I
Le noir de la côte des Esclaves se montre doué de qualités naturelles
suffisantes pour réussir dans les arts industriels. Son goût artistique
se révèle dans les poteries et les pipes ouvrées, les nattes, les
chapeaux et les calottes de paille, les bâtons et les escabeaux
sculptés, les calebasses burinées...
Les _pirogues_, confectionnées d’une seule pièce, ne manquent pas de
régularité et d’élégance. On les radoube en fixant des pièces avec des
clous, ou à l’aide d’un transfilage. On calfate avec des fibres
végétales.
Les _forgerons_ travaillent le fer, le cuivre et l’or avec une habileté
d’autant plus remarquable que leurs outils sont fort imparfaits. Le
soufflet de forge, comme celui des Égyptiens et des Grecs, consiste en
deux outres surmontées d’un manche qui les met en mouvement. Les amandes
de palme concassées servent de charbon.
L’_art de la verrerie_ n’est pas tout à fait inconnu. De l’intérieur on
porte à la côte des anneaux en verre, de couleur bleuâtre ou verte. Ces
anneaux, aussi bien que les anneaux en cuivre, dans le pays, sont des
parures recherchées.
L’_industrie textile_ produit des tissus de coton et de filaments de
palmier et d’autres plantes. Le métier du tisserand donne des étoffes
larges à peine de dix à quinze centimètres; aussi la production est
lente, et les étoffes du pays sont très-chères, eu égard au peu de
valeur des matières premières.
La _teinture_ emprunte ses richesses aux substances végétales du pays.
Le bleu, le rouge et le jaune sont très-réussis, le rouge surtout.
Le cuir est parfaitement préparé par les habitants de l’intérieur.
Les indigènes de la côte se procurent du sel en faisant évaporer l’eau
de l’Océan dans des pots de terre très-évasés, à la chaleur du soleil ou
du feu.
Les indigènes fabriquent aussi l’huile de palme. Ils pavent d’amandes de
palme une aire carrée entourée de murs, jettent le fruit du palmier
arrosé d’eau sur ce fond résistant, et l’écrasent en piétinant. Dès que
l’opération est terminée, ils jettent une grande quantité d’eau dans le
bassin. L’huile surnage; on la prend avec une calebasse, on la tamise et
on la livre ainsi au commerce.