LE LÉZARD ET LA TORTUE.

_Alo! Alo o!_

Voulez-vous savoir pourquoi la carapace de la tortue n’est pas unie?

La famine sévissait: dans tout le pays la disette était extrême. Le

lézard alla aux champs et découvrit une grande roche remplie d’ignames.

Le maître du champ était près de la pierre. Quand il voulut y entrer, il

s’écria: «Pierre, ouvre-toi»; et la pierre s’ouvrit. Et quand il fut

sorti, il dit: «Pierre, ferme-toi»; et la pierre se ferma.

Le lézard vit tout, entendit tout; et il rentra chez lui.

Au premier chant du coq, il s’en alla voler des ignames, les emporta

dans sa maison et les mangea tout à loisir. Chaque jour il renouvela son

larcin.

Une fois il fut rencontré par la tortue-_adjakpa_. Celle-ci lui demanda:

«Où as-tu trouvé de quoi manger, mon cher ami?» Le lézard répondit: «Je

me garderais bien de te le dire ou de t’y mener: on me tuerait.»

L’adjakpa répliqua: «De grâce! mène-m’y: je n’en soufflerai mot à

personne.--C’est bien!» dit le lézard; et il ajouta: «Au chant du coq,

viens m’éveiller: nous partirons.»

La tortue rentre chez elle, et le lézard rentre chez lui, de son côté.

Le coq n’avait pas chanté encore que la tortue était déjà près de la

maison du lézard. Une première fois, une seconde fois, elle fait

_kékéréké!_ Et elle court appeler le lézard, disant que le coq a chanté.

Le lézard lui répondit de le laisser se reposer: le coq n’a pas chanté

encore. «C’est bien!» dit la tortue. Ils se recouchèrent jusqu’à ce que

le coq chantât.

Alors, le lézard se leva, et ils s’en allèrent. Dès qu’ils furent

arrivés là, le lézard dit: «Pierre, ouvre-toi»; et la pierre s’ouvrit.

Le lézard entra, prit des ignames et ressortit. Il dit à la

tortue-adjakpa qu’il fallait partir. Elle répondit de rester un instant

à garder. «C’est bien!» dit le lézard, et sans plus attendre, il se

retira.

Cependant la tortue-adjakpa se chargeait d’ignames: elle en mit à la

tête, aux pieds, aux bras; elle en attacha aux cheveux de sa tête.

Quant au lézard, il était déjà chez lui, dormant les pattes en l’air. Il

avait allumé du feu et se tenait comme quelqu’un qui était mort, ce

jour-là même.

Notre adjakpa ne sut se rappeler comment il fallait dire à la pierre

pour qu’elle s’ouvrît. Elle criait depuis longtemps sans résultat...

Survient le fermier qui la saisit, qui la frappe, qui l’assomme. La

tortue déclara que le lézard l’avait conduite à cet endroit. Le fermier

l’attacha avec une corde et la conduisit chez le lézard.

Le fermier se présente: il trouve le lézard couché à la renverse, gisant

comme un mort. Il lui dit: «Cette adjakpa prétend que c’est toi qui l’as

conduite dans mon champ.--Comment l’aurais-je fait? je vous le demande;

voyez si je l’aurais pu. Depuis trois mois, je suis ici couché: je ne

connais le champ de qui que ce soit.»

Le fermier prit la tortue et la tua. Et la tortue, d’une voix

gémissante: «Cancrelat, raccommode-moi, dit-elle; fourmi, viens me

raccommoder.»

Là où le cancrelat et la fourmi la raccommodèrent, c’est là que la

tortue est raboteuse.

LA PRINCESSE GUÉRIE DE SURDITÉ, OU POURQUOI LA TORTUE RÉUSSIT EN TOUTES

CHOSES.

_Alo! Alo o!_

Un certain roi avait une fille qui était sourde-muette. Cette fille

avait nom Bola. Le roi fit tout ce qu’il put afin de donner l’ouïe à sa

fille: tout ce qu’on fit ne réussit à rien. L’enfant n’était pas à la

ville: on l’avait reléguée à la campagne.

Or, voici que la tortue aux mille industries se présente au roi et lui

demande ce qu’il lui donnera, quand elle aura réussi à faire parler son

enfant. «Je partagerai ma maison en deux, dit le roi, et je t’en

donnerai une part.»

L’adjakpa va acheter une bouteille de miel et vient dans le bois où

demeure l’enfant. Elle dépose le miel et va se cacher. L’enfant arrive

près de cette bouteille de miel, y porte la main. La tortue sort de sa

cachette, se glisse par derrière, donne un soufflet à la jeune fille:

«Voleuse! s’écrie-t-elle: c’est ainsi que tu voles le miel, pour aller

le manger.--Moi! dit la jeune fille; je t’ai volé du miel pour le

manger, moi!»

La rusée tortue l’attache avec une corde, et elle chante ce provocant

refrain: «Bola a volé du miel pour le manger, _kiyin-kiyin!_--Bola est

une fourbe, _kiyin-kiyin!_ Bola est une insigne voleuse, _kiyin-kiyin!_»

A ces chants de la tortue, l’enfant répondit «qu’elle allait dans les

bois de l’éléphant avec l’éléphant; qu’elle allait avec le buffle dans

les bois du buffle; et la tortue vient l’accuser d’avoir volé du miel

pour le manger! _kiyin-kiyin!_»

La maligne tortue emmena l’enfant. Toutes deux se répondaient dans leurs

chants, en sorte que lorsqu’elles arrivèrent chez le roi, celui-ci

poussa un cri de surprise: «sa fille, qu’on n’avait plus entendue

parler, parle aujourd’hui.»

Le roi divisa son palais en deux et donna une part à la tortue adjakpa.

Voilà pourquoi la tortue réussit dans tout ce qu’elle entreprend.

Sept ans en Afrique Occidentale · 第 37 / 101 题