Douces illusions des âmes créatrices,
Couleurs, dont la pensée, en ses vastes caprices,
Se compose soudain par un art enchanteur
Mille tableaux touchans de peine et de malheur;
Oh! soit que vous preniez à cette voix puissante
Du morne abattement la forme attendrissante;
Soit que vos noirs objets, par la peur enfantés,
Intéressent encor mes sens épouvantés;
Ou soit que, déployant vos plus joyeux mensonges,
De scènes de plaisirs vous amusiez mes songes,
Et que l’aile d’amour venant me caresser,
En sentiment durable exalte un doux penser,
Chers fantômes! suivez mes heures solitaires,
Et bercez mes vrais maux par d’heureuses chimères.
Madame La Motte avait souvent paru curieuse d’apprendre les aventures
d’Adeline, et quels événemens l’avaient jetée dans une situation aussi
périlleuse et aussi incompréhensible que celle où La Motte l’avait
trouvée. Adeline lui avait fait un court récit de la manière dont elle
fut conduite dans cette maison; mais elle avait toujours conjuré son
amie avec larmes de lui permettre, pour le moment, de ne pas entrer
dans de plus grands détails: elle n’avait pas encore assez de courage
pour regarder en arrière. Mais enfin, ses esprits s’étant calmés par
le repos, et raffermis par la confiance, elle fit un jour, à madame La
Motte, le récit qu’on va lire.