Et chacun d'eux pressa au même instant sa grenouille par derrière. La
nouvelle grenouille sauta. Daniel voulut sauter aussi, Daniel fit un
effort, haussa les épaules, tenez! comme ça, à la française. Mais, bah!
Daniel ne pouvait plus bouger! La pauvre bête semblait plantée là aussi
solidement qu'une enclume. On eût dit qu'elle était ancrée sur place.
Smiley n'en fut pas médiocrement écoeuré. Mais il n'eut pas la moindre
idée de ce qui s'était passé en son absence. Naturellement!
Le camarade prit l'argent des enjeux et fila. Quand il fut à quelques
pas, il retourna la tête à demi, et, désignant Daniel du pouce
par-dessus l'épaule, il répéta d'un ton fort délibéré: «Eh bien! ma foi,
non, je ne vois rien dans cette grenouille qui la classe au-dessus des
autres grenouilles.»
Smiley resta tout interloqué, se gratta la tête, et regarda longuement
Daniel gisant par terre à ses pieds. «Ce que je ne comprends pas, se
dit-il à la fin, c'est pourquoi cette sotte grenouille n'a pas bougé. Je
ne sais pas ce qu'elle a; on dirait qu'elle est chargée comme un âne.»
Il se pencha, saisit Daniel par la peau du cou, et souleva la bête: «Que
le diable m'emporte, grogna-t-il aussitôt, si elle ne pèse pas plus
de cinq livres!» Alors il lui mit la tête en bas, et elle rendit
immédiatement deux pleines cuillerées de petit plomb. Il se frappa le
front avec désespoir. Enfin il comprenait tout. Il eut un accès de rage
folle. Il rejeta Daniel, il se mit à courir avec frénésie. Il voulait
rattraper le camarade. Mais le camarade était déjà loin: Naturellement!
Et Jim ne revit jamais ses talons.