Une voix creuse articula près de lui: «Ce n'était pas l'écho.»

Gabriel tressaillit et se leva; mais l'étonnement et la terreur

l'enchaînèrent à sa place, son sang se figea dans ses veines, car, tout

auprès de lui, se trouvait un être d'une apparence étrange,

surnaturelle, et qui venait évidemment d'un autre monde. Il était assis

sur une haute pierre levée, et avait croisé ses longues jambes grêles

d'une manière fantasque, impossible; ses bras nus faisaient anse, et ses

mains reposaient sur ses genoux. Ses souliers à la poulaine se

recourbaient en longues pointes; un justaucorps tailladé étranglait son

petit corps rond; à son dos pendait un court manteau, dont le collet,

curieusement découpé en étroites lanières, lui servait de fraise ou, si

l'on veut, de cravate; sur sa tête, il portait un chapeau pointu, à

grands bords, garni d'une seule plume, et ce chapeau était si bien

couvert de gelée blanche, l'être fantastique était si confortablement

assis sur cette tombe, qu'il avait l'air d'y être installé depuis deux

cents ans, pour le moins. Il se tenait parfaitement immobile; mais il

tirait la langue d'un demi-pied pour se moquer de Gabriel, et il

ricanait d'un ricanement que des goblins[35] seuls peuvent exécuter.

[Footnote 35: Espèce de lutin anglais.]

«Ce n'était pas l'écho,» dit le lutin.

Gabriel était paralysé.

«Qu'est-ce que vous faites ici, la veille de Noël? demanda le goblin

sévèrement.

--Monsieur, balbutia Gabriel, je suis venu ici pour creuser une fosse.

--Qui donc se promène parmi des tombes dans une nuit comme celle-ci?

s'écria le goblin d'un ton sépulcral.

--Gabriel Grub! Gabriel Grub!» répondirent en choeur des voix aiguës et

sauvages qui semblaient remplir le cimetière. Gabriel regarda avec

terreur autour de lui, mais il ne vit rien.

--Qu'est-ce que vous avez dans cette bouteille? demanda le goblin.

--Du genièvre, monsieur, répliqua le sacristain en tremblant plus fort

que jamais, car il l'avait acheté des contrebandiers, et il pensait que

le personnage qui l'interrogeait était peut-être dans la douane des

goblins.

--Qui donc boit tout seul du genièvre au milieu d'un cimetière et dans

une nuit comme celle-ci? reprit le lutin solennellement.

--Gabriel Grub! Gabriel Grub!» crièrent de nouveau les voix sauvages.

Le goblin ricana malicieusement en lorgnant le sacristain épouvanté;

puis, enflant sa voix comme un ouragan, il s'écria: «Qui devient ainsi

notre proie légitime?»

Le choeur invisible répondit encore à cette demande, et le sacristain

crut entendre une multitude d'enfants de choeur mêler leurs chants aux

accords majestueux des orgues de la vieille abbaye. C'était une musique

surnaturelle qui semblait portée par un doux zéphyr, et qui passait et

mourait avec lui; mais le refrain de cet air mystérieux était toujours

le même, et répétait encore: «Gabriel Grub! Gabriel Grub!»

Le goblin fendit sa bouche jusqu'à ses oreilles en disant: «Que

pensez-vous de ceci, Gabriel?»

Gabriel ne répondit que par un soupir.

«Que pensez-vous de ceci, Gabriel?» répéta le goblin en dressant

négligemment ses pieds en l'air, de chaque côté de la tombe, et en

examinant la pointe relevée de sa chaussure avec autant de complaisance

que si ç'avait été la paire de bottes la plus fashionable de

Bond-Street.

«C'est.... c'est.... très-curieux, monsieur, répondit le sacristain, à

moitié mort de peur. Très-curieux et très-joli...; mais je pense qu'il

faut que j'aille finir mon ouvrage, s'il vous plaît.

--Quel ouvrage? demanda le goblin.

--Ma fosse, monsieur, la fosse que j'ai commencée, balbutia le

sacristain.

--Ah! votre fosse, ah! Qui donc s'amuse à creuser des fosses dans un

temps où tous les autres hommes ne songent qu'à se réjouir?»

Les voix mystérieuses répliquèrent encore: «Gabriel Grub! Gabriel Grub!

--J'ai peur que mes amis ne puissent pas se séparer de vous, Gabriel,

dit le goblin en fourrant dans sa joue sa langue énorme! J'ai peur que

mes amis ne puissent pas se séparer de vous, Gabriel!

--Sous votre bon plaisir, monsieur, répliqua le sacristain terrifié, je

ne le pense pas, monsieur; ils ne me connaissent pas, monsieur. Je ne

crois pas que ces illustres gentlemen m'aient jamais vu, monsieur.

--Oh! que si, reprit le goblin, nous le connaissons tous l'homme au

visage sombre, au regard sinistre, qui traversait la rue ce soir en

jetant _un mauvais oeil_ aux enfants et en serrant plus fort sa bêche de

fossoyeur. Nous connaissons l'homme plein d'envie et de malice, qui a

cassé la tête d'un bambin parce qu'il était heureux, et que cet homme ne

pouvait pas l'être. Nous le connaissons! nous le connaissons!»

Ici le lutin fit retentir les échos d'un ricanement aigu; puis, jetant

ses jambes en l'air, il se planta au bord de la pierre tumulaire, debout

sur sa tête, ou plutôt sur la pointe de son chapeau; ensuite, faisant la

culbute avec une incroyable agilité, il se retrouva juste aux pieds du

sacristain, dans l'attitude favorite des tailleurs et des odalisques.

«Je crains.... je crains d'être obligé de vous quitter, monsieur,

murmura le sacristain en faisant un effort pour se mouvoir.

--Nous quitter! s'écria le goblin, Gabriel Grub, nous quitter! oh! oh!

oh!»

Tandis que le goblin riait, le sacristain vit une lumière brillante

illuminer les fenêtres de la vieille église. Au bout d'un moment, cette

lumière s'éteignit; les orgues modulèrent un air guilleret, et des

volées de lutins, en tout semblables au premier, s'abattirent dans le

cimetière et commencèrent à jouer à saute-mouton sur les pierres des

tombeaux, les franchissant l'une après l'autre, avec une dextérité

merveilleuse, et sans s'arrêter un seul instant pour prendre haleine.

Mais le premier goblin était le sauteur le plus étonnant de tous, et pas

un des nouveaux venus ne pouvait en approcher. Malgré son extrême

frayeur, le sacristain ne pouvait s'empêcher de remarquer que les autres

goblins se contentaient de sauter par-dessus les pierres ordinaires,

mais que le premier faisait passer entre ses jambes, grilles, cyprès et

caveaux de famille, avec autant d'aisance que s'il avait eu affaire à de

simples bornes.

A la fin l'intérêt du jeu devint intense. L'orgue jouait de plus en plus

vite; les goblins sautaient de plus en plus fort, se tordant, se

roulant, faisant mille culbutes, en bondissant comme des ballons,

par-dessus les tombeaux. Les jambes de Gabriel se dérobaient sous lui,

la tête lui tournait rien que de voir le tourbillon de lutins qui

passaient devant ses yeux; lorsque tout à coup le roi des goblins, se

précipitant sur le pauvre homme, le saisit par le collet et s'enfonça

avec lui dans les entrailles de la terre.

Quand Gabriel put respirer, après une descente rapide, il se trouva dans

une vaste caverne, entouré de toutes parts d'une multitude de goblins

horribles et grimaçants. Dans le milieu de la pièce, sur un trône élevé,

était fantastiquement assis son ami du cimetière, et Gabriel Grub

lui-même était placé auprès de lui, mais incapable de faire aucun

mouvement.

«Il fait froid, cette nuit, dit le roi des lutins. Donnez-nous quelque

chose de chaud.»

Une demi-douzaine d'officieux goblins, ayant un perpétuel sourire sur

les lèvres, et que Gabriel reconnut à cela pour des courtisans,

disparurent d'un air empressé et revinrent un instant après, avec un

verre de feu liquide, qu'ils présentèrent au roi.

«Ah! dit le goblin dont les joues et la gorge étaient devenues tout à

fait transparentes, pendant le passage de la flamme, cela réchauffe un

peu. Apportez-en un verre à M. Grub.»

L'infortuné sacristain protesta vainement qu'il ne prenait jamais rien

de chaud pendant la nuit; l'un des courtisans le tint par le nez et le

menton, pendant qu'un autre versait dans son gosier l'ardent liquide, et

toute l'assemblée se mit à rire avec des hurlements, tandis qu'il

suffoquait et qu'il essuyait, avec son mouchoir, le ruisseau de larmes

occasionné par cette boisson brûlante.

«Maintenant, dit le roi fantasque, en fourrant plaisamment la pointe de

son chapeau dans l'oeil du sacristain, de manière à lui causer une

nouvelle souffrance; maintenant montrez à l'homme atrabilaire et

misanthrope, quelques peintures de notre musée.»

Lorsque le goblin eut prononcé ces paroles, un nuage épais qui

obscurcissait l'un des coins de la caverne, se dissipa graduellement, et

laissa apercevoir, apparemment à une grande distance, une chambre petite

et mal meublée, où régnait cependant un ordre et une propreté charmante.

Auprès d'un bon feu se prélassait un fauteuil vide, tandis que sur la

table était arrangé un repas frugal. Une jeune mère, entourée d'enfants

allait de temps en temps à la fenêtre et en soulevait le rideau pour

découvrir un peu plus tôt celui qu'elle attendait. Un coup frappé à la

porte se fit entendre; la mère alla ouvrir et les enfants pleins de joie

battirent des mains lorsque le père entra. Il était mouillé et fatigué.

Il secoua la neige de ses vêtements, et les enfants s'empressèrent de

l'entourer pour emporter, l'un son chapeau, l'autre son manteau, l'autre

son bâton, l'autre ses gants. Ensuite le père s'assit, pour prendre son

repas, auprès du feu; les enfants grimpèrent sur ses genoux, la mère se

plaça à côté de lui: la paix et le bonheur brillaient sur leur visage.

Mais un changement se fit dans le tableau, d'une manière presque

imperceptible. La scène représenta une petite chambre à coucher, où le

plus jeune et le plus joli des enfants gisait sur son lit de mort. Les

roses de ses joues étaient flétries, la lumière de ses yeux était

éteinte, et tandis que le sacristain lui-même le considérait avec un

intérêt qu'il n'avait jamais ressenti auparavant, le pauvre enfant

rendit le dernier soupir. Ses jeunes frères et ses soeurs se pressèrent

autour de son berceau, et saisirent sa main; mais elle était froide et

roidie. Ils reculèrent et regardèrent, avec une terreur religieuse, son

visage enfantin; car, quoique l'expression en fût calme et tranquille,

quoique le bel enfant parût dormir en paix, ils voyaient bien que la

mort était là, et ils savaient que maintenant leur petit frère était un

ange dans les cieux, d'où il les contemplait et les bénissait.

Un léger nuage passa de nouveau sur la peinture et le sujet en fut

changé. Le père et la mère étaient devenus vieux et infirmes, et le

nombre de ceux qui les entouraient avait diminué de plus de moitié.

Cependant la paix et le contentement régnaient encore sur tous les

visages. La famille était réunie autour du feu et les parents

racontaient, les enfants écoutaient avec délices des histoires des

anciens temps et des jours écoulés. Doucement et tranquillement le vieux

père descendit dans la tombe, et bientôt après, celle qui avait partagé

tous ses soins et toutes ses peines, le suivit dans le séjour de

l'éternel repos. Les enfants qui leur survivaient s'agenouillèrent en

pleurant sur le gazon du cimetière; puis ils se relevèrent et

s'éloignèrent lentement, tristement, mais sans cris amers, sans

lamentations désespérées, car ils étaient sûrs de les revoir bientôt

dans le royaume céleste. Ils se mêlèrent donc de nouveau aux scènes

actives du monde, et la tranquillité, le contentement revinrent habiter

avec eux.

Le nuage descendit alors sur le tableau et le déroba aux yeux du

sacristain.

«Qu'est-ce que vous pensez de cela?» demanda le goblin à Gabriel en

tournant vers lui sa large face.

Gabriel balbutia que c'était un spectacle fort amusant, mais il

paraissait honteux et mal à l'aise, car le lutin fixait sur lui des yeux

farouches.

«Misérable égoïste! s'écria celui-ci d'un ton plein de mépris. Misérable

égoïste!» Il paraissait disposé à ajouter quelque chose, mais

l'indignation l'empêchait de prononcer. Il leva une de ses jambes

flexibles, et l'agitant au-dessus de sa tête afin de mieux ajuster, il

la déchargea solidement sur le dos de Gabriel. Aussitôt tous les goblins

qui faisaient leur cour, suivirent l'exemple du maître; car c'est

l'usage invariable des courtisans, même sur la terre, de flageller ceux

que le pouvoir flagelle, et de cajoler ceux qu'il cajole.

«Montrez-lui encore quelque chose,» dit ensuite le roi des lutins.

A ces mots le nuage se dissipa, comme la première fois, et laissa

apercevoir un riche et beau paysage, semblable à celui que l'on découvre

encore aujourd'hui, à un quart de lieue de la vieille abbaye. Le soleil

resplendissait dans le bleu firmament, l'eau étincelait sous ses rayons,

et grâce à son influence bienfaisante, les arbres paraissaient plus

verts et les fleurs plus jolies. L'onde ruisselait avec son agréable

murmure; un vent tiède agitait les feuilles; les oiseaux chantaient dans

les buissons et l'alouette charmait les airs de ses hymnes matinales;

car c'était le matin, le matin étincelant et embaumé d'un beau jour

d'été; et les feuilles les plus menues, les plus petits brins l'herbe

paraissaient remplis de vie; la fourmi diligente accomplissait son

travail journalier; le papillon voltigeait sur les fleurs et se baignait

dans les chauds rayons du soleil; des myriades d'insectes étendaient

leurs ailes transparentes et jouissaient de leur courte mais heureuse

existence: l'homme enfin se montrait, son esprit s'exaltait en voyant la

grandeur de la création, et tout dans la nature était harmonie et

splendeur.

Cependant Gabriel Grub ne paraissait point touché.

«Misérable égoïste!» répéta le roi des goblins d'un ton plus méprisant

encore, et derechef il agita sa jambe au-dessus de sa tête, et la fit

descendre vivement sur les épaules du sacristain. Les gens de sa suite

ne manquèrent pas d'en faire autant.

Bien des fois le nuage s'obscurcit et se dissipa, et de nombreux

tableaux donnèrent à Gabriel des leçons, qu'il considérait avec un

intérêt de plus en plus vif, quoique ses épaules devinssent brûlantes,

par l'application répétée des pieds des lutins. Il vit que les hommes

qui travaillent péniblement et qui gagnent, à la sueur de leur front une

modique subsistance, sont cependant gais et heureux. Il apprit que, même

pour les plus ignorants, le doux aspect de la nature est une source

toujours nouvelle de délices et de tranquillité. Il vit des femmes,

nourries délicatement et tendrement élevées, supporter joyeusement des

privations, surmonter des souffrances qui auraient écrasé des créatures

d'une étoffe plus grossière; et cela parce qu'elles portaient dans leur

sein une source inépuisable d'affection et de dévouement. Par-dessus

tout, il vit que les hommes qui s'affligent du bonheur des autres, sont

semblables aux plus mauvaises herbes dont la surface de la terre est

infectée. Enfin balançant ensemble le bien et le mal qu'il observait, il

arriva à cette conclusion que le monde, après tout, est une espèce de

monde assez honnête et assez respectable.

Aussitôt qu'il en fut venu là, le nuage qui avait voilé le dernier

tableau sembla s'abaisser sur ses sens et l'inviter au repos. L'un après

l'autre les goblins s'effacèrent, et lorsque le dernier eut disparu,

Gabriel Grub s'endormit profondément.

La jour était avancé, quand le sacristain s'éveilla. Il se trouva étendu

tout de son long dans le cimetière, sur la tombe plate qu'il

affectionnait. Sa bouteille d'osier, entièrement vide, gisait à ses

côtés, et son habit, sa bêche, sa lanterne, tout blanchis par la gelée

de la nuit, étaient éparpillés autour de lui sur la terre. La pierre sur

laquelle il avait d'abord vu le goblin, se dressait là tout près de la

fosse à laquelle il avait travaillé le soir précédent. Cependant,

Gabriel commençait à douter de la réalité de ses aventures, mais les

douleurs aiguës qu'il ressentit dans ses épaules, lorsqu'il essaya de se

lever, l'assurèrent que les coups de pieds qu'il avait reçus n'étaient

pas imaginaires. Il fut ébranlé de nouveau en ne voyant pas de traces de

pas sur la neige où les lutins avaient joué à saute-mouton avec les

tombes; mais bientôt après il s'expliqua cette circonstance en se

rappelant que des esprits ne peuvent laisser derrière eux aucune

impression visible.

Quoi qu'il en soit, Gabriel se mit sur ses jambes aussi bien que le lui

permettait la roideur de son épine dorsale; puis ayant secoué la gelée

blanche de dessus son habit, il l'endossa, et se dirigea vers la ville.

Mais son esprit était entièrement changé, et il ne pouvait supporter la

pensée de retourner dans un endroit où son repentir serait mis en doute,

sinon ridiculisé. Il hésita pendant quelques instants, puis il se

dirigea vers la campagne pour aller gagner son pain dans un nouveau

pays, quel qu'il fût.

On trouva ce jour-là dans le cimetière, sa lanterne, sa bêche et sa

bouteille d'osier. On fit d'abord beaucoup de suppositions sur sa

destinée, mais on décida promptement qu'il avait été enlevé par les

goblins. Il se trouva même des témoins très-véridiques, qui déclarèrent

l'avoir vu distinctement emporté à travers les airs, sur le dos d'un

cheval brun, lequel cheval était borgne, avait la queue d'un ours, et le

train de derrière d'un lion. Au bout de quelque temps, cela fut cru

dévotement, et le nouveau sacristain avait coutume de montrer aux

curieux, pour une bagatelle, un morceau assez considérable du coq de

cuivre du clocher, détaché par un coup de pied du cheval pendant sa

course aérienne, et ramassé par ledit sacristain, dans le cimetière, un

an ou deux après l'événement.

Malheureusement, la véracité de ce récit fut légèrement infirmée par la

réapparition inattendue de Gabriel Grub lui-même, qui revint au bout

d'une dizaine d'années, vieillard pauvre et infirme, mais content. Il

raconta ses aventures au pasteur et au maire, de sorte qu'après un

certain temps, elles passèrent dans le domaine de l'histoire, où elles

sont restées jusqu'à ce jour. Seulement ceux qui avaient cru à la brèche

du coq de cuivre, s'apercevant qu'ils avaient été attrapés une fois, ne

voulurent plus rien croire du tout. Ils prirent donc un air aussi malin

qu'ils purent, levèrent les épaules, touchèrent leur front, et

murmurèrent quelque chose sur ce que Gabriel Grub avait bu toute son

eau-de-vie, et s'était endormi sur la tombe plate. Quant à ses

observations dans la caverne des goblins, c'était tout simplement qu'il

avait vu le monde et était devenu plus sage. Néanmoins cette opinion ne

fut jamais populaire, et s'éteignit graduellement. Quelle que soit la

version véritable, comme Gabriel Grub fut affecté de rhumatismes jusqu'à

la fin de ses jours, son histoire a tout au moins une moralité: c'est

qu'un homme atrabilaire, qui boit tout seul la veille de Noël, peut être

bien sûr de ne pas s'en trouver mieux, quand même son eau-de-vie serait

aussi bien rectifiée que celle du roi des goblins.

Aventures de Monsieur Pickwick, Vol. I · 第 88 / 99 题