ISLAMISME.

Les Foulahs[93] ou Fellatahs ont été les propagateurs actifs de l’islam

parmi les nègres. Ils ne diffèrent pas des noirs seulement par la

couleur et les usages, mais encore et surtout par le caractère. Leur

énergie contraste avec la faiblesse de volonté des noirs; aussi, dès

qu’ils sont en contact avec eux, leur instinct les porte à la

domination.

[93] Il est permis de croire que c’est la même race que les Pouls

d’Égypte.

D’après un dicton de Saint-Louis, si l’on introduit une jeune fille poul

dans une famille, fût-ce comme servante, comme captive, elle devient

toujours maîtresse de la maison.

Les Pouls ont fondé plusieurs empires musulmans dans le Soudan, aux

dépens des nations de race nègre. «Au commencement du dix-neuvième

siècle, Ahmadou-Labbo fonde un État poul le long du Niger, entre

Tombouctou et Ségou. Tombouctou finit par lui être soumis.» (FAIDHERBE.)

Après avoir franchi le fleuve, les Pouls se répandirent sur la rive

droite, où ils vécurent autour d’Ilorin, à l’état de tribus pastorales.

Soumis d’abord aux maîtres du sol auxquels ils payaient des redevances,

ils devinrent sédentaires, et bientôt refusèrent de se soumettre _à un

roi infidèle_ (vers 1820). Dès lors, Ilorin fut séparé du Yorouba, et

forma un État à part, gouverné par un chef foulah et musulman; car

foulah et musulman sont depuis longtemps synonymes en Afrique. La

population actuelle de cet État ne s’élève pas à moins de 300,000 âmes;

la ville seule d’Ilorin en renferme 100,000 au moins. C’est un mélange

de Foulahs, de Barbas (Bornouans), d’Haoussas et de Nagos. Ceux-ci ont

des chefs de leur nation; mais ils ne forment plus que la plèbe, tandis

que les Foulahs dominent et constituent la caste patricienne du pays où

ils se sont fixés en maîtres.

Dès qu’ils se sentirent assez forts, les musulmans envahisseurs

proclamèrent la _guerre sainte_ aux infidèles du voisinage. Ils eurent

quelques succès, et ne renoncèrent à l’offensive qu’après avoir éprouvé

plusieurs défaites de la part des Ibadans. Leur prosélytisme n’en est

pas moins actif pour cela; il s’exerce d’une autre façon, par le

ministère de leurs _aloufas_ ou marabouts.

L’_aloufa_ est prêtre et maître d’école tout à la fois. Coiffé du

turban, il chausse des sandales, se drape superbement dans son _éwou_,

et porte habituellement des armes: tantôt le sabre, tantôt le fusil. Il

sort souvent à cheval, accompagné d’une nombreuse suite. Tout cet

appareil, ainsi que son maintien grave, en imposent au nègre païen.

Celui-ci se sent fortement attiré par l’islamisme. Cette religion flatte

sa vanité et ne l’oblige, en réalité, à aucune pratique bien pénible,

puisqu’il peut continuer à vivre dans la polygamie et la volupté.

Maître d’école, l’aloufa enseigne à lire et à écrire les lettres de

l’alphabet arabe et quelques versets du Coran. C’est à peu près tout ce

qu’il enseigne et tout ce qu’il sait, en fait de lecture et d’écriture.

Comme prêtre, il s’applique à inspirer la haine de ce qui n’est pas

l’islam: terrible disposition qui empêche l’esprit et le cœur de

s’ouvrir à la vérité et à la grâce. Le païen, en face de la révélation,

ignore, mais il ne ferme pas les yeux à la lumière, de parti pris. Le

musulman, au contraire, est dans la résolution bien arrêtée de repousser

toute doctrine étrangère à la sienne. Il n’examine pas; il n’écoute même

pas. Impossible de le convaincre! Impossible de raisonner avec lui! On

perd son temps et sa peine en discours inutiles.

Il est aisé de comprendre quel obstacle énorme l’islamisme oppose à la

diffusion de l’Évangile, partout où il a une influence prépondérante.

Or, chaque jour, il fait des progrès nouveaux; et les chefs païens,

alors même qu’ils ne se font pas musulmans, laissent les aloufas prendre

sur leur esprit un énorme ascendant.

Les aloufas sont mus autant par l’amour du lucre que par le fanatisme

religieux. La confection des amulettes, ou _tira_, est pour eux une

source de gros bénéfices. La tira est un papier sur lequel sont écrites

quelques paroles du Coran. Ce papier est enveloppé dans un morceau de

cuir ou d’étoffe. Des cordons fixés à l’amulette permettent de la

suspendre au cou. On en met aussi au cou des chevaux et d’autres

animaux. C’est un préservatif, un gage de prospérité, un charme, comme

l’_ondé_ des païens.

Sept ans en Afrique Occidentale · 第 54 / 101 题