M. Hardy signa et retomba dans son accablement.

À cet instant, un domestique, après avoir frappé, entra et dit au

père d'Aigrigny:

-- M. Agricol Baudoin demande à parler à M. Hardy; il a, dit-il,

un rendez-vous.

-- C'est bon... qu'il attende, répondit le père d'Aigrigny avec

autant de dépit que de surprise, et d'un geste il fit signe au

domestique de sortir; puis, cachant la vive contrariété qu'il

ressentait, il dit à M. Hardy:

-- Ce digne artisan a bien hâte de vous voir, mon cher fils, car

il devance de plus de deux heures le moment de l'entrevue. Voyons,

il en est temps encore, voulez-vous le recevoir?

-- Mais, mon père, dit M. Hardy avec une sorte d'irritation, vous

voyez dans quel état de faiblesse je suis... ayez donc pitié de

moi... Je vous en supplie, du calme... je vous le répète, quand ce

serait le calme de la tombe; mais, pour l'amour du ciel... du

calme...

-- Vous jouirez un jour de la paix éternelle des élus, mon cher

fils, dit affectueusement le père d'Aigrigny, car vos larmes et

vos misères sont agréables au Seigneur. Ce disant, il sortit.

M. Hardy, resté seul, joignit les mains avec désespoir, et,

fondant en larmes, s'écria en se laissant glisser de son fauteuil

à genoux:

-- Ô mon Dieu!... mon Dieu! retirez-moi de ce monde... je suis

trop malheureux. Puis, courbant le front sur le siège de son

fauteuil, il cacha sa figure dans ses mains et continua de pleurer

amèrement.

Soudain on entendit un bruit de voix qui allait toujours

croissant, puis celui d'une espèce de lutte; bientôt la porte de

l'appartement s'ouvrit avec violence sous le choc du père

d'Aigrigny, qui fit quelques pas à reculons en trébuchant. Agricol

venait de le pousser d'un bras vigoureux.

-- Monsieur... osez-vous bien employer la force et la violence?

s'écria le révérend père d'Aigrigny, blême de colère.

-- J'oserai tout pour voir M. Hardy, dit le forgeron.

Et il se précipita vers son ancien patron, qu'il vit agenouillé au

milieu de la chambre.

Le juif errant - Tome II · 第 84 / 128 题