AU RETOUR.

1

Le feu est ardent: le feu n’arrête pas le forgeron, il ne l’empêche pas

de forger.

2

Le feu petille: le feu n’effraye pas le forgeron, il ne l’empêche pas de

forger.

3

Acaba a détruit Jahasé; il a exposé comme trophée le tam-tam que Kpolou

battait.

4

Jéhumé s’est servi de ce tam-tam, et il a pris le nom d’_épée qui se

jette dans la mêlée_.

5

Le tam-tam des combats est dans l’enthousiasme: le tam-tam chante

victoire au danseur.

Nous voici de retour!

_N. B_.--Acaba et Jéhumé sont deux rois de Dahomey.

* * * * *

La pantomime et la danse sont l’accompagnement obligé des chants du

soldat dahoméen. Il est intéressant d’assister au spectacle d’hommes en

armes, s’agitant, pirouettant et faisant des saluts militaires. Ces

fusils que l’on porte en sens divers; ces épées nues qui se meuvent avec

dextérité au-dessus des têtes, en traçant mille sinuosités dans l’air;

ces êtres humains qui grimacent et font des contorsions: toute cette

mêlée forme un tableau dont il est difficile de donner une idée.

Pour saluer quelqu’un et lui faire honneur, au milieu de ces vives

évolutions, les soldats tournent leur fusil contre lui, et portent sur

sa tête ou sur sa poitrine la pointe de leur épée, tandis qu’ils passent

auprès de lui en tournoyant.

Dans le chant de départ que nous avons cité plus haut, deux strophes sur

trois tendent à mettre dans l’âme des combattants, non l’amour de la

patrie (il n’en est pas question), mais le mépris de la mort. Quoi

qu’ils fassent et quoi qu’ils disent, ces guerriers ont encore des

appréhensions, fort naturelles, du reste. Ils se chargent littéralement

d’amulettes, que la superstition leur représente comme des préservatifs:

ils en ont à la tête, au cou, aux bras, sur la poitrine, autour des

reins, aux jambes, aux pieds, partout. Certains tiennent à la main et

agitent devant eux une queue de cheval, de cabri ou d’autre animal, afin

de chasser et de faire dévier les balles ennemies.

Sept ans en Afrique Occidentale · 第 90 / 101 题