caverne. Rinaldo s'indignant de la lâcheté de ses
compagnons, qui n'avaient de courage qu'en plein air
et n'osaient s'aventurer dans Rome, jeta sur eux un
regard de mépris.
--Je suis donc seul!... leur dit-il.
Il parut penser, puis il reprit:--Vous êtes des
misérables, j'irai seul, et j'aurai seul cette riche
proie... Vous m'entendez!... Adieu.
--Mon capitaine!... dit Lamberti, et si vous étiez
pris sans avoir réussi?...
--Dieu me protége!... reprit Rinaldo en montrant le
ciel.
A ces mots, il sortit, et rencontra sur la route
l'intendant de Bracciano
--La page est finie, dit Lousteau que tout le monde avait
religieusement écouté.
--Il nous lit son ouvrage, dit Gatien au fils de madame
Popinot-Chandier.
--D'après les premiers mots, il est évident, mesdames, reprit le
journaliste en saisissant cette occasion de mystifier les Sancerrois,
que les brigands sont dans une caverne. Quelle négligence mettaient
alors les romanciers dans les détails, aujourd'hui si curieusement, si
longuement observés, sous prétexte de couleur locale! Si les voleurs
sont dans une caverne, au lieu de: _en montrant le ciel_, il aurait
fallu: _en montrant la voûte_. Malgré cette incorrection, Rinaldo me
semble un homme d'exécution, et son apostrophe à Dieu sent l'Italie.
Il y avait dans ce roman un soupçon de couleur locale. Peste! des
brigands, une caverne, un Lamberti qui sait calculer... Je vois tout
un vaudeville dans cette page. Ajoutez à ces premiers éléments un bout
d'intrigue, une jeune paysanne à chevelure relevée, à jupes courtes,
et une centaine de couplets détestables... oh! mon Dieu, le public
viendra. Et puis, Rinaldo... comme ce nom-là convient à Lafont! En
lui supposant des favoris noirs, un pantalon collant, un manteau,
des moustaches, un pistolet et un chapeau pointu; si le directeur
du Vaudeville a le courage de payer quelques articles de journaux,
voilà cinquante représentations acquises au Vaudeville et six mille
francs de droits d'auteur si je veux dire du bien de la pièce dans mon
feuilleton. Continuons.