Le plus beau génie s’étiolerait dans le milieu où vivent les noirs. Leur
vie matérielle et terre à terre en étoufferait les inspirations; ne
cherchons donc pas le génie chez eux. Mais si leur pensée manque le plus
souvent d’élévation, leurs discours dénotent une grande facilité et
beaucoup de finesse. On ne saurait contester aux nègres un sens droit,
le talent et la richesse d’imagination.
Point d’écriture; partant, le développement intellectuel est enrayé.
L’écriture ne soulageant pas la mémoire, la pensée n’a pas tout son
essor; elle s’arrête au premier jet de l’improvisation.
Entraîné par la rapidité plus ou moins vertigineuse du langage, celui
qui parle n’a pas le temps de rechercher le mot propre; il ne rencontre
souvent que des expressions vagues, sans précision et sans clarté. De là
l’habitude de s’interrompre fréquemment par des interpellations de ce
genre: «_Ogbo?_ Comprenez-vous?»
Le langage des nègres est bref et rapide, d’autant plus énergique et
expressif qu’à la parole se joint toujours l’action: vives et fréquentes
exclamations, gestes passionnés, musique délirante, mimique continuelle.
On n’a qu’à se rappeler ce que nous avons dit au chapitre sixième, en
parlant des _plaisirs et réjouissances_. Ici, nous considérons les
contes ou _alos_ simplement comme productions de l’esprit et monuments
de littérature.
Ce que Laharpe disait des peuples de l’Orient est peut-être plus vrai
encore des nègres: «Ces peuples amollis par le climat et intimidés par
le despotisme ne se sont pas élevés jusqu’à la vraie philosophie. Mais
ils ont habillé la morale en paraboles et inventé des contes amusants.»
Les _alos_ ont pour but principal de plaire et d’amuser. Outre ceux que
nous citons dans ce chapitre, d’autres sont épars dans le corps de
l’ouvrage.