III

La rue montante tournait brusquement, formant un coude. Ce coude était

accentué, d'un côté, par le mur d'un petit jardin plein d'acacias

maigres, puis par une palissade fermant un terrain vague; de l'autre

côté, par deux hautes bâtisses à porte cochère. Sur la première porte

cochère, on lisait en lettres d'or: _Institution Tatin_; sur la seconde,

en lettres noires: _Institution Ransure_.

A l'endroit où la palissade joignait le mur du petit jardin, en face des

portes cochères, s'élevait, établie et calée je ne sais comment, une

mince échoppe en planches de diverses couleurs également décolorées.

L'échoppe était percée d'une porte basse et d'une fenêtre étroite. Quand

je relevai la tête, je me trouvais juste devant la croisée, si bien que

l'inscription, collée en dedans, au carreau supérieur, m'entra tout

droit dans les yeux et dans le cerveau.

Cette inscription offrait, en capitales manuscrites, ces deux mots:

_ÉCRIVAIN ICI_

Une seconde inscription, tout à côté, à l'autre carreau, en capitales

identiques, portait:

_ÉCRIVAIN PUBLIC_

Une autre, en plus petits caractères:

_LETTRES A PARTIR DE 0 Fr. 50_

Une autre, en caractères plus petits encore:

_L'écrivain ne fait pas de lettres anonymes._

Une dernière (c'était la bonne, c'était le bouquet!) présentait ces

trois lignes étonnantes, ces trois lignes mémorables, ces trois lignes

sans pareilles:

A quoi tient l'amour? Contes de France et d'Amérique · 第 97 / 154 题