Une bonne petite fille ne doit pas faire la grimace à sa maîtresse
à tout propos; elle doit réserver cela pour les circonstances d'une
importance particulière.
Si une bonne petite fille n'a qu'une méchante poupée en haillons,
simplement bourrée de son, tandis qu'une de ses heureuses compagnes de
jeu possède une magnifique poupée articulée, la première doit néanmoins
montrer à la seconde la plus cordiale amitié; elle ne doit tenter
aucun échange forcé avec celle-ci, à moins qu'elle ne se sente assez
vigoureuse pour réussir dans une pareille opération, et qu'elle n'ait
une conscience assez aimable pour l'en absoudre complaisamment.
Une bonne petite fille ne doit jamais arracher de force les joujoux des
mains de son petit frère. Mieux vaut le séduire par la promesse de la
première pièce de sept francs cinquante centimes qu'on trouvera flottant
au fil de l'eau sur une pierre meulière. Avec la simplicité inhérente
à son jeune âge, il croira conclure une affaire magnifique. A tous
les âges, d'ailleurs, de semblables et non moins douces illusions ne
conduisent-elles pas les esprits ingénus très loin, très loin à travers
le monde?
Si une bonne petite fille veut corriger son petit frère, elle ne doit
pas lui jeter de poussière au visage; non! Mieux vaut lui jeter sur la
tête une bonne bouilloire d'eau chaude, qui le débarbouillera bien et
lui enlèvera toute espèce de saleté de la peau, voire même un peu la
peau par-ci par-là.
Si la maman d'une bonne petite fille lui dit de faire quelque chose, il
est vilain de répliquer: «Je ne le ferai pas!» Il est meilleur et plus
convenable de répondre qu'on le fera, sauf à agir par la suite selon ses
propres lumières.
Une bonne petite fille ne doit jamais oublier que c'est à ses bons
parents qu'elle doit son pain, son doux lit et ses beaux habits, et le
privilège de rester à la maison et de ne pas aller à l'école quand elle
dit qu'elle est malade. Elle doit donc respecter les petits travers et
supporter les petites taquineries de ses bons parents, jusqu'à ce que ça
devienne réellement insupportable.
Une bonne petite fille doit toujours témoigner une déférence marquée aux
vieilles gens. Elle ne doit jamais tracasser les aïeux, à moins qu'ils
ne la tracassent eux-mêmes les premiers.
Une bonne petite fille ne doit jamais, si sa maman l'a mise au pain sec,
se venger de sa maman en lui cachant ses souliers de bal dans la fameuse
cachette où une dame de la cour ne put jamais retrouver les siens, une
fois, à Compiègne. Non! il vaut mieux tout simplement les donner à un
pauvre aveugle, dans la rue.