SAKÉTÉ.

Après avoir traversé la lagune en pirogue, M. Poirier gravit une petite

colline au haut de laquelle se trouve un village. «Le chef se nomme

Iangran; c’est un prince de la famille royale de Porto-Novo»; un de ces

_ahovi_ ou princes des mattes dont nous avons déjà parlé. Les princes,

d’après le droit coutumier du pays, ne peuvent résider dans la capitale.

Ils se fixent à la campagne, où ils deviennent de petits tyranneaux,

redoutés à cause de leurs exactions et de leur cruauté. Les têtes

accrochées aux arbres montrèrent au missionnaire que Iangran méritait la

réputation faite aux _ahovi_.

Deux haltes, l’une à Lakké, l’autre à Cougé, permirent au touriste de

reprendre haleine. Il n’aperçut Sakété qu’au déclin du jour.

Dans cette région, les arbres atteignent des proportions colossales; on

rencontre des pierres sur le chemin. «Au milieu d’une terre rouge mêlée

d’argile, on trouve d’énormes blocs isolés. Ce granit, d’une substance

jaune, semble être d’origine volcanique. Après avoir dégagé un bloc de

la terre qui l’entoure, les noirs l’exposent au feu; et dès qu’une fente

se déclare, ils y enfoncent des coins de fer.» Ce mode d’extraction est

long et pénible; mais c’est le seul possible à des gens privés d’outils

et ignorant l’art du mineur.

M. Poirier obtint, non sans difficultés, une audience du roi. Sa

Majesté, comme tous ses congénères, se montra prodigue de compliments et

de promesses.

Les maisons de Sakété sont isolées et protégées par des buissons, des

arbustes ou de petits bosquets, qui servent, en temps de guerre, de

véritables retranchements. J’ai remarqué des habitations fortifiées

ainsi aux environs de Porto-Novo, particulièrement au levant, du côté de

Ouéké.

Sept ans en Afrique Occidentale · 第 74 / 101 题