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_Nina de B... à sa tante, à Moulins_.
Il m'attendait au chemin de fer et m'a reçue en souriant, les bras
tendus, comme si je revenais d'un voyage ordinaire. Tu penses si je lui
ai fait ma mine la plus glacée. À peine rentrée, je me suis enfermée
dans ma chambre, où j'ai dîné toute seule sous prétexte de fatigue.
Ensuite, double tour de clef. Il est venu me dire bonsoir à la serrure,
et, ce qui m'a bien surprise, s'est éloigné à pas de loup sans colère ni
insistance... Ce matin, visite à Me Petitbry; qui m'a donné de longues
instructions sur la façon dont je devais m'y prendre, l'heure,
l'endroit, les témoins...--Ah! ma chère tante, à mesure que le moment
approche, si tu savais comme j'ai peur. Ses colères sont si terribles.
Même quand il est doux comme hier, ses yeux ont des éclairs d'orage...
Enfin je serais forte en pensant à toi, ma chérie... D'ailleurs, comme
m'a dit Me Petitbry, ce n'est qu'un mauvais moment à passer; puis nous
reprendrons toutes les deux notre vie d'autrefois, calme et heureuse.