français ne dût pas

flotter sur le corps d'armée envoyé en Espagne, n'y a-t-il rien là qui

engage beaucoup plus avant, beaucoup plus directement, plus

profondément, la responsabilité du gouvernement français?

Voulez-vous que je vous prouve, messieurs, indépendamment de ces

faits, qu'effectivement la responsabilité du gouvernement se trouvait

beaucoup plus engagée? En voici une preuve irrécusable. Ces

circonstances nouvelles, ce nouveau mode de procéder que le cabinet du

22 février a ajoutés à l'appui indirect accordé par le cabinet du 11

octobre, le cabinet du 11 octobre les avait repoussés, formellement

repoussés.

Je vais mettre sous les yeux de la Chambre les dépêches de mon

honorable ami, M. le duc de Broglie, alors président du conseil.

«Le gouvernement du roi,» écrivait M. le duc de Broglie à M. le duc de

Frias, le 26 juin 1835, «le gouvernement du roi a déjà eu bien souvent

l'occasion de s'expliquer sur la véritable portée du traité du 22

avril, et d'établir qu'en s'engageant à concourir, autant qu'il

dépendrait de lui, à la pacification de la péninsule, il avait entendu

se réserver, pleinement et sans restriction ni modification

quelconque, le droit qui lui appartient d'apprécier, dans son propre

intérêt et dans celui de l'Espagne, la convenance et l'opportunité des

divers moyens qui pourraient être proposés dans ce but.....

«Toutes les facilités désirables seront données, tant pour augmenter,

par voie de recrutement, la force de la légion étrangère, que pour

lever d'autres corps composés de Français. Quant à l'armement de ces

corps, le gouvernement français entend qu'il ne puisse s'opérer que

sur le territoire espagnol.....»

Voici une autre dépêche, écrite à l'occasion d'un avis donné, par

erreur, par le préfet de la Seine, et auquel a fait allusion

l'honorable orateur qui m'a précédé. M. le duc de Broglie crut devoir,

dans une dépêche, dissiper tous les doutes auxquels pouvait donner

lieu cet avis de la préfecture de la Seine. Il mandait, le 1er juillet

1835, à M. de Rayneval:

«Vous lirez dans les journaux, monsieur le comte, un avis de la

préfecture de la Seine, provoquant à de nouveaux enrôlements dans la

légion étrangère: cela veut explication. Un des premiers actes du

maréchal Maison, en prenant la direction du département de la guerre,

avait été de suspendre tout accroissement de la légion par voie

d'enrôlement. Lorsque nous résolûmes de la céder à l'Espagne, il fut

convenu que cet ordre suspensif serait révoqué. Le maréchal écrivit

circulairement dans ce sens à MM. les préfets, mais c'est par une

interprétation très-inexacte de ce contre-ordre que l'avis de la

préfecture de la Seine lui a donné le caractère d'un appel aussi

direct à des engagements nouveaux. Je m'en suis expliqué ce matin avec

M. le duc de Frias. Il doit être bien entendu que tous ceux qui se

présenteront pour entrer dans la légion étrangère au service d'Espagne

seront adressés à l'ambassadeur de Sa Majesté Catholique.»

Voici une troisième dépêche, et celle-ci se rapporte à la légion

étrangère elle-même; elle est du 8 juillet 1835:

«Une convention,» écrivait M. le duc de Broglie à M. de Rayneval, »a

fait passer la légion étrangère au service de l'Espagne. Avant la

conclusion de cet arrangement, le recrutement de la légion étrangère,

interrompu depuis quelque temps, avait été repris en vertu d'un ordre

formel dont la pensée était de fortifier d'avance le corps que

l'Espagne allait prendre à sa solde. Aujourd'hui, le recrutement ne

peut être continué que pour le compte de l'Espagne et par des agents

espagnols; le gouvernement français doit évidemment rester étranger à

des opérations qui ne le regardent plus, puisque le corps dont il

s'agit a cessé de lui appartenir.»

Où trouverait-on, messieurs, des textes plus catégoriques? N'est-il

pas évident que le cabinet du 11 octobre, en même temps qu'il

accordait à la reine d'Espagne un appui indirect, avait soin de le

limiter et de se retenir lui-même d'avance sur la pente sur laquelle

il était placé? Le cabinet du 11 octobre ne s'est jamais fait illusion

à cet égard: il a fort bien compris qu'en accordant un tel appui

indirect à la reine, il se plaçait sous l'influence de causes qui

tendraient à le pousser beaucoup plus loin, à lui faire dépasser ce

que permettait l'intérêt de la France. Aussi s'est-il, dès les

premiers moments, mis en garde contre ces influences; il a dit

d'avance et sous toutes les formes, dans ses déclarations de politique

générale comme dans les correspondances et les discussions spéciales

qui ont eu pour objet, soit la légion étrangère, soit l'autorisation

de recrutement accordée à l'ambassadeur espagnol, il a dit d'avance:

«Le gouvernement français reste étranger à tout cela; sa

responsabilité n'y est pas engagée. On ne pourra jamais s'en prévaloir

contre lui; on n'ira pas plus loin.»

Eh bien, messieurs, c'est cette limite que le cabinet du 22 février a

cru devoir dépasser: il a fait faire le recrutement par le ministre de

la guerre lui-même, dans les régiments français eux-mêmes; en sorte

que, sans sortir encore de l'appui indirect, et ici je fais sa cause

meilleure que ne la faisait tout à l'heure le préopinant lui-même, il

a cependant fait un pas, un pas immense, un pas qui devait plus tard

rendre inévitable la coopération armée ou l'intervention, comme on

voudra l'appeler, d'autant plus inévitable, permettez-moi de le dire,

que le chef même du cabinet du 22 février, dans ses convictions les

plus sincères, avait toujours été partisan de l'intervention, au sein

même du cabinet du 11 octobre; d'autant plus inévitable que, lorsque

le cabinet du 11 octobre avait refusé l'intervention, l'honorable M.

Thiers avait manifesté une opinion différente de celle qui avait

prévalu dans l'intérieur du conseil.

Voilà donc un pas nouveau, un grand pas fait par le cabinet du 22

février, sous la direction d'un président partisan de l'intervention,

et vous voudriez que tout cela fût insignifiant, que tout cela ne fût

pas autre chose que ce qu'avait fait le cabinet du 11 octobre? Vous ne

verriez pas là une accélération rapide sur cette pente qui menait

nécessairement à l'intervention, si on ne s'y arrêtait pas fermement?

Messieurs, il faut aller au fond des choses, comme disait le

préopinant, il faut mettre de côté les mots, les apparences; il faut

voir ce qu'on voulait, ce qu'on cherchait, ce qui serait arrivé, quand

même peut-être on ne l'eût pas cherché ou voulu. L'intervention, la

coopération armée étaient au bout de ces actes, et c'est à cause de

cela que, pour mon compte, nous n'en avons pas voulu, pas plus dans le

cabinet du 11 octobre que dans le cabinet du 6 septembre. Nous avons

toujours eu devant les yeux et déterminé avec un grand soin la limite

à laquelle la France s'arrêterait. Sans prononcer d'une manière

irrévocable, absolue, que toute intervention était à tout jamais

impossible, nous nous sommes toujours proposé, non-seulement de ne pas

poussera l'intervention, mais de l'éviter. Les limites que le cabinet

du 22 février a voulu dépasser, nous nous y sommes renfermés. Le

cabinet du 6 septembre s'est formé pour s'y tenir encore renfermé,

comme avait fait le cabinet du 11 octobre, ainsi que je viens, je

crois, de le démontrer irrésistiblement à la Chambre. (_Mouvement._)

Je n'ajouterai que quelques réflexions fort courtes et un peu plus

générales.

Nous sommes, messieurs, placés ici entre deux classes d'adversaires;

les uns nous reprochent d'avoir fait, d'avoir exécuté le traité de la

quadruple alliance; les autres de l'avoir abandonné. Les uns nous

demandent de revenir sur nos pas, de sortir de la mauvaise voie où

nous nous sommes engagés; les autres d'y entrer plus avant, d'aller

jusqu'au bout.

Messieurs, nous ne ferons ni l'un ni l'autre; nous garderons notre

situation et notre nom de politique de _juste-milieu_. Il s'est fait

en Espagne une grande tentative pour y fonder la monarchie

constitutionnelle; cette tentative, comme le disait hier mon honorable

ami, le duc de Broglie, a été le résultat de la situation intérieure

de l'Espagne, d'événements auxquels nous sommes restés étrangers, que

nous n'avons ni amenés ni provoqués, mais que nous avons dû accepter.

Une fois la tentative commencée, il était et il est de notre devoir

d'y soutenir l'Espagne, d'aider, autant que le permettront les

intérêts propres de la France, au succès de la fondation d'une

monarchie constitutionnelle dans un État voisin de nous et lié à nous

par tant d'intérêts. Nous avons constamment pratiqué cette politique;

nous la pratiquerons encore. Mais, en même temps, nous nous sommes

promis de ne pas engager dans cette entreprise difficile, incertaine,

la fondation d'un gouvernement constitutionnel au milieu d'un pays où

il rencontre tant d'obstacles et si peu d'habitudes favorables, nous

nous sommes promis, dis-je, de ne pas engager dans cette entreprise

que nous aimons, que nous servons, de n'y pas engager la force, la

prospérité, la destinée de la France. (_Très-bien!_)

M. le duc de Noailles, avec la parfaite convenance et la justesse

d'esprit qui le caractérisent, nous invitait hier à rentrer enfin en

possession de notre liberté, à sortir des liens dans lesquels le

traité de la quadruple alliance nous enlaçait. Mais, messieurs, par

les faits que je viens de rappeler à la Chambre, par ce qui se passe

en ce moment même, n'est-il pas évident que le gouvernement du roi,

dans cette grande question, a constamment fait preuve de liberté? Il

n'a été entraîné par personne, dominé par personne; il ne s'est mis à

la suite de personne, pas même à la suite de la cause qu'il aimait et

servait, ce qui est si difficile et si rare: il ne s'est pas laissé

entraîner par ses propres inclinations, par ses propres sentiments.

Nous avons servi la cause de la monarchie constitutionnelle en

Espagne; nous lui avons donné tout l'appui indirect qui nous a paru

compatible avec les intérêts de la France. On nous a demandé

davantage: l'Espagne a demandé l'intervention, l'Angleterre a demandé

la coopération armée; nous avons refusé; nous avons usé de notre

liberté pour refuser comme nous en avions usé pour agir.

Aujourd'hui on voudrait nous pousser plus loin; un cabinet a eu

l'envie d'aller plus loin: le gouvernement du roi s'est arrêté, il est

resté dans les limites de la politique du 11 octobre. En ceci encore

il a fait acte de liberté; il a montré que rien ne l'entraînerait trop

loin sur cette pente, qu'il résisterait au besoin, qu'il avait en

lui-même, dans sa situation, dans ses antécédents, la force de

résister. En acceptant donc la recommandation très-sage que M. le duc

de Noailles nous a adressée, je me dois, je dois à mes collègues, à

mes amis, de lui faire remarquer à mon tour que nous ne l'avons pas

attendue, que nous avons fait preuve constante, preuve éclatante de

liberté, et que notre passé est, à cet égard, le meilleur garant de

notre avenir.

Mais parce que nous avons su nous arrêter, parce que nous ne nous

sommes pas laissé entraîner, un autre honorable préopinant nous disait

tout à l'heure: «Vous ne marcherez donc plus, vous allez rester tout à

fait stationnaire! Vous ne ferez plus que des voeux, vous ne concevrez

plus que des espérances! La politique du cabinet du 11 octobre était

une politique d'action, la vôtre va être une politique inerte!»

Messieurs, je demande à l'honorable préopinant de chercher parmi les

actes du cabinet du 11 octobre, parmi les témoignages d'appui

indirect qu'il a donnés à la cause de la reine Christine, et d'en

citer un seul que le cabinet actuel ne continue pas: il n'en trouvera

aucun; tout ce qui a été fait par le cabinet du 11 octobre, est

maintenu et continué par le cabinet actuel. Il est vrai que le cabinet

actuel n'a pas cru devoir y ajouter toutes les démarches, toutes les

mesures nouvelles que le cabinet du 22 février avait voulu y ajouter.

C'est là, entre lui et nous, la différence; différence que nous

acceptons complétement, de grand coeur, mais qui n'empêche pas que

nous ne persistions à marcher, à agir comme le cabinet du 11 octobre a

agi et marché.

Ce que nous faisons suffira-t-il? Notre appui suffira-t-il à fonder

définitivement, régulièrement, la monarchie constitutionnelle en

Espagne? Nous l'espérons; mais nous ne le savons pas, personne ne le

sait. On nous a accusés de nous en remettre à la Providence, de livrer

tout au hasard. Messieurs, nous ne voulons pas tout livrer au hasard;

mais nous n'avons pas la prétention de prendre à notre compte le rôle

de la Providence, de régler et de décider nous-mêmes toutes choses en

Espagne, à tout prix, à tout risque, les institutions comme les

événements; non, nous n'avons pas cette prétention; nous la regardons

comme déraisonnable, comme dangereuse pour les intérêts et la sûreté

de la France. Et quoi qu'il arrive, le gouvernement fera ce que votre

Adresse lui recommande, ce qu'exigeront la sûreté et l'honneur de la

France. La France est toujours sûre de se suffire à elle-même; mais

c'est à une condition, à la condition qu'elle ne sera pas chargée de

suffire à tout pour les autres. (_Nombreuses marques d'approbation._)

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 8 / 219 题