La reine Marie.]

[Illustration: Le roi Ferdinand.]

L'avènement du nouveau souverain fera-t-il sortir la politique roumaine

de l'expectative et de la neutralité qu'elle observe depuis le

déchaînement de la grande guerre européenne?

On connaît les revendications du nationalisme roumain: il y a des

siècles que quatre millions de Roumains sont séparés de leurs frères

de langue, de race et de religion et subissent, sous la domination

autrichienne d'abord, puis sous la domination hongroise depuis 1866,

la même oppression dont se plaignent les Italiens du Trentin et de

l'Istrie, les Serbes du Canat de Temesvar et de la Bosnie-Herzégovine,

les populations slaves de Croatie-Slavonie. La réunion de la

Transylvanie et la Bukovine au royaume de Roumanie est le programme

séculaire du parti national, toujours affirmé à chaque grande crise qui

met l'Orient en jeu, et jusqu'à présent ajourné par l'influence du roi

défunt.

En demandant, lui, Hohenzollern, en 1866 et en obtenant du roi de

Prusse, chef de sa maison, l'autorisation d'accepter la couronne que

lui offrait le plébiscite des provinces unies de Moldo-Valachie,

Charles Ier avait solennellement promis de ne jamais consentir à

une politique contraire à celle du souverain chef de sa famille.

Or, dès 1866, la politique de la Prusse, puis de l'empire allemand,

fut d'affermir de plus en plus l'Autriche-Hongrie dans sa position

balkanique et orientale. Comment, dès lors, le roi de Roumanie

aurait-il pu prêter l'oreille aux revendications de l'irrédentisme

roumain qui visent à arracher à la monarchie austro-hongroise deux de

ses provinces?

Dans un récent conseil de la couronne où fut débattu ce dilemme

angoissant: action ou neutralité, le roi Charles ayant opposé une fois

de plus sa promesse, un des ministres aurait répliqué: «Votre Majesté a

pu promettre en son nom, mais _non pas au nom de l'Etat roumain_», ce

qui lui faisait entrevoir en termes voilés la nécessité de se soumettre

ou de se démettre. Et le roi le comprit si bien qu'il répliqua,

dit-on: «Eh bien, je préférerais abdiquer!» La mort le délivra de ses

poignantes perplexités.

Le nouveau roi Ferdinand n'a pas encore manifesté ses intentions, mais

déjà les dirigeants de Roumanie ont fait entendre leurs aspirations.

L'Illustration, No. 3737, 17 Octobre 1914 · 第 15 / 37 题